Journal d'investigation en ligne
par Ricardo Parreira, Antoine Champagne - kitetoa

Hélène Mercier-Arnault : « les SDF, à Vienne, ils sifflent des mélodies de Schubert »

La femme de Bernard Arnault a des idées sur le bonheur

La désormais fameuse interview de « la femme de l’ombre » que le grand public « connaît peu », selon les mots de Marc-Olivier Fogiel, a été coupée au sabre d’officier autrichien. Le Canard Enchaîné a révélé une partie disparue à l’antenne. Reflets vous raconte le reste. Et ce n’est pas piqué des vers.

Hélène Mercier-Arnault : à l'époque on les appelait des clochards... - © Reflets
Vous lisez un article réservé aux abonnés.

Fin février, Hélène Mercier-Arnault, pianiste-concertiste et accessoirement épouse de l’un des hommes les plus riches de la planète, Bernard Arnault, se révélait au micro de Marc-Olivier Fogiel, sur RTL. Enfin, nous pouvions en savoir plus sur elle. Car comme l’indiquait l’intervieweur de renom, « Le grand public vous connaît peu ». Hélène Mercier-Arnault , « Vous la femme de l’ombre », « Ça y est, vous vous lancez dans la lumière ? ». On brûlait de tout savoir !

Alors bien sûr, on a appris qu’elle sortait un disque le 6 mars. Mais pas uniquement. On a pu comprendre qu’elle avait un avis tranché sur le bonheur : « La fortune ça ne m’intéresse pas. C’est bien connu que l’argent ne fait pas le bonheur, le bonheur on le porte en soi. Essayer d’avoir une vie intéressante, en adéquation avec ses passions, avec ce qui nous intéresse, avec ce qu’on aime et essayer de faire le moins mal possible ».

Ami lecteur, regarde bien au plus profond de toi, tu y trouveras le bonheur. Nul besoin d’aller courir derrière la fortune matérielle. C’est un peu vulgaire.

Sur les impôts et le fait que la France tue l’entreprenariat à grand coups de taxes et d’idées saugrenues comme le ruissellement ? Hélène Mercier-Arnault pense en effet que « Ça enlève du respect à l’être humain que d’être trop assisté » et que tout de même, pour ce qui est des impôts on est en droit de se demander « où va l’argent » Parce que tout ça, « ce n’est jamais vérifié ». Et dire que l'on paye des conseillers à la Cour des comptes pour qu'ils puissent se tourner les pouces. Quelle indignité !

Enfin, vient sa tirade sur les sans domiciles fixe. Et là, Marc-Olivier Fogiel a sorti le sabre.

Voici ce que dit la pianiste au micro :

« Je ne vis pas avec de la culpabilité tous les jours à partir du moment où je ne pourrais rien faire, c’est la société c’est le monde dans lequel on vit partout en fait. J’ai été en Afrique, quand j’ai visité la RDC c’était quand même beaucoup plus marquant que ce que je peux voir en France quand même, avec tous ces jeunes qui vivent dans la rue avec rien et qu’on endort avec de la bière. Je pense qu’heureusement chaque être humain réussit à trouver la lumière en lui et un peu de bonheur. »

« Pas toujours », lui répond Marc-Olivier Fogiel qui a vu, un jour, un SDF depuis sa voiture.

Pas de quoi perturber Hélène Mercier-Arnault : « à ce moment-là c’est valable aussi pour les gens qui ont les moyens. Là, on parle du droit à mourir qui banalise d'ailleurs le suicide. Je pense que la vie est tragique mais peut être gaie aussi. Et l'accès à l'amour, tout le monde l'a. C'est tout ce qui compte en fait, l'amour ».

Le 17 mars, le Canard Enchaîné révélait une partie sabrée de l’interview.

