Journal d'investigation en ligne
par Ricardo Parreira

Freya : une néonazie très à l’aise sur X

Infirmière en Ariège

Racisme, antisémitisme, haine anti-migrants, propos anti-LGBT et appels à la violence : « Freya », militante néonazie très active sur X (ex-Twitter), publie depuis 2025 de nombreux messages sans crainte apparente de représailles. Ancienne militante du parti Reconquête, elle a récemment été admise au concours d’entrée à l’IFSI de Pamiers pour la rentrée 2026 et prévoit de partir prochainement en Ukraine.

Un profil inquiétant qui semble hermétique aux lois de la république - © Reflets
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Depuis le rachat de Twitter, devenu X sous l’impulsion d’Elon Musk, une nébuleuse de militants néonazis a trouvé refuge sur la plateforme, qui semble, pour l’instant, échapper en partie aux cadres juridiques européens imposant la modération des contenus sur les réseaux sociaux. La conception d’une « liberté d’expression à l’américaine », fortement marquée par l’influence du trumpisme, offre ainsi un espace d’expression peu régulé, avec des répercussions judiciaires limitées, à des discours racistes, homophobes et suprémacistes blancs.

Pauline L., alias « Freya », s’inscrit dans cette dynamique de l’extrême droite néonazie, qui a su se rendre visible au sein du réseau social. Bien qu’elle ne compte qu’environ 1.300 abonnés, cette militante néonazie basée en Ariège a une empreinte considérable dans ce réseau, notamment en raison de son profil de femme néonazie, un mélange relativement rare sur X qui attire l’attention. De plus, ces derniers mois, elle a, à plusieurs reprises, affiché son intérêt pour les armes ainsi que pour des combattants néonazis français engagés en Ukraine, ce qui en fait un modèle de radicalisation chez les militants néonazis masculins.

Pauline L. avec le Soleil noir nazi et une arme. Posts Instagram du néonazi Kenneth en Ukraine « aimé » par Pauline L. - Reflets-2026
Pauline L. avec le Soleil noir nazi et une arme. Posts Instagram du néonazi Kenneth en Ukraine « aimé » par Pauline L. - Reflets-2026

L’un de ces militaires volontaires « aimé par Freya » est connu de Reflets : un certain Gwendal D., alias « Kenneth ». Ce dernier avait, dans l’intention « d’emmerder » Alice Cordier, publié sur ses réseaux sociaux une photographie datant de 2022, sur laquelle apparaissent cette dernière ainsi que Lazar A., effectuant un geste à connotation néonazie, en référence à la Schutzstaffel.

Apologie de crime contre l’humanité

Dans les nombreuses photographies, notamment des selfies, partagées sur les réseaux sociaux, Pauline L., alias « Freya » (nom emprunté à une déesse nordique), arbore un pendentif fortement connoté : le « Soleil noir ». Ce symbole, développé sous l’impulsion de Heinrich Himmler, notamment avec Karl Maria Wiligut, ornait le château de Wewelsburg, lieu symbolique de la SS. Pauline L. s’est également fait tatouer, sur son bras gauche, un Soleil noir, aux côtés d’une croix celtique qu’elle porte depuis 2024.

Post de Freya et son "ex-copain". Et un RT par Freya d'un post d'un militaire néonazi. On peut identifier sur les deux images la totenkopf des SS - Reflets-2026 - Reflets-2026
Post de Freya et son "ex-copain". Et un RT par Freya d'un post d'un militaire néonazi. On peut identifier sur les deux images la totenkopf des SS - Reflets-2026 - Reflets-2026

Pauline L. n’hésite pas à diffuser, via son compte, des images associées au nazisme ou à la SS (comme la totenkopf ici dessus), organisation responsable de crimes contre l’humanité, dont l’apologie dans l’espace public, y compris sur les réseaux sociaux, est punie par la loi. Toutefois, cela ne semble pas suffire : dans une publication d’octobre 2025, elle relaie un ancien complot antisémite selon lequel les Juifs seraient à l’origine de l’immigration de masse. Cette théorie a été forgée dans les années 1950 et 1960 par d’anciens collaborateurs et membres de la SS, qui affirmaient que les Juifs cherchaient à détruire la « race blanche » par le métissage. Le même jour, elle finit par se lâcher : « Je souhaite l'anéantissement d'Israël ».

Capture d'ecran : messages postés sur X par Freya. - Reflets-2026
Capture d'ecran : messages postés sur X par Freya. - Reflets-2026

Sur plusieurs publications sur les réseaux sociaux X et Meta, Pauline L. n’hésite pas à afficher sa dévotion pour Adolf Hitler : « — Vous auriez défendu Hitler ?Bah oui, logique », répond-elle dans une conversation concernant la mort de Quentin Deranque. Dans un post daté du 6 octobre 2025, elle écrit : « J’ai reposté un édit natio sur Insta, je reçois un message de ma tante qui me prévient que « attention, ce sont des nazis ». Bah oui, tatie, mdr, c’est la ligne. »

Selon nos informations, les parents de Pauline L. vivent aussi en Ariège. Sa mère, M. L., travaille comme infirmière au bloc opératoire au CHAC à Saint-Girons. Suite à une publication de Pauline L. depuis la salle de sport qu’elle fréquente, Reflets a pu corroborer qu’il s’agit bien de la salle Basic-Fit à Saint-Girons. Curieuse coïncidence : le local de la CGT du CHAC a été saccagé et recouvert de tags néonazis début juillet 2024.

