Journal d'investigation en ligne
par Ricardo Parreira

Fachos 2.0 : les boucles brunes de Telegram

Quand l'extrême-droite infiltre le réseau

Organiser des ratonnades, recruter de nouveaux militants, ou simplement propager du racisme. Les boucles Telegram sont devenues un outil incontournable pour les groupuscules et influenceurs d'extrême-droite, qui utilisent cette plateforme pour entretenir des liens au sein de la fachosphère, mais aussi avec des acteurs internationaux.

parfois sous couvert d'humour, parfois de manière très claire, la haine se diffuse sans filtres - © Reflets
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Reflets a identifié plus d’une soixantaine de boucles Telegram actives qui partagent des liens directs ou indirects avec la majorité des formations d'extrême-droite françaises. Des groupes comme le GUD, Les Nationalistes, Tenesoun, Auctorum, Luminis, dont les medias on relaté ces derniers mois les actions violentes lors des manifestations contre la réforme des retraites, ou leurs actions anti-migrants et anti-LGBT. Ces boucles d’extrême-droite sont accessibles au public, factuellement fascistes, axées sur la protection de la culture européenne, le suprémacisme blanc et pour une partie le néonazisme.

Dans ce nuage numérique, une trentaine de ces boucles, sous couvert d’ironie, de blagues, ou de la banalité du mal, cherchent à polariser la société en alimentant les pires sentiments islamophobes, négrophobes et antisémites. Ces canaux Telegram, actifs parfois pendant des années, produisent un flux de messages colossal, sans censure, consolidant ainsi un réseau de centaines de milliers d'abonnés, où le fruit de leur haine finit par prendre forme avant de se matérialiser dans le monde réel.

Telegram, le paradis de l'extrémisme

Telegram est une application de messagerie instantanée qui suscite autant d'éloges que de controverses. Lancée en 2013 par les frères Nikolai et Pavel Durov, elle s'est rapidement imposée comme une alternative aux autres plateformes de messagerie comme Messenger ou Whatsapp.

Sur le papier, grâce au chiffrement de bout en bout, les messages sont protégés des regards indiscrets et seuls l'expéditeur et le destinataire peuvent les lire. Reflets a publié quelques articles techniques sur Telegram (les trois premiers de cette liste par exemple). Pour les groupes ouverts, les messages ne sont pas chiffrés, au contraire de l'application Signal, pourtant Telegram est largement plus utilisé.

Capture d'écran de la boucle Telegram de l'Action Française, avec un message transféré du canal antisémite "The Redpill Resistance" : "Le multiculturalisme est en train d'être utilisé contre l'humanité. Génocide blanc - Sionisme - Nouvel ordre mondial - Le plan Kalergi", 2023. - © Reflets
Capture d'écran de la boucle Telegram de l'Action Française, avec un message transféré du canal antisémite "The Redpill Resistance" : "Le multiculturalisme est en train d'être utilisé contre l'humanité. Génocide blanc - Sionisme - Nouvel ordre mondial - Le plan Kalergi", 2023. - © Reflets

Depuis son lancement, Telegram s'est hissée au rang des applications de messagerie les plus populaires au monde. Cette ascension fulgurante n'a pas été sans controverses, car la plateforme est devenue le repère privilégié de néonazis, fascistes et autres groupes extrémistes. Contrairement à d'autres réseaux sociaux qui ont mis en place des politiques de lutte contre les discours de haine et la propagande extrémiste, Telegram adopte une approche plus « libérale » en matière de censure. En 2022, Telegram a écopé d’une amende de plus de 5 millions d’euros en Allemagne, faute d'avoir signalé des messages de haine. En raison de son chiffrement et de ses fonctionnalités de confidentialité, Telegram est devenue un refuge pour certains groupes extrémistes qui cherchent à coordonner des violences ou à répandre des discours haineux sans être détectés. Elle permet à toute une panoplie de groupes réactionnaires et complotistes de construire, voire d'assurer un réseau rarement censurable où l'information peut circuler librement en dehors de la tyrannie des algorithmes.

Les tonalités fascistes, voir néonazis du réseau français

En France, la grande majorité des groupuscules d'extrême-droite possède un compte Telegram, où ils partagent leurs valeurs et leurs centres d'intérêt, notamment du contenu médiatique, des actions et des événements de leur réseau. Bien qu'il faille faire une distinction entre ces groupuscules, certains étant davantage orientés vers le néofascisme, avec une tendance plus catholique et identitaire, tandis que d'autres adoptent une idéologie païenne, néonazie, mystique, issue de la nouvelle droite, ces boucles finissent par se mélanger. Elles entretiennent directement ou indirectement un réseau où circulent des publications de différents courants idéologiques, agissant comme des « nouvelles » qui contribuent à renforcer le flux numérique, constituant un pilier essentiel de l'ego et du prestige de l'extrême-droite française.

