Journal d'investigation en ligne et d'information‑hacking
par Jef Mathiot, Antoine Champagne - kitetoa

Clique du LOL : une éthique en toc

Une vision crasseuse d'Internet et des relations humaines

Quel que soit le bout par lequel on prend cette histoire de « Ligue du LOL », il ne ressort que des comportements déplorables traduisant à la fois une vision terrible des relations humaines et une incompréhension totale de ce qu'est Internet, ou de ce qu'il aurait dû devenir.

Happy Old Man - Marg - CC-2.0

Depuis ce week-end, les explications alambiquées des membres de la "Ligue du LOL" se multiplient. Il ne faudrait y voir, selon l'un des membres, des éléments de langage partagés. Soit. Et pourtant, Il faut en convenir, ces explications plus ou moins sincères se ressemblent cruellement. Avant tout, des excuses présentées à ceux et celles qui se seraient « sentis » insultés ou harcelés. Ça ne mange pas de pain. Mais ça n'effacera pas les souffrances des personnes qui ont dû subir ce harcèlement. Puis viennent des tentatives bien maladroites de justification : l'idée que le « petit milieu » de Twitter, il y a dix ans, était propice au freeride, que sur les groupes Facebook c'était normal de « bitcher », que le « clash » était le mode d'expression privilégiée ou, pour reprendre l'euphémisme d'Alexandre Hervaud, que « l'esprit de moquerie et de cynisme » était plus ou moins la norme sur Internet. Vraiment ?

Les membres de la « ligue du LOL » sont devenus, à cette époque, des experts, franchement auto-proclamés, d'Internet en France dans la presse et dans la communication. Leur avis sur ce qu'est Internet, ce à quoi il sert ou doit servir, est donc « averti ». Sans ce soucier de ce qu'il avait été ou aurait pu devenir.

Internet, c'est avant tout, pour ceux qui l'ont découvert dès les années 90, bien avant la montée en puissance des abrutis sur Twitter ou ailleurs, un espace de partage, de mise en commun, « les communs », comme le dit souvent Edwy Plenel. Un idéal de ce vers quoi devrait tendre une société dont les membres souhaitent se rencontrer. L'empathie, la co-construction, la diffusion du savoir, l'universalisme, un espace d'émancipation. Filer des coups de main à ceux qui débarquent, qui pataugent avec la technique, nourrir la discussion, le débat d'idée, dans le respect des autres.

Dans le respect des autres parce que ce réseau a apporté une nouveauté : une horizontalité de la circulation des informations, du savoir. La possibilité que n'importe qui s'intéressant à un sujet puisse en devenir, à force de volonté, un spécialiste. Un internaute, une voix. « Sur Internet, personne ne sait que tu es un chien ».

Une vie de chien... - D.R.
Une vie de chien... - D.R.
Cette illustration d'un dessin de presse des débuts du Net est irremplaçable : elle exprime mille chose et la première : peu importe qui parle, sa voix peut être entendue, voire peut compter, comme celle de n'importe quelle autre personne. L'Internet des vieux schnocks, c'est un espace de partage, où chacun met la main à la pâte. Pas parfait, loin de là, mais quand même, c'était l'idée.

Et puis, un beau jour, une clique de journalistes en devenir et de pubards, limite pré-pubères mais qui n'hésitaient pas à moquer la sexualité d'autres hommes ou la chatte de la stagiaire, débarque sur Internet. Et s'amuse avec la mode à la con du moment, Twitter. Se l'approprie, ou plutôt l'asservit. On passe d'une communauté qui souhaite émanciper, à un petit groupe d'imbéciles sans aucune empathie ni éthique personnelle, qui détruit, pourrit un réseau pour se marrer à son compte et au détriment de leurs semblables. En fait, vraiment, casse tout en donnant le LA de la filsdeputerie. Un groupe qui l'utilise pour s'élever socialement puisque selon les explications données par les membres de la « ligue du LOL », elle semblait être aussi un espace de co-optation, d'entre-soi et d'auto-promotion. Quitte à marcher sur la tronche des semblables. Ou, surtout, de ceux qui ne leur ressemblaient pas, ou pire pourraient s'opposer à leur domination de petits cons.

Edit du 15 février 00h27 Nous avons publié un correctif au paragraphe précédent ici Fin de l'Edit

Edit du 16 février 10h56 Nous avons supprimé le paragraphe qui mentionnait OWNI. Fin de l'Edit

De jeunes journalistes qui, sur le fond ne pigeaient rien à Internet, qui fondamentalement, en fait, ne savaient absolument pas comment le réseau des réseaux fonctionnait. Mais qui ont surfé sur une tendance. Internet était sorti de sa (grosse) crise de jeunesse (2001) et redevenait à la mode. En embrassant les grandes thématiques déjà développées des années auparavant par Wired, Cnet, ZDNet, Transfert, et bien d'autres, ils ont pu bénéficier d'un moment particulier, d'autant que le reste de la presse française continuait à patauger dans une incompréhension des transformations sociétales qui allaient s'imposer par le réseau. Sans cet alignement des planètes, ils n'auraient probablement jamais atteint le firmament.

Enfin, façon de parler...

Pour conclure, le LOL, c'est de l'humour (c'est marqué dedans, mais en anglais), au pire de la dérision. Cela se distingue de l'agressivité, de l'homophobie, du harcèlement, des injures ou du sexisme. Le code pénal fait d'ailleurs une distinction très claire.

Nous les vioques, on préfère le Lulz, au moins c'est pas méchant.

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