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Brève
par drapher

"Désir d'Ikea : le bonheur en pièces détachées" : un petit ouvrage à lire

Ce petit bouquin de Samuel Doux, Désir d'Ikea, n'est pas un ouvrage docte sur l'empire du marchand de meubles Ingvar Kamprad (et de plein d'autres choses avec lequel chacun repart quand il visite les hangars de la firme suédoise). Désir d'Ikea est plutôt une immersion, presque sous forme de farce, dans les rouages machiavéliques d'une multinationale devenue "l'amie des gens". Un voyage au sein d'une entreprise plus proche de la secte que d'autre chose, qui pratique le nudge depuis des décennies pour imposer sa marque, son esprit, et parvenir à être incontournable au point de dessiner le quotidien de pans entiers de populations à travers le monde.

Désir d'Ikea décrit une véritable dystopie capitaliste, tenue d'une main de fer par son fondateur, un personnage messianique lié au nazisme et décidé à "changer le monde" en vendant du "beau" au moins cher possible. "L'enfer d'Ikea" pourrait aussi être le sous-titre de cet ouvrage — qui avec son style ironique et léger, dans lequel l'auteur s'implique en tant que rouage de la machinerie infernale qu'il décrit — parvient rapidement à troubler le lecteur. Et si, à la fin nous finissions tous dans un monde Ikea, dans des domiciles aux intérieurs parfaitement uniformisés, connectés aux mêmes applications, avec des aspirations identiques ?

Ah, on me fait savoir que ce serait peut-être déjà en grande partie le cas…

Si vous avez envie de mieux comprendre la dystopie moderne qui se déploie, lisez "Désir d'Ikea : le bonheur en pièces détachées". Une sorte de "Black Mirror" de papier, documenté, glaçant, et dont la chute finale ne peut laisser indifférente.

Désir d'Ikea : 150 pages, 10€ — Robert Laffont, collection "Nouvelles Mythologies".

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