Un parcours qui ne surprend pas

Alors que cette militante néonazie se prévaut de son anonymat pour publier de nombreux messages racistes, Reflets a pu retrouver de nombreuses traces de Pauline L. sur le web. Ancienne candidate aux élections législatives de 2022, elle est déjà mentionnée en 2023 dans une enquête de France 3 Occitanie pour sa participation au canal néonazi « FrDeter », fermé sur ordre du ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, qui diffusait une importante quantité de contenus racistes, antisémites ainsi que des appels à la violence visant des personnes non blanches et des personnes juives.

À l’époque, interrogée par France 3, elle se défend de toute responsabilité concernant les messages à caractère raciste ou les appels à la violence, affirmant ne pas les cautionner et ne pas les avoir vus : « Je n’ai pas écrit de commentaires racistes, je ne soutiens pas ce genre de commentaires. Si cela prônait cela, je n’aurais pas rejoint ce groupe. Ce sont trois clampins qui ont envoyé des messages nazis et racistes. C’est comme tout : il y a des personnes qui font n’importe quoi », déclarait-elle.

Depuis la fermeture de ces canaux sur Telegram, Pauline L. aurait marqué une brève pause avant de reprendre, quelques mois plus tard, son activité en ligne sur d’autres plateformes, où elle diffuse des contenus explicitement néonazis, tout en construisant une identité militante articulée autour du suprématisme racial et de valeurs traditionalistes.

Capture d'écran d'une compte de Pauline L. sur Pinterest. - Reflets-2026
Capture d'écran d'une compte de Pauline L. sur Pinterest. - Reflets-2026

En 2024, elle est à nouveau candidate aux élections législatives dans la 2ᵉ circonscription de la Haute-Garonne, sous l’étiquette du parti Reconquête. Cette candidature, intervenue après sa participation au canal néonazi « FrDeter », montre que le parti fondé par Éric Zemmour ne semble pas trop se soucier du profil « néonazi » de personnes intégrées dans ses rangs.

Une néonazie engagé dans l'extrême droite radicale

Mais au-delà de ces activités virtuelles, Pauline L. mène bel et bien une vie militante. Elle était à Tours pour la marche aux flambeaux organisée par « Des Tours et des Lys » le 8 novembre 2025. « Freya » est repérée par Reflets en 2025 lorsqu’elle participe à la marche néonazie du C9M à Paris. Jean gris, cache-cou du C9M et croix celtique sur le bras, elle est accompagnée d’un autre néonazi, identifié sur les réseaux sociaux comme « Larry le Chanceux ».

Plus récemment, elle s’est déplacée à Lyon pour l’hommage à Quentin Deranque le 21 février 2026. Quelques semaines plus tard, elle poste une photo avec des militants fascistes à Perpignan, au local du 7.59 d’Unité Sud, pour leur anniversaire le 9 mars 2026.

Pauline L. à Lyon pour l’hommage à Quentin Deranque le 21 février 2026 et à la marche néonazie du C9M à Paris en 2025.  - Reflets-2026
Pauline L. à Lyon pour l’hommage à Quentin Deranque le 21 février 2026 et à la marche néonazie du C9M à Paris en 2025. - Reflets-2026

Pauline L. s’inscrit donc dans un écosystème de militantisme de terrain et numérique qui contribue à la diffusion et à l’amplification de contenus idéologiques néonazis. Elle fait partie d’un réseau de comptes actifs sur X, composé d’une centaine de comptes dont l’idéologie néonazie constitue le socle, et qui participent à la normalisation de ces discours auprès d’un public plus jeune.

Son projet de départ pour l’Ukraine, partagé sur X, s’inscrit dans une tendance plus large de mobilisation de militants d’extrême droite, très souvent des hommes, vers des zones de conflit. Ses interactions avec des combattants français engagés en Ukraine dans des unités paramilitaires sont, pour le moins, inquiétantes. Cela dit, Pauline L. a été admise au concours d’entrée à l’IFSI de Pamiers, sans que Reflets puisse corroborer si elle a confirmé sa présence dans la formation professionnelle continue qui débute septembre 2026, dont l’échéance d’inscription était fixée à fin février.

Au vu des propos à caractère raciste qu’elle exprime ouvertement sur les réseaux sociaux : « Ah l’Ariège, mon beau département qui est en train de devenir un trou à rats à cause de l’immigration », son orientation vers une formation dans le secteur de la santé soulève des interrogations éthiques : peut-on avoir un engagement idéologique néonazi et exercer des professions impliquant des responsabilités envers des publics diversifiés et vulnérables ?

Making of :

Contactée, « Freya » a d'abord nié être la personne que nous avons identifiée. Relancée, elle finit par nous indiquer : « Je ne vais pas m'excuser d'être de droite ni même de tenir un compte Twitter ou la plupart de mes posts sont très clairement exagérés. Le jour où vous enquêterez de la même manière sur la violence de l'ultra gauche peut-être qu'on vous prendra un peu plus au sérieux. En attendant je garde mon compte Twitter, et je continuerai de mener une vie ou rien de ce que je fais IRL n'est illégal ou ne porte atteinte à autrui »

14 avril 2026 à 23h 09min : Suite à la demande de Madame Pauline L., nous avons modifié le statut de sa relation avec l’un des néonazis présents dans l’article, en indiquant « ex-copain » au lieu de « copain », ainsi que le village où résident ses parents, par courtoisie journalistique. Nous considérons néanmoins que le fait que le travail dans le domaine de la santé soit présent dans sa famille, et dans une région spécifique, constitue une information pertinente et d’intérêt public.

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