Journal d'investigation en ligne
par Antoine Champagne - kitetoa

Altice et Patrick Drahi : Haaretz s'embourbe dans les inexactitudes

Puis les corrige en douce

Nous avions signalé au quotidien un nombre certain d'inexactitudes dans l'un de ses articles. Nous n'avons jamais reçu de réponse mais le papier a été modifié en catimini, sans aucune mention des erreurs initiales.

Haaretz n'a visiblement pas très bien lu nos articles - Copie d'écran
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Haaretz est le journal de référence de gauche en Israël. La voix de la paix et de la raison dans un pays où les esprits peuvent vite s'enflammer. Il prend régulièrement position contre l'occupation israélienne des territoires palestiniens, anticlérical, il dénote. Les #DrahiLeaks ne sont pas passés sous son radar, Patrick Drahi étant le plus riche habitant du pays. Mais surprise, l'article