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Édito
par epimae

Calligraphie lumineuse mexicaine

Ecrire avec la lumière… le photographe s’inscrit en tant que scribe de l’élément naturel le plus magique dans notre monde : le rayon lumineux. Chacun a un style d’écriture différent :  réaliste, flou, noir et blanc ou outrageusement coloré… on trouve autant de calligraphies lumineuses qu’il y a de photographes. Ces derniers s’évertuent depuis fort longtemps à capturer la lumière dans leur chambre noire afin d’en faire un poème photographique.

Ecrire avec la lumière… le photographe s’inscrit en tant que scribe de l’élément naturel le plus magique dans notre monde : le rayon lumineux. Chacun a un style d’écriture différent :  réaliste, flou, noir et blanc ou outrageusement coloré… on trouve autant de calligraphies lumineuses qu’il y a de photographes. Ces derniers s’évertuent depuis fort longtemps à capturer la lumière dans leur chambre noire afin d’en faire un poème photographique. Et c’est bien avant l’invention de Niepce que les humains ont tenté de comprendre l’essence même du rayon lumineux afin d’en maîtriser les lois et les aléas.

Il est toujours difficile de présenter le travail d’un “captureur d’images”. Il est tout aussi ardu et subjectif de sélectionner les prises de vue ou les séries les plus caractéristiques d’un photographe afin d’en saisir son âme et son message.

C’est vers un pays de couleurs, de lumière et de contrastes que cette chronique va vous emmener : le Mexique qui a été très largement la proie de photographes amateurs ou professionnels.

La ville de Mexico a vu naître de nombreux artistes, Fernando Montiel Klint est l’un d’eux. Cet artiste se démarque tant par son travail technique, son maniement de l’appareil, son travail de post production que par sa créativité et la force de ses messages.

Des messages forts et perturbants

Fernando Montiel Klint est issu directement de l’école de photographie et centre de l’image de son pays, il initie très rapidement un style artistique à la fois humoristique et étrange.

Du haut de ses 34 ans, son immense talent et son oeuvre très diversifiée lui ont déjà permis de récolter bon nombre de récom­penses internationales et d’exposer aux quatre coins de la planète.

Fernando surprend par son approche de l’image et la diversité des thèmes abordés. Entre dérision voire auto dérision, humour morbide et mysticisme, il s’applique à travers de nombreuses séries à interpeller le spectateur sur de multiples réflexions. Ainsi sa production interroge sur la religion, le fanatisme, la magie noire ou même la nature au sein de nos espaces urbains et la relation entre les confessions différentes.

Il n’est pas rare non plus que l’artiste explore la lévitation psychique provoquée par les drogues ou autres substances psychotropiques. Fernando joue sans cesse à saisir des instants avec son appareil, à créer des compositions dans des espaces confinés, à explorer des milieux naturels hostiles et à capturer l’humanité dans toutes ses qualités et ses perversions.

Un acte de foi photographique

Fernando Montiel Klint sait remuer nos convictions religieuses, politiques et existentielles par une écriture photographique très soignée où il mêle rigueur et fausse anarchie.

C’est au travers de compositions minutieuses et de modèles bien loin des standards de la beauté en photographie, qu’il secoue notre regard. Chaque détail a son importance et il faut revenir fréquemment sur les prises de vue de Fernando pour en saisir le symbolisme.

Des poupées écartelées, des intérieurs  hyper cleans, des rats gigantesques, du sang bleu, des pleureuses réjouies, des pendus ricanant sont autant d’allusions à notre monde impitoyable aux valeurs de plus en plus chaotiques.

La plupart des prises de vue de ce captureur de lumière se font dans des appartements étroits et colorés où des humains sont mis en scènes dans des actions aussi absurdes qu’elles sont dérangeantes. Fernando apprécie les espaces confinés et parvient à nous emmener des univers étouffants qui ne sont pas sans rappeler certaines scènes publicitaires.

Le cadrage est souvent resserré, souligné par des murs qui créent ainsi un encadrement naturel et hyper rigide.

Le génie du preneur d’images réside dans sa faculté à faire se cotoyer des mises en scènes absurdes et des compositions hyper rationnelles, voire étouffantes. Ainsi, il parvient à secouer de façon durable et parfois violente notre psychisme, notre âme, et l'on ne sort pas d’une exposition de Fernando Montiel Klint comme on y est rentré.

Il y a plusieurs lectures possibles de la calligraphie de ce photographe mexicain mais il serait dommage d’essayer d’imposer une interprétation de son univers. Explorer son oeuvre et prendre le temps de la décoder avec sa propre sensibilité et culture semblent être la meilleure solution pour essayer de comprendre qui est Fernando Montiel Klint.

Un maître de l’autodérision

Montiel Klint ne se prend pas au sérieux et se risque souvent au difficile exercice de l’autoportrait. On est bien loin des clichés sérieux, un tantinet égocentrique de certains photographes. Notre preneur d’images préfère s’exposer au milieu d’objets de notre quotidien, jouant avec eux comme si il était l’un d’eux, posé là, comme par hasard.

Cette technique de mise en scène crée alors des autoportraits sans artifice rappelant à chacun de nous le côté dérisoire d’une vie humaine et l’absurdité du décor de notre siècle.

Une technique rigoureuse pour des couleurs débordantes

Au delà de l’art de la composition, il convient de noter la maîtrise des couleurs de Fernando Montiel Klint.

L'artiste sait parfaitement, par sa gestion intelligente de la couleur et du rayon lumineux, rajouter de la subtilité aux détails, de la finesse à ses compositions et ainsi nous interpeller, nous émouvoir voire nous violenter.

Fernando a parfaitement compris l’intérêt de la photographie numérique : on ne peut guère espérer remporter de tels résultats avec un appareil argentique. En effet, c’est dans la saturation des couleurs, le renforcement des contrastes, l’accentuation de la vibrance qu’il emprisonne la lumière, la modifie et crée ainsi une calligraphie forte, complexe et indélébile.

On ne peut que saluer ce travail de post production parfaitement maîtrisé qui permet de donner encore plus de force à ses compositions originales.

Fernando est un scribe de notre siècle qui a su pleinement profiter des nouvelles technologies et particulièrement de l’imagerie numérique, pour initier une forme de photographie originale et moderne.

Son travail a dépoussiéré les vieux poncifs de la photographie : il a osé faire de la lumière une belle dame qu’on peut déshabiller et rhabiller à l’envie, qui sait se mettre à la mode de nos fantasmes les plus noirs.

Fernando Montiel Klint restera probablement Le photographe de notre époque tourmentée. On peut aisément prédire que sa signature lumineuse perdurera au travers du temps, de l’histoire de la photographie et inspirera ainsi des générations de captureurs de lumière.

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