« Ce que je vais vous dire va peut-être vous choquer. Les SDF, j’y pense pas tous les jours. La première fois que j’ai vu des clochards, c’est quand je suis arrivée à Paris. Peut-être qu’à l’époque il faisait trop froid. J’ai l’impression que c’est un choix de vie, avec des gens qui ont décidé de lâcher la société. » Et de conclure : « C’est un retrait du monde. »

À l'époque, on les appelait les clochards

Mais ce n’est pas tout. Reflets a reçu les rushs de l’interview. C’est fort dommage qu’elle ait été coupée car le « grand public » aurait aimé en savoir plus sur les nombreuses idées philosophiques de cette grande pianiste et « femme de l’ombre ».

En fait, Hélène Mercier-Arnault a découvert les « clochards » comme on les appelait « à l’époque » parce qu'il « n’y en avait pas à Montréal. Alors peut-être qu'il faisait à cette époque, il faisait trop froid », pense-t-elle savoir. Ceci dit, elle en a vu beaucoup lorsqu’elle étudiait à New York. Où, c’est bien connu, il ne fait jamais froid. Surtout à la Juilliard School où les frais de la scolarité (86.000 dollars sans bourse, 40.000 avec) permettent de se chauffer sans trop de souci.

Quand Marc-Olivier Fogiel lui fait remarquer que « c’est la société, beaucoup, qui les a lâchés », notre pianiste lui explique le monde : « alors ouais… mais la société, c'est difficile de s'adapter à la société et on n'a pas forcément envie de s'adapter à la société ». S’ils pouvaient faire un petit effort d'adaptation, les clodos, ils trouveraient le bonheur qui est en eux. Ils auraient enfin accès à l’amour, comme tout le monde.

Marc-Olivier Fogiel, qui n’a pas les moyens de la femme du patron de LVMH s’émeut. « Mais au-delà de ces SDF, euh, cette société avec des gens qui nous écoutent ce matin et qui ont du mal à boucler leur fin de mois et qui dès la moitié du mois même le 10 du mois vont faire leur course dans les supermarchés et comptent et ne peuvent pas acheter de la viande à leurs enfants. Vous la femme que vous êtes et qui vivez dans ce milieu privilégié, comment vous vivez ça ? » Et l’on retombe sur une partie de l’interview diffusée par RTL : « Je ne vis pas avec de la culpabilité tous les jours à partir du moment où je ne pourrais rien faire, c’est la société c’est le monde dans lequel on vit partout en fait ». On mesure mal l'impuissance des riches.

Si à 50 ans t'as pas Spotify, t'as raté ta vie...

Hélène Mercier-Arnault a toutefois des lueurs de lucidité. Quand Marc-Olivier Fogiel lui explique que la musique « est universelle et il n'y a pas de catégorie socioprofessionnelle. Il n’y a pas de de riches et de pauvres » (si, si), elle lui rappelle que si t’as pas de thunes, t’as pas Spotify. Et si t’as pas Spotify, tu peux pas avoir accès à « la musique ».

« Euh oui, d'accord, mais si vous dites que voilà…, celui qui a du mal à manger, il a pas accès non plus, il n’a pas de téléphone, il n’a pas accès… euh, à Spotify ou à au fait de pouvoir écouter de la musique ».

Le sabre de Marc-Olivier Fogiel nous prive alors d’une charmante anecdote.

La pianiste de renom raconte en effet comment Daniel Lozakovich, un prodige de la musique classique avec qui elle a sorti son disque, a parlé avec un SDF.

Il s’est entretenu en Roumanie avec un « SDF qui était donc près de la salle de concert et avec qui il a eu une longue conversation, même qui a duré deux heures, et ce SDF avait une énorme culture musicale. Il m'a raconté ça, c'était passionnant. Donc si vous voulez les SDF, je crois que c'est un vaste sujet, je ne pense pas qu'il faille regarder ça de manière superficielle. Et les SDF aussi à Vienne par exemple, ils sifflent des mélodies de Schubert, vous voyez ? Donc c'est une vision très large de la question ».

Eh oui…

À Paris, on n’a jamais entendu un clodo siffloter des mélodies de Debussy ou Ravel. Ces incultes. À la limite, peut-être, du Michel Legrand ? D’ici à ce qu’ils se mettent à chanter « Ah ! ça ira »… Méfiance.

0 Commentaires
Une info, un document ? Contactez-nous de façon sécurisée