Journal d'investigation en ligne
par Jacques Duplessy

Covid : il ne se passe rien dans les écoles

Il suffit de ne pas regarder

Les profs s'époumonent depuis des lustres sur les réseaux sociaux : il est impossible de protéger des enfants et des ados à l'école, les protocoles du ministère sont inapplicables. Des clusters commencent à apparaître.

Point presse du ministère le 29 janvier sur la situation dans les établissements scolaires
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A chacun son analyse, le virus tranchera. Pour l'Allemagne, l'Autriche, la Grèce, l'Écosse, le Danemark, la Thaïlande, la Grande-Bretagne, la fermeture des écoles a été décidée. En France, Dominique Le Guludec, présidente du collège de la Haute autorité de santé a indiqué sur France-Inter que « les écoles, c'est ce qu'il faut fermer en dernier » dans l'hypothèse d'un troisième confinement. Le premier ministre est sur la même longueur d'ondes : il faut « vraiment que la situation sanitaire soit gravissime pour fermer des écoles » car les conséquences sont « absolument dramatiques ».

En dépit des certitudes des autorités françaises qui sont à rebours de celle d'autres pays, l'Éducation nationale a indiqué le 29 janvier que 96 établissements scolaires font actuellement l'objet d'une fermeture en raison du Covid-19, soit une augmentation de 50% en l'espace de 8 jours. Par ailleurs, la présence en France de la variante britannique du virus qui est nettement plus contagieux pour les enfants devrait peut-être alerter le ministre ?

« Il y a un vrai problème de mesure de l'impact de l'épidémie dans les écoles, nous explique un cadre du SGEN. Un moyen de dire que tout va bien est de limiter le nombre de cas contacts. J'ai eu connaissance d'un cas où un élève était malade dans un ensemble scolaire à Paris, eh bien l'ARS a décidé que personne n'était cas contact et ne devait s'isoler. Pas ses voisins de classe, pas le prof... ». Depuis des semaines les profs s'époumonent sur les réseaux sociaux pour dénoncer l'aveuglement du ministre. « Le ministre continue à nous dire que la situation est maîtrisée. Pourtant, on constate une hausse de près de 30 % des cas chez les élèves, de près de 40 % chez les adultes, explique Guislaine David, secrétaire générale du Snuipp-FSU. Cela corrobore des remontées du terrain. Et on a l’impression que dans chaque école, il y a désormais plus de cas », indiquait Mediapart le 27 janvier.

Dans un établissement de l'Essonne, alors que l'épidémie semble repartir de plus belle, l'équipe pédagogique a décidé de modifier le protocole mis en place. Alors que les professeurs rejoignaient jusqu'ici les élèves dans une sale qui leur était dédiée, c'est désormais l'inverse qui va se produire. Les élèves vont se déplacer à nouveau dans les couloirs pour rejoindre leurs profs.

La principale et l'équipe justifient leur choix par des questions pédagogiques et sanitaires.

« Le déplacement des professeurs entraîne une diminution du temps d'enseignement, qui cumulé arrive à plus d'une heure par semaine (temps de rangement, de déplacement, temps de reconnexion au réseau informatique ...). Il ne permet pas d'assurer le suivi des élèves en difficultés (moins de temps pour le suivi des PAP, des aménagements, pour les fiches de suivi, pour les questions individuelles en fin de cours ...). Les élèves sont plus agités, et la qualité d'attention et de travail a diminué. A notre surprise nous avons découvert que le fait de se déplacer entre deux cours était bénéfique à un grand nombre d'élèves. Enfin, ce dispositif a entraîné la perte d'un grande nombre de dispositifs pédagogiques (organisations spatiale des salles, matériel pédagogique adapté par disciplines, affichage des éléments de méthode disciplinaires dans les salles, matériels de différenciation pédagogiques qui ne peuvent pas être déplacés à chaque heure ....) ».

Au delà des aspects pédagogiques, l'équipe évoque les raisons sanitaires qui motivent la décision :

« Ce dispositif limite très peu les échanges, puisque 7 matières continuaient à avoir des salles spécifiques. Les élèves passent moins de cinq minutes dans le couloir, et sont tous masqués, les espaces sont très aérés. Cette situation n'est donc pas considérée par l'ARS comme une situation de "contact à risque". Nous sommes rassurés de constater que depuis le début de l'année, alors qu'il y a régulièrement des élèves isolés comme cas contacts à risques ou présentant des symptômes de la Covid, aucune chaîne de contamination n'a pu être déterminée au collège. (Trois situations seulement ont relevé du protocole de remontées à l'ARS, dans chaque cas, tous les élèves contacts étaient négatifs). Notre vigilance porte donc ses fruits. »

Contacté, le collectif des stylos rouges explique que de toutes manières, le protocole est inapplicable en milieu scolaire et que la contagion aura lieu avec une méthode ou l'autre. Cette décision ne changera donc sans doute pas grand chose à la situation. La principale de l'école indique que son établissement n'est pas le seul à avoir pris cette décision. Elle dit rechercher un équilibre entre réussite des élèves et situation sanitaire. Mais préfère ne pas en dire plus et nous renvoie vers l'académie, seule habilitée à parler aux journalistes. ​

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