Infographie non exhaustive des groupes d'extrême-droite dans l'hexagone et leur réseautage, 2023. - © Reflets
Infographie non exhaustive des groupes d'extrême-droite dans l'hexagone et leur réseautage, 2023. - © Reflets

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Il s’agit d’un réseau hétérogène, où différentes lignes idéologiques se croisent de plus en plus, donnant naissance à des tendances qui se renforcent autour de questions telles que l'immigration, le nationalisme blanc, ou le suprémacisme blanc, ainsi que des valeurs anti-LGBT, anti-féministes, etc.

Cette bulle répond au besoin d'existence des groupes d'extrême-droite français dans l'espace public numérique, souvent censuré. La plateforme Telegram permet non seulement de propager leur rhétorique racialiste et xénophobe, mais elle construit aussi un pont qui permet de s'aligner sur une sémantique dépassant les intérêts de chaque groupe, pour se tourner vers des idéologies plus larges et « attrape tout », telles que la « protection des Européens » ou de la « culture européenne ». Cela inclut des discours plus extrémistes qui prônent la protection de l'Europe face au prétendu « génocide blanc » et encouragent la création de groupes violents se préparant à un processus de « reconquête ».

Captures d'écran de la boucle Telegram Megamachina et pub pour la UDE de Argos. À noter que “nous devons être intellectuels et violents” est une citation de Charles Maurras, 2023. - © Reflets
Captures d'écran de la boucle Telegram Megamachina et pub pour la UDE de Argos. À noter que “nous devons être intellectuels et violents” est une citation de Charles Maurras, 2023. - © Reflets

La dynamique entre les comptes Telegram d'extrême-droite est remarquable, avec des connexions concrètes entre différents groupuscules tels que l'Academia Cristiana, La Cocarde Étudiante, Helix, Auctorum, Lyon Populaire, GUD, Institut Iliade, Comité 9 Mai, et bien d'autres. Sur le compte Telegram du parti Les Nationalistes, on retrouve le partage de publications provenant d'autres groupuscules nationalistes tels que Roussillon Nationaliste, Les Caryatides, le CLAN (Comité de Liaison Nationaliste), Le Parti de la France, Paris Nationaliste, entre autres. Même si certains de ces comptes ne diffusent pas directement des publications de Civitas, Straight Edge France, Institut Iliade, GUD, etc., grâce au réseau, des groupes qui, en théorie, vu leurs divergences idéologiques, ne devraient pas être en communication, finissent par au moins voir leurs publications. Tel un ouroboros, le réseau s'auto-nourrit, mélange et rapproche des groupes qui ont pourtant des divergences politiques, philosophiques et religieuses.

Dans la pratique, il suffit d'être abonné à trois ou quatre comptes Telegram d'extrême-droite dans une région donnée, qui entretiennent un contact permanent avec d'autres groupuscules d'une autre région (par exemple : les néofascistes tels que Tenesoun, Novelum, ou la Ligue du Midi, avec le GUD, OuestCasual, ou les Actif Club), pour avoir un aperçu de ce qui se passe dans la fachosphère. Si une personne est abonnée à une dizaine de boucles Telegram liées aux groupes d'extrême-droite, elle a pratiquement accès à toutes les informations rendues publiques par la majorité des groupuscules d'extrême-droite en France, mais aussi à quelques boucles internationales.

Capture d'écran des boucles Telegram Novelum Carcassonne, Institut Iliade et Rébellion SRE, 2023. - © Reflets
Capture d'écran des boucles Telegram Novelum Carcassonne, Institut Iliade et Rébellion SRE, 2023. - © Reflets

Il est désormais fréquent d'identifier des publications à caractère nazi sur Ouest Casual, la Cagoule, ou les Active Clubs. Cependant, et c'est vraiment préoccupant, on repère de plus en plus de publications qui font référence aux nazis, à la « race blanche », à « l'Europe blanche », et au suprémacisme blanc au sein des groupes révolutionnaires nationalistes. À cela s'ajoute l'antisémitisme, plus dissimulé sur les réseaux sociaux, mais qui trouve chez Telegram une porte ouverte, notamment pour des médias tels que Rivarol ou Jeune Nation, ainsi que d'autres comptes qui diffusent des complots et préjugés antisémites.

