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par Yovan Menkevick

Hollande : un bilan de mi-mandale tout en nuances

C'est vrai que c'est un exercice très difficile que celui de laisser croire qu'on dirige un pays quand en réalité ce n'est pas le cas. Hollande n'est pas très bon dans cet exercice, il  a même tendance à se prendre les pieds dans le tapis. Et le tapis est souvent bien épais. Entre la courbe qui devait s'inverser, la boite à outil exceptionnel, la reprise qui était là, rien n'a été épargné à pépère qui continue à venir tenter de rassurer sur sa capacité à piloter le bateau.

C'est vrai que c'est un exercice très difficile que celui de laisser croire qu'on dirige un pays quand en réalité ce n'est pas le cas. Hollande n'est pas très bon dans cet exercice, il  a même tendance à se prendre les pieds dans le tapis. Et le tapis est souvent bien épais. Entre la courbe qui devait s'inverser, la boite à outil exceptionnel, la reprise qui était là, rien n'a été épargné à pépère qui continue à venir tenter de rassurer sur sa capacité à piloter le bateau. Ah, mais c'est qu'il avait fait montre de bravoure avant d'être élu, il avait même montré les dents. Et des électeurs y avaient crû : "la finance, cet ennemi qui n'a pas de visage, qui n'est pas élu, mais qui pourtant dirige" : mais oui, François, c'était une belle analyse que tu lançais durant ce mémorable discours au Bourget ! Et cette anaphore sans reprendre ton souffle, devant le petit excité qui n'avait rien pu faire ! Moi président ! Quelle génie !

Le bilan ! le bilan !

Bon, François est à mi-mandat, et c'est une mi-mandale : la mandale finale sera pour la fin du mandat, en 2017. Comment est-il possible de se planter autant en si peu de temps, de laisser autant de gens dépités, voire énervés sur sa mandature présidentielle ?

En réalité, la technique présidentielle Hollandesque n'est pas très rodée, elle cherche ses marques, n'a pas su bien négocier les effets de manche, le discours et l'image ne collent pas ensemble. Un bon président, en France, doit pouvoir laisser croire qu'il est, soit dans sa tour d'ivoire, jaugeant et pilotant la nation depuis des hauteurs incomparables (Mitterand), ou bien courant à travers le pays à grands coups de déclarations, de lois et d'excitation des foules (Sarkozy). Une voie intermédiaire était possible à une époque, celle de la caisse de Corona bue à l'Elysée et de la tête de veau mangée sur les comptoirs tout en flattant le cul des vaches une fois par an au salon de l'agriculture. Impossible à tenir aujourd'hui : la Corona n'est pas française, plus personne ne veut bouffer de la tête de veau dans les cafés, et le salon de l'agriculture est trop agressif pour qu'un président tienne longtemps en son sein. Bref, tout le problème réside dans la technique pour faire croire qu'on dirige le pays alors qu'il n'en est rien. Et c'est bien le problème de Hollande.

Comment les occuper encore 30 mois ?

Comme le disait le premier concerné lui-même lors du fameux discours du Bourget qui très certainement lui permit de remporter l'élection qui suivit : "la finance n'a pas de visage, mais elle dirige sans avoir été élue". Et oui François, et toi, tu n'y peux rien. Elle te dicte ta marge de manœuvre, la finance. Elle t'autorise quelques broutilles, et comme tu manques en plus d'imagination, parce que ta passion pour l'économie est bien plus dévorante que celle du "social", ça ne donne pas grand chose. Un "mariage pour tous" qui occupe les foules six mois, c'était déjà pas mal. Une loi de "réforme de la justice", bien essayé aussi. Et au delà ? Une pseudo énième réforme de l'éducation qui met le bazar dans les horaires et oblige à s'occuper des gosses une demi-journée par semaine et des tentatives pour cliver des corporatismes bien ciblés, mais trop nerveux pour que cela soit tenable ? Pas génial quand même…

Toute la difficulté désormais est d'arriver à continuer de faire croire que tu as les coudées franches pour agir durant les deux et demi qui restent.  Comment occuper les foules ? Avec des promesses ? Tu as déjà tenté le coup en écoutant les crânes d'œuf de Bercy qui agitaient des prévisions de hausse de la croissance européenne et mondiale pour 2013 : patatras, la croissance s'est écroulée, et une presque déflation est survenue. L'Allemagne, la locomotive est à l'arrêt ! Tous tes efforts de communication sur la rigueur et la baisse du déficit sont annulés : l'Allemagne, elle-même, démontre que ça ne marche pas, et les pires adeptes du TSCG commencent à parler relance et investissements publics. Le comble !

Que disent tes amis du CAC40 ? Continuer à parler compétitivité des entreprises, détricoter les services publics, déréguler tous les secteurs possibles, comme convenu. Le social-libéralisme, que tu as renommé social-démocratie par convenance, est en marche. Oyé !

Après tout, quelle importance que cela ne fonctionne pas, cette "politique", pour faire baisser le chômage ou réduire les inégalités ? Ce n'est pas l'objectif, et quand bien même le premier serait atteint, vu l'état dans lequel l'ex-chômeur trouvera le "monde de l'entreprise" auquel tu tends la main pour précariser à tout crin — qu'il en regrettera le temps béni où il échappait à la dite entreprise. Non, la question est surtout : vas-tu tenir encore longtemps dans ce mensonge sur ton statut, tes capacités, tes prérogatives et ton asservissement ?

Qui dirige ?

Oui, ce soir, Hollande va venir tenter de faire croire qu'il dirige un pays de 67 millions d'habitants, cinquième puissance économique mondiale, membre du conseil de sécurité de l'ONU. Et il aura du mal à le faire croire. Ce que tout le monde verra. Bien trop nettement. Une possibilité serait qu'il craque, et se confie à la population : "voyez, bon peuple de France, j'ai crû que je pouvais désarmer la finance, reprendre le pouvoir, faire une politique sociale, en direction de ceux qui travaillent, des défavorisés, et j'ai échoué. Ceux de la finance, voyez-vous, bon peuple, ils sont trop puissants. Ils sont dangereux. Ils sont partout. Ils tiennent tout. Je suis désolé."

Sauf que Hollande a placé dès le début Moscovici aux finances, Cahuzac au budget, puis Sapin aux finances à la place de Mosco. Et que les meilleurs potes de Hollande du temps de l'ENA, sont à la tête des grands groupes du CAC40 et de la "finance". Dommage…

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