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Reflets poursuivi par Altice : la liberté d'informer menacée

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par Robert Matrice

Do you speak clown

12 septembre 2017 On change de nom, mais ça recommence. "Les ordonnances", quel titre idiot. Mais bon, on peut comprendre qu'aucun politique n'ait envie de cramer son nom comme l'a fait El Khomri. Un peu comme les chiottes Decaux, quoi, nouveau support de slogan et d'affichage sauvage. Mais bon, la cause est importante : là, il faut faciliter le départ des salariés pour inciter à les embaucher. Donc, manif.

12 septembre 2017

On change de nom, mais ça recommence. "Les ordonnances", quel titre idiot. Mais bon, on peut comprendre qu'aucun politique n'ait envie de cramer son nom comme l'a fait El Khomri.

Un peu comme les chiottes Decaux, quoi, nouveau support de slogan et d'affichage sauvage.

Mais bon, la cause est importante : là, il faut faciliter le départ des salariés pour inciter à les embaucher.

Donc, manif.

Bastille est saturé, le métro ne marque pas l'arrêt, le bout de Rivoli pour rejoindre Bastille depuis l'arrêt suivant (Saint Paul) et déjà une pré manif, occupant la moitié de la rue.

Ça sent la merguez grillée, il y a les apéros servis au cul des camions utilitaires, et des gros champignons gonflables pour mettre de la couleur. Tous les critères sont là pour valider un bon départ de manif. Les gardes mobiles sont loin et on l'air de s'ennuyer puissamment. Encore un bon augure.

Une petite remontée de cortège, les queues de cortèges sont moins intéressantes.

Le sol est couvert de confettis sur tout le trajet. Un peu comme si Tintin avait été porté en triomphe en Amérique. C'est étrange.

Ah tiens, des FO qui n'ont pas suivi les consignes, les inévitables variantes du PC canal plus historique que les autres, un tract de Cheminade, un peu de France Insoumise, étonnement humble et discret, et, je suis très déçu, aucun frondeur du PS. Pas de Verts non plus, ils doivent être tout tristes pour la montre de Jean Vincent Placé.

Aucune trace de l'indiscret hélicoptère jaune avec son énorme appareil optique, les CRS sont planqués au bout des rues perpendiculaires. Il fait presque beau.

L'ambiance est clairement plus détendue que l'année dernière.

Pas de traces des fainéants, cyniques ou extrémistes.

Encore un peu de remontage, le cortège est dense, mais fluide, puis vient un gros trou, juste avant le pont. Là, c'est louche. Un peu devant le cortège, il y a les forains, une poignée de clowns, des grosses têtes un peu flippantes, un char bateau qui vomit du confetti depuis son gros canon, et devant le camion plateforme du chef des clowns, avec sa putain de sono.

La sono en manif, c'est un peu comme les merguez ou les apéros, c'est souvent cheap et sincère, mais ça fait partie du décorum. Mais là, le clown, il ne passe pas du Manu Chao avec un son tout pourri. Il a une super sono et déblatère des conneries, en boucle, avec le ton de Jacques Martin à l'école des fans. Le son est fort, clair, inévitable, envahissant. C'est super pénible, on en vient à souhaiter l'intervention du gros canon à eau sur ce clown pour que ça stoppe.

Les propos sont de haute volée : quand on brime les forains, c'est la dictature, et quand on supprime des places de parking pour une foire, c'est de la brimade. Ou un truc comme ça. Ensuite, il se met à chanter. Là, on regrette ses discours et on espère le jet impromptu d'une grenade de désencerclement (ou à arracher des bouts de manifestants) pour qu'il se taise.

Devant les forains, une bonne couche de gros bras (forains), puis un long espace vide, et devant une foule, bien dense. Ça fait beaucoup de bien de distancer le clown. Ah tiens, c'est le cortège de tête, la moyenne d'âge est la moitié de celle du cortège syndical, le noir est l'uniforme officiel et il y a des groupes à thèmes, comme des queers avec une licorne violette sur le teeshirt et pas mal de maquillage. Ça change de l'ambiance gilet jaune - merguez. Ce cortège est tout aussi calme que l'arrière, les CRS sont toujours en bout de rue, discrets comme des playmobils.

Le long du trajet, aucune pipette de sérum physiologique et de sachet de Maalox par terre, pas plus de caoutchouc de grenade ou de galette de goudron. Ça faisait longtemps, et en plus, on est dans la dernière ligne droite avant Place d'Italie. Tous les panneaux publicitaires sont rectifiés, l'affiche arrachée, et parfois remplacée par un poster nettement plus politique en kraft, mais proprement, sans casse.

Ah tiens, ça bloque un peu, et je suis coincé à un carrefour avec les CRS qui bloquent chaque coté, avec leurs grande muraille mobile, grille et plexi. Ah tiens, 3 ninjas défoncent un DAB de la Sogé avec la foule qui fait wouaaaaais. Hum, les ninjas devant, les CRS derrière, ça sent le sandwich, là. Changeons de côté, près de la brasserie. Ah tiens, un type qui cause à sa poche avec l'antenne du talkie walky qui dépasse et donne des instructions à un autre type déguisé en personne normale tout comme lui, re-plan de merde. Un photographe, avec son casque presse à la hanche, commence à courir vers l'avant, tout émoustillé. Un ou deux boums, une grosse vague de lacrymo qui fait refluer des gens, et là, c'est soirée piscine, tout et n'importe qui sort des lunettes de piscine, pas juste la jeunesse au look de rebelles, les madames Michus aux tempes grisonnantes aussi. Les pipettes de sérums sont proposées, comme ils feraient tourner un pétard. Il n'y aucune panique, aucune surprise. Les averses ont plus dérangé que les jets de lacrymos.

Le clown au micro commence à râler, après avoir remercié les hommes en bleu marine d'assurer la sécurité du cortège. "Nous sommes une manifestation pacifiste, mais il y a des irresponsables qui balancent des lacrymos, on vient de me dire qui c'est, mais je ne vais pas le dire pour ne pas casser l'ambiance." Je pense qu'il s'emmêle les pinceaux sévères, j'ai comme l'impression qu'il y a une exclusivité sur l'usage des gaz lacrymogènes, surtout quand on en achète un stock de quatre ans d'un coup, vu que l'année dernière en a bouffé quatre ans, pouf, juste pour faire passer quelques 49.3 .

Il enchaine sur les lâches masqués et capuchés alors que tous ses potes sont soit maquillés, soit déguisés en grosses têtes. Quand son service d'ordre commence à nouer les teeshirts "les forains" autour du visage pour limiter les lacrymos, il arrête de dauber sur les gens masqués.

L'ambiance se calme très vite, les fumées sont maintenant toutes à l'avant, je pense avoir vu du canon à eau, en transversal, loin devant. La foule reste dense, les murs sont tagués de slogans et de poésie, les portes-pubs ont parfois la vitre brisée. La présence policière reste super discrète, pas de connerie de nasses ou d'étalage de force. Le cortège peut arriver à Place d'Italie, rien à voir avec les ambiances d'émeutes de la place de la Nation noyée dans la lacrymo.

Je n'ai aucune expertise pour quantifier cette manifestation, mais clairement, elle était dense, motivée, disciplinée, et le cortège de tête était énorme.

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