Capture d'écran de la boucle Telegram Roussillon Nationaliste, 2023. - © Reflets
Capture d'écran de la boucle Telegram Roussillon Nationaliste, 2023. - © Reflets

Capture d'écran de la boucle Telegram de Yvan Benedetti, 2023. - © Reflets
Capture d'écran de la boucle Telegram de Yvan Benedetti, 2023. - © Reflets

A propos de l’usage du réseau Telegram par les groupuscules d'extrême-droite, Emmanuel Casajus, sociologue et spécialiste de l'extrême-droite explique qu'en 2015, l'AF « s'organisait via des groupes facebook secrets » pour ce qui était des discussions stratégiques et « par SMS pour les tâches quotidiennes comme pour certaines actions ». Néanmois, pursuit le sociologue, pendant le Camp Maxime Real del Sarte (CMRDS) de 2016, « un militant a fait un exposé sur la cybersécurité dans laquelle il exposait la nécessité de déplacer les activités en ligne du mouvement sur Télégram : la raison principale étant que les données y seraient moins faciles d'accès pour les services de renseignements, du fait du chiffrement des données et de l'absence de collaboration entre les services français et russes sur d'autres questions que sur le terrorisme islamiste ». Aujourd’hui, la majorité des groupuscules d'extrême-droite ont des boucles publiques sur Telegram et quand des abonnées veulent passer à l’action ils exhortent les militants à les contacter en message privé, qui est désormais chiffré.

Du divertissement au nazisme, ces boucles qui fascisent les esprits

Souvent teintées d'ironie, utilisant un ton plaisant ou de divertissement, parfois même de l'auto-dérision, ces chaînes Telegram explorent le web, en particulier TikTok et Instagram, à la recherche de vidéos de la vie quotidienne mettant en avant des conflits ou des situations violentes. Elles manipulent ensuite ces vidéos en les associant à des textes afin de servir leurs idéologies. Reflets a identifié une trentaine de boucles Telegram ayant pour objectif de promouvoir la haine, le racisme, la xénophobie, ainsi que le néonazisme, l'antisémitisme et le suprémacisme blanc.

Captures d'écran de plusieurs boucles Telegram néonazies, 2023. - © Reflets
Captures d'écran de plusieurs boucles Telegram néonazies, 2023. - © Reflets

Canaux Telegram qui, au fil des années, ont servi de refuge contre la « censure », et on crée un univers pour ceux qui partagent et embrassent ces idées abjectes. Sous le voile d'une relative confidentialité, car il est possible de masquer son numéro de téléphone et de rester anonyme, des centaines de milliers de personnes suivent des comptes qui diffusent de la propagande fasciste et néonazie. C'est un monde où des boucles publiques et privées se forment et se renforcent en partageant des croyances et idéologies extrémistes sans crainte de représailles ni de jugement.

Le nazisme, profondément enraciné dans l'histoire sombre de l'humanité, trouve ici un terrain fertile pour se propager et recruter de nouveaux adeptes.

L'antisémitisme, moteur du nazisme, prend énormément d'ampleur à travers ces canaux. Au-delà des photos, des mèmes et des vidéos, Telegram permet la création d'autocollants antisémites qui nourrissent d'anciens discours haineux ciblant les Juifs, basés sur des stéréotypes malsains et des théories du complot. Ces discours trouvent un écho au sein de ces espaces où l'ignorance et la haine se nourrissent mutuellement.

Captures d'écran des autocollants qui tournent dans les boucles néonazies comme Hitlérisme & Jovialité ou ⌖DIVISION AHBF 88ϟϟ, 2023. - © Reflets
Captures d'écran des autocollants qui tournent dans les boucles néonazies comme Hitlérisme & Jovialité ou ⌖DIVISION AHBF 88ϟϟ, 2023. - © Reflets

Dans la sélection d'autocollants à caractère antisémite, on trouve le logo de la LICRA (Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme), des visages qui représentent le « Juif au gros nez », mais aussi l’effigie d'Anders Behring Breivik, le tueur de masse norvégien, qui justifie la tuerie d'Utoya au nom du « grand remplacement ».

Cette concomitance n'est pas due au hasard. Breivik, tout comme Brenton Tarrant, sont des individus qui ont emprunté la voie du « jihad blanc » pour propager leur idéologie et prétendre empêcher le « génocide blanc », donc les Juifs seraient les responsables. Dans le livre Les mots qui fâchent, Nicolas Lebourg, historien spécialisé dans les mouvements d'extrême-droite, clarifie les origines idéologiques du « grand remplacement », qui remontent aux années 50 avec les écrits de René Binet, Maurice Bardèche et Francis-Parker Yockey. Ils y reformulaient leur idéologie « aboutissant à un schéma où la mixité ethnique est synonyme de complot anti-Blancs : les juifs auraient manœuvré les États-Unis et l’Union soviétique pour détruire l’Europe blanche (...) l’immigration serait le "véritable génocide" tandis que l’extermination des juifs d’Europe serait un mythe culpabilisateur empêchant les Blancs de se réveiller.

Du côté des groupes radicaux américains, ces idées sont traduites dans les années 1970 par deux formules : "Zog", le "Gouvernement d’occupation sioniste", et son "White Genocide" (génocide des Blancs par la promotion de l’avortement, de l’homosexualité, du métissage). Ces formules feront florès dans le monde anglo-saxon. Quand Brenton Tarrant définit le "grand remplacement" il conclut : "This is White Genocide". La causalité juive du phénomène a quant à elle encore été affirmée par le terroriste ayant frappé la synagogue de Pittsburgh en 2018 (11 morts)».

Cette bulle de canaux Telegram présente des niveaux de violence, de xénophobie, d'homophobie ou de racisme variables selon les groupes. Les canaux avec un nombre élevé d'abonnés, comme Bassem TH (reconnaissable grâce à son émoji de verre de lait, symbole chez les suprémacistes blancs) ou KimJongUnique, se concentrent sur le racisme ordinaire et la xénophobie. D'autres canaux affichent ouvertement leur antisémitisme, comme Golems Klub ou Jeunistan”.  »

Infographie non exhaustive des groupes d'extrême-droite dans l'hexagone et des canaux tenus par des individus/groupes qui propagent des idéologies néofascistes et néonazies . - © Reflets
Infographie non exhaustive des groupes d'extrême-droite dans l'hexagone et des canaux tenus par des individus/groupes qui propagent des idéologies néofascistes et néonazies . - © Reflets

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Cette récupération mutuelle des contenus s'étend aux boucles des groupes d'extrême-droite, en quantité réduite, mais suffisante pour établir un lien entre les deux bulles présentées dans l'infographie ci-dessus, et permettre aux abonnés de circuler entre plusieurs canaux Telegram. Par exemple, les groupuscules d'extrême-droite vont partager des images ou des vidéos issues de comptes tels que Canal Nation, tandis que les Vilains Complotistes, canal proche des néonazis de Démocratie Participative, vont partager des publications des Active Clubs.

Captures d'écran de plusieurs boucles Telegram néonazies, qui renvoient vers le compte de L’active Club France et Les Remparts Lyon, 2023. - © Reflets
Captures d'écran de plusieurs boucles Telegram néonazies, qui renvoient vers le compte de L’active Club France et Les Remparts Lyon, 2023. - © Reflets

Un réseaux international qui se veut homogène et violent

Un autre facteur qui a attiré les groupes d'extrême-droite vers Telegram est sa disponibilité dans de nombreux pays, qui leur permet d'entretenir des liens avec les groupes d'extrême-droite internationaux. En 2009, le blog Zentropa se félicitait d'avoir créé un « clan » mettant en relation des blogs tels que Badabing (Canada), Canal Mythos (France), Inconformista (Portugal), ONG (Hong Kong), et naturellement Zentropa, un projet italo-français né en 2006. La branche allemande, issue des mouvements autonomes nationalistes de Dortmund, fonctionne depuis un peu plus d'un an et se nomme Syndikat Z.

Photo prise en Serbie avec des membres du groupuscule d'extrême-droite Alvarium et des Serbes du Club 451, en 2023 - © Reflets
Photo prise en Serbie avec des membres du groupuscule d'extrême-droite Alvarium et des Serbes du Club 451, en 2023 - © Reflets

À partir de 2016, la Commission Européenne commence à faire appliquer aux plateformes sociales les premiers codes de conduite pour lutter contre la haine en ligne. Rapidement, la « censure » s'étend aux réseaux sociaux et les groupes d'extrême-droite voient en Telegram l'outil parfait pour développer un réseau plus durable et plus sécurisé. Aujourd'hui, bien que Zentropa ne soit plus le moteur qui tisse des liens dans la fachosphère européenne, grâce à Telegram, leur réseau d'extrême-droite transnational a triplé en taille, et actuellement ce sont les mouvements liés aux sports de combat (boxe anglaise, muay thaï, lutte, grappling et MMA) ainsi que les Active Clubs, très néonazis, qui semblent prendre le relais.

Infographie non-exhaustive des groupes d'extrême-droite dans l'hexagone et de leurs liens directs ou indirects avec des boucles ouvertes françaises et internationales. - © Reflets
Infographie non-exhaustive des groupes d'extrême-droite dans l'hexagone et de leurs liens directs ou indirects avec des boucles ouvertes françaises et internationales. - © Reflets

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Les experts en sécurité et les défenseurs des droits de l'homme expriment des inquiétudes sur l'impact négatif de la propagation du discours de haine et de la violence qui se propage sur Telegram. Dans un article publié sur L’American-German Institute (AGI) intitulé "Nouvelles stratégies des réseaux transnationaux de sports de combat d'extrême-droite en Europe et aux États-Unis", Alexander Ritzmann lance l'alerte : « Si les Active Clubs continuent de fonctionner et de se multiplier, il est probable que la quantité de violence stochastique et de terrorisme augmente ». Selon le chercheur, bien que les actes violents contre les supposés ennemis de la « race blanche » tels que les Juifs, les personnes de couleur, les Musulmans, les libéraux, les féministes, les LGBTQI+ et les militants de la société civile, deviennent moins fréquents de la part des groupes d'extrême-droite institutionnalisées - Action Française, Les Nationalistes - ces derniers propagent plutôt des « récits de victimisation tels que "nous sommes attaqués et devons riposter" », ainsi que des événements, des colloques et des camps « stimulés par la testostérone, qui favorisent un sentiment d'urgence, de victimisation et de militantisme ».

Photo prise en Suède avec des membres de l’Actif Club suédois, 2023 - © Reflets
Photo prise en Suède avec des membres de l’Actif Club suédois, 2023 - © Reflets

Alexander Ritzmann explique que le résultat le plus remarquable de cette stratégie est que la violence perpétrée par les membres de ces réseaux sur les minorités peut être interprétée comme « le résultat d'attaques aléatoires de "loups solitaires », préservant ainsi l'image des groupes et partis d'extrême-droite qui cherchent à se dédiaboliser, tandis que statistiquement, les violences augmentent.

Un puissant outil de recrutement

Depuis son émergence en 2013, Telegram s'est frayé un chemin discret mais puissant en tant qu'outil de recrutement pour un large éventail de groupes extrémistes à travers le monde. La première grande menace était l'utilisation de Telegram par Daesh. Aujourd'hui, la plateforme de messagerie a attiré l'attention de mouvements d'extrême-droite qui cherchent à élargir leurs rangs de manière confidentielle et sans entrave. L'affaire FRDéter a démontré la puissance du réseau en termes de recrutement, mais également dans la préparation d'actions violentes à l'encontre des musulmans et la gauche.

Le processus de recrutement commence après les likes et les messages sur Tiktok, Twitter ou Instagram, les potentiels membres sont ensuite invités à rejoindre Telegram. Un article de Mediapart concernant la dernière manifestation du C9M le 6 mai, démontre à quel point Telegram est devenue une application incontournable pour les groupes d'extrême-droite utilisée pour s’organiser sur le terrain lors de leurs actions. De même, le fait que la DGSI arrive à infiltrer certains comptes Telegram confirme à la fois que le recrutement sur Telegram est fonctionnel et que la menace d'extrême-droite est réelle.

Captures d'écran de plusieurs boucles Telegram qui recrutent et leur méthode, 2023. - © Reflets
Captures d'écran de plusieurs boucles Telegram qui recrutent et leur méthode, 2023. - © Reflets

Bien que le canal a été abandonné après la publication d’articles de presse à son sujet, FrDéter continue ses activités sous les noms de "Aryens Français" ou "Nova Europa". Ces canaux extrémistes utilisent également les bulles « fascisantes » pour continuer leur recrutement. Cela se fait notamment à travers les canaux où il est possible de laisser des commentaires.

Après la haine : le doxxing

Le doxxing - divulguation publique d' informations personnelles (noms, adresses les numéros de téléphone, lieux de travail) - pour intimider, harceler ou discréditer les personnes ciblées, prend une ampleur inquiétante dans certaines sphères de l'extrême-droite, visant particulièrement les personnes de gauche ou des minorités discriminées.

Des boucles Telegram haineuses Balance ton gauchiste ou Affiche ton antifa, mettent en danger des dizaines de personnes. On parle de politiciens, militants de gauche, journalistes ou personnes engagées pour la justice sociale, de plus en plus exposés à ces attaques et au doxxing. Évidemment, les motivations derrière ces actions peuvent inclure la volonté de créer un climat de peur, de réduire au silence les voix progressistes ou de ternir la réputation de leurs opposants idéologiques. Et pourquoi pas, inciter un « loup solitaire » à passer à l’action…

Captures d'écran des boucles Telegram “Balance ton gauchiste” et “Affiche ton antifa”, 2023. - © Reflets
Captures d'écran des boucles Telegram “Balance ton gauchiste” et “Affiche ton antifa”, 2023. - © Reflets

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