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Reflets poursuivi par Altice : la liberté d'informer menacée

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par Yovan Menkevick

EuroCrise : OFCE vs Brainwashing médiatique

(C'est drôle de voir certains des commentateurs de Reflets venir répéter à l'envi des pseudos-vérités sur la dette et les restrictions budgétaires, pseudo-vérités qui se voudraient "économiques", et savamment entretenues par des médias dits "respectables". Il est donc nécessaire de remercier les dits commentateurs, puisque leur entêtement à répéter ces âneries de la presse mainstream permet à Reflets d'aller s'énerver sur le sujet.

(C'est drôle de voir certains des commentateurs de Reflets venir répéter à l'envi des pseudos-vérités sur la dette et les restrictions budgétaires, pseudo-vérités qui se voudraient "économiques", et savamment entretenues par des médias dits "respectables". Il est donc nécessaire de remercier les dits commentateurs, puisque leur entêtement à répéter ces âneries de la presse mainstream permet à Reflets d'aller s'énerver sur le sujet. Aidé d'un organisme indépendant, bourré d'économistes plutôt têtus, eux aussi, mais qui surtout justifient leurs axiomes par des analyses poussées, étayées, et basées sur des données mondiales, eux…)

Tout commence avec cet article, signé "le Monde avec Reuters", sur Le Monde version ouaibe : http://www.lemonde.fr/politique/article/2012/07/01/la-gauche-s-engage-sur-le-chemin-de-la-rigueur_1727576_823448.html

Cette lecture, plutôt indigeste, amène des chiffres, des pseudo prévisions, parle du déficit, de la dette, de la rigueur budgétaire, sans qu'on sache bien où tout ça nous mène. On se demande ce que cet article tente de dire. Est-ce une bonne chose cette rigueur budgétaire, ou bien une mauvaise chose ? On ne sait trop. Jusqu'au dernier paragraphe, cité en commentaire par wagaf, sémillant commentateur et "économiste pro-rigueur" qui donne la réponse à nos questionnements :

Si la croissance pourrait cette année être proche de la prévision gouvernementale - selon le journal du Dimanche, le gouvernement a calé sa prévision de croissance 2012 sur celle de l'Insee, soit +0,4 % - l'abaissement de la prévision gouvernementale pour 2013, actuellement de 1,7 %, est attendue dans les prochaines semaines.

L'Etat, qui dépense environ 350 milliards d'euros par an, sur une dépense publique totale d'un millier de milliards, est responsable de la quasi-totalité du déficit public, avec un besoin de financement de 90 milliards d'euros l'an dernier. Il est endetté de presque 1 400 milliards d'euros, sur une dette publique totale de près de 1 800 milliards fin mars, le reste de la dette étant contracté par la Sécurité sociale et les collectivités locales. Avec un endettement public supérieur à 89 % du PIB, la France a atteint le niveau à partir duquel des études statistiques montrent que l'activité économique d'un pays est freinée.

C'est beau, ça. C'est de l'article de fond, qui vous donne toutes les clés pour comprendre comment fonctionne l'endettement des Etats dans le contexte actuel. Non, sans blagues ? Si, si, Le Monde selon Reuters est très clair, et les internautes émerveillés peuvent donc aller se coucher tranquilles : tout est expliqué en un seul paragraphe qui ne dit en réalité qu'une seule chose : l'Etat français s'endette trop, et son endettement public a atteint le niveau à partir duquel des études statistiques montrent que l'activité économique d'un pays est freinée. Ah bon ? Quelles études statistiques ? Comment cette dette s'accélère ? Comment la dette freine-elle l'activité économique ? La rigueur budgétaire serait donc la solution à la baisse de la dette ? Si on suit le Monde et ses études statistiques (qui ne viennent de nulle part puisqu'ils ne les donnent pas), la réponse est donc…qu'il faut de la rigueur pour ne pas s'endetter. Et que s'endetter freine l'économie quand elle atteint plus que 89%. Mais des études existent, comme celles effectuées par l'OFCE qui disent…exactement l'inverse. Mince alors… Le Monde-Reuters nous prendrait-il pour des tartes ?

