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par Jet Lambda

Cosse au gouvernement : le grand bluff NDDL

Non, il n'y a donc eu aucun "marchandage" à l'entrée de l'ex-leader des Verts, Emmanuelle Cosse, au gouvernement. Elle l'a dit ce matin sur France Inter. Le Canard enchaîné se serait donc fait enfumer, puisque dans son édition de mercredi, on pouvait lire que Cosse aurait donné ses "conditions" à son débauchage, et la première était clairement mentionnée : "l'enterrement du projet d'aéroport à Notre-Dame-des-Landes".

Non, il n'y a donc eu aucun "marchandage" à l'entrée de l'ex-leader des Verts, Emmanuelle Cosse, au gouvernement. Elle l'a dit ce matin sur France Inter. Le Canard enchaîné se serait donc fait enfumer, puisque dans son édition de mercredi, on pouvait lire que Cosse aurait donné ses "conditions" à son débauchage, et la première était clairement mentionnée : "l'enterrement du projet d'aéroport à Notre-Dame-des-Landes". Et voilà maintenant qu'il est question d'organiser une "consultation locale" sur cet aéroport, un référendum dont personne ne sait quels en seront les périmètres, c'est à dire le corps électoral – local, départemental, régional, voire national ? Faudra-t-il être inscrit sur les listes électorales (mais lesquelles ?) pour avoir le "droit" de se "prononcer"?  Et quelle question poser ?

Emmanuelle Cosse avait réellement l'occasion de "marchander" son maroquin. Ç'eut été d’ailleurs un moyen de dire non à la propale tordue de Hollande : tu ne peux pas me promettre d'enterrer NDDL ? Et bien je dit non au ministère. Mais voilà, elle le voulait son ministère – le même que celui qu'occupait son ex-pote d'ELLV Cécile Duflot, qui se terminera donc à peu près de la même manière. Cosse sait très bien que le marchandage est la principale compétence demandée à tous les boutiquiers de la politique. Or, un projet d'aménagement comme cet aéroport à 600 millions (sur le papier, car ce sera le double ou le triple après coup) est un choix politique, et c'est à l’État de l'imposer ou de l'enterrer. Si maintenant on lance des référendums pour savoir si on enterre ou pas, pourquoi n'organise-t-on pas de "consultation citoyenne" avant de lancer n'importe quel projet de bétonnage ? Si la population avait un quelconque pouvoir de décision en la matière, ça se saurait. Prétendre que le déménagement des espèces naturelles et des habitants est une question de "démocratie locale" (c'est le terme employé par Cosse ce matin), qui se règle par référendum, est une escroquerie de plus. L’État "aménage" en consultant, certes, mais d'abord les syndicats patronaux et les géants du BTP, pas en se préoccupant de l'avis des gens qui vivent dans les espaces de vie qui seront ainsi "aménagés".

Emmanuelle Cosse feint aujourd'hui de considérer cette condition référendaire comme honorable. Elle évoque même la Commission national du débat public comme l'organe qui pourra trancher la question du périmètre de cette consultation. Alors qu'elle sait bien, et son parti l'a même dit ou écrit sur d'autres dossiers, que la CNDP est une grosse machine de diversion conçue pour édulcorer les "débats" et faire avaler la pilule aux populations qui ne comprennent rien aux "enjeux économiques".

Ce dossier est précisément le symbole d'arguments économiques fallacieux. La manière dont l’État, et la direction de l'aviation civile (DGAC), ont manipulé les chiffres sur la supposée rentabilité économique de cet aéroport saute aux yeux. Les derniers éléments mis en exergue par les opposants, cf ce papier de Reporterre, sont assez parlants pour ne pas avoir à avaler les balivernes sur "l'emploi", "le développement", "la modernité" et tout le reste.

Dans le bocage nantais, pendant ce temps, on s'organise pour résister aux bétonneurs et au monde qui va avec. Ce n'est plus une question d'aménagement du territoire et encore moins de transport aérien. Les "pro" aéroports, emmenés par le nouveau président de la région Pays-de-la-Loire, le sénateur de Vendée Bruno Retailleau (LR), ont tout misé sur ce genre de projets mégalomanes pour se faire élire et réélire. Comme les élus de "gauche", Jean-Marc Ayrault en tête – lui aussi membre de ce nouveau gouvernement, elle va se sentir bien entourée Emmanuelle Cosse ! – tout ce petit monde converti de longue date aux joies de l'emploi "durable" et à la sacro-sainte "croissance" (du PIB, pas du bien-être), a tout misé sur cet aéroport pour faire miroiter des jobs (au rabais) et donner à manger aux actionnaires de Vinci, le groupe choisi pour bétonner l'endroit mais aussi pour exploiter la future galerie marchande géante qui poussera sur le tarmac.

Ce qui fait royalement chier les "pro", dans cette affaire NDDL, c'est que la zone à défendre est devenue un terrain d'expériences de vie qui démontre bien qu'on peut se passer des règles du marché pour occuper l'espace (lire les nombreuses brochures qui en font état, comme "Construire la ZAD" par exemple).

Retailleau, dès son élection à la tête de l'exécutif régional, a lancé une campagne de masse (à 60.000€ !) pour "évacuer la ZAD" en réclamant qu'elle le soit par la force et avec le concours servile de la presse locale (qui, pour une fois, n'a pas mangé le morceau). La "pétition" qu'il a organisé pour feindre un soutien de la population était bidon, et les zadistes l'ont bien démontré, s'il était utile, en piratant joyeusement le site de la région pour mettre à jour la mascarade.

Un clin d'œil pour finir. Emmanuelle Cosse a bien insisté ce matin pour dire qu'elle avait "insisté" pour que son ministère soit celui du "Logement et de l'habitat durable". Nul doute qu'il ne s'agit pas d'habitat naturel ou de biodiversité, car la zone humide de NDDL, unique en Europe*, sera bien rayée "durablement" de la carte si ce projet voit le jour. Non, l'habitat durable me fait penser à la novlangue technocratique popularisée par ce cher George Orwell. Et pour une ancienne membre du jury des Big Brother Awards – quand elle était présidente d'Act Up Paris, au début des années 2000 – ce sobriquet résonne comme un ultime grincement.


Images: 1. AFP (visite d'E. Cosse à NDDL suite au verdict exigeant l'expulsion des habitant.e.s historiques de la zad). 2. Occupation de la rocade nantaise le 9 janvier par plus de 400 tracteurs et 20.000 manifestants (cf ce compte-rendu ou celui-ci). 3. Manif de soutien du samedi 16 janvier à Paris (nddl-idf.fr). 4. Sur la zad (dr). 5. zad.nadir.org.

* A écouter, un documentaire audio sur une visite du bocage en compagnie du collectif des Naturalistes en lutte, le 31 janvier lors d'un week-end de chantiers collectifs.

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