Le monde économique selon l'OFCE…

n'est pas celui des journalistes du Monde avec Reuters. C'est le moins qu'on puisse dire. Le document suivant est à lire pour ceux qui aimeraient mieux comprendre la réalité de l'économie d'aujourd'hui. Le monde de la crise. Qui n'est pas seulement européenne ou française. Il s'intitule sobrement : perspectives 2012-2103. Signé de l'Observatoire Français des Conjonctures Economiques. Bon, bien entendu, les types qui bossent dedans n'ont pas le talent des internautes qui lisent Le Monde-Reuters, ni celui des journalistes qui rédigent les billets du Monde-selon-Reuters en ligne, c'est certain. Ce sont juste des chercheurs en économie. Et ce petit machin qu'est l'OFCE n'a que 30 ans de travai derrière lui. Mais bon, ils argumentent quand même les bougres. Avec des graphiques, et plein de données analysées. Alors pour aider ceux qui n'ont pas de doutes sur les politiques européennes de restrictions budgétaires, mais qui pourraient avoir envie de chercher à comprendre "autrement" le sujet, différemment du discours dominant prôné par le gouvernement actuel et une bonne partie des "gros" médias bien "sérieux", cet article doit être lu. Lire ensuite le document de l'OFCE semble aussi une bonne idée…

Pas optimistes, l'OFCE…mais surtout avec la restriction budgétaire des Etats

Dans l'introduction des perspectives 2012-2013 de l'OFCE, ce passage est intéressant :

La restructuration de la dette grecque a stoppé la contagion de la crise des dettes souveraines aux pays les plus fragiles de la zone euro. Mais il ne pourrait s'agir que d'un répit à court terme puisque que les problèmes de fond demeurent. D'abord, le risque d'une crise systémique, impliquant la zone euro mais aussi les autres zones du monde où les finances publiques sont davantage dégradées qu'en Europe, n'est pas écarté. Ensuite, les stratégies d'assainissement budgétaire adoptées par les pays européens pour retrouver grâce aux yeux des marchés compromettent les objectifs affichés : les points de déficit potentiellement gagnés ex ante sont reperdus  ex post, une fois que la restriction a développé ses effets négatifs sur l'activité et entamé les assiettes fiscales. Une nouvelle vague restrictive est alors engagée pour tenter à nouveau de rassurer des marchés, désappointés par l'absence de résultats de la première.

La restriction développe ses effets négatifs sur l'activité et entame les assiette fiscales. L'OFCE affirme de facto que les stratégies d'assainissement budgétaires adoptées par les pays européens pour retrouver grâce aux yeux des marchés compromettent les objectifs affichés. C'est donc une stratégie qui ne paye pas. Mais qui continue d'être pronée comme la seule valable. Incroyable, non ? Mais pourquoi l'OFCE ose-t-il faire des affirmations pareilles alors que Moi président et Jean-Marc le prem's (l'ex condamné par la justice pour une vétille) prétendent le contraire ? Et bien l'OFCE dit (entre autres) la chose suivante :

En privilégiant la réduction rapide des déficits et de la dette publique, les décideurs de la zone euro révèlent que leur croyance dans le futur est le scénario du pire. Reposer sur la soi-disant discipline des marchés pour rappeler à l’ordre les pays dont les finances publiques sont dégradées ne fait qu’accroître par le jeu du renchérissement des taux d’intérêts souverains le problème de soutenabilité. Or, en induisant par un effet multiplicateur toujours sous-estimé dans l’élaboration des stratégies ou des prévisions (encadré) une moindre activité, cette croyance résignée dans un « new normal » dégradé semble se confirmer. In fine, elle ne fait que s’auto-réaliser.

Mais l'OFCE va plus loin :

La résistance à la baisse des ratios budgétaires pourrait alors conduire à une surenchère dans la restriction pour rassurer les marchés. Si les gouvernements voulaient tenir coûte que coûte des objectifs inatteignables pour la majorité d’entre eux, le choc sur l’activité serait puissant, accompagné d’une récession violente et faisant réapparaître le risque d’un nouveau défaut dans la zone euro. Et même à supposer que les efforts consentis en Europe s’avèrent payants, le risque se déporterait de la zone euro vers les pays anglo-saxons qui pourraient passer, compte tenu de situations budgétaires toujours tendues auxquelles il n’aura pas vraiment été porté remède, dans le viseur des marchés.

Le pouvoir d'achat, le PIB, tout ça…

Des projections intéressantes permettent de mieux comprendre comment les politiques de restrictions budgétaires grèvent le PIB par tête en parité de pouvoir d'achat. L'effet de cette baisse de PIB : de la dette en plus. Ce qu'essayent d'expliquer les économistes de l'OFCE réside dans le fait que le contexte de crise avec chute de la croissance, de spéculation sur les dettes, sont facteurs de baisse d'activité, et donc de baisse de PIB et de pouvoir d'achat. Plus des restrictions budgétaires sont appliquées dans ce contexte, plus la situation empire, c'est-à-dire une augmentation de plus en plus importante du chômage, de la dette, et une baisse de l'activité. Sans les restrictions, le PIB par tête en parité de pouvoir d'achat aurait augmenté, la dette aurait baissé, le chômage certainement aussi :

 

 

La conclusion de l'OFCE

La réponse de l’économie à une politique de rigueur budgétaire dépend de sa position dans le cycle et de l’efficacité de la politique monétaire. En mettant en œuvre des politiques d'assainissement budgétaire en période de creux conjoncturel alors que le chômage reste élevé et que la politique monétaire est défaillante, les gouvernements européens ont interrompu le processus de reprise lente de l'économie, et ils ont pris le risque de faire replonger l'économie de la zone euro dans la récession et de favoriser une nouvelle montée du chômage.

Ces politiques budgétaires restrictives auront des effets négatifs sur l'activité d'autant plus forts qu'elles sont menées dans une situation conjoncturelle où les écarts de production négatifs restent importants. En déprimant l'activité, ces politiques ne produiront pas une amélioration des finances publiques à la hauteur de l'effort consenti ex ante. Leur conséquence sera de réactiver le jeu des stabilisateurs automatiques en générant des pertes de recettes fiscales et en occasionnant une nouvelle vague de dépenses sociales à destination des ménages fragilisés par le freinage de l'activité. S'y ajoutera la résistance à la baisse des ratios de dette publique et de déficit liée à une progression du PIB inférieure aux attentes.

Difficile d'être plus clair. Mais l'OFCE a une vertu pédagogique dans son document, c'est qu'elle amène aussi une réflexion sur l'intrication des économies, les effets de "retour de manivelle" générés par les politiques économiques. Parce que l'économie d'un pays, (n'en déplaise au Monde avec Reuters et à ceux qui croient qu'un problème de dette, de crise économique à l'échelle d'une nation et d'une grande partie du monde se résout simplement en baissant les dépenses de l'Etat) c'est une somme complexe d'intéractions à l'échelle d'une planète. Cet article se conclura donc par cette citation de l'OFCE, ces petits joueurs qui ne pensent pas à l'avenir de nos enfants et se fichent de leur laisser de la dette. Remarquez la terminologie en économie ouverte qui souligne bien que la France, son déficit, sa dette, ne sont pas seuls dans le jeu économique :

En économie ouverte, les chocs négatifs générés par les politiques budgétaires restrictives ne restent pas cantonnés aux seules économies nationales mais se répercutent sur l'activité des partenaires commerciaux. La restriction budgétaire d'un pays se transmet aux autres par le canal du commerce international : le freinage des importations, lié au ralentissement de l'activité dû au resserrement budgétaire, induit aussi un freinage des exportations chez ses fournisseurs. Si dans le même temps les fournisseurs eux mêmes mènent des politiques restrictives, ils subissent, en plus du choc extérieur, leur propre choc négatif et le transmettent en retour à leurs partenaires, de telle sorte que des politiques d'assainissement budgétaire non coordonnées entre en résonance et démultiplient leurs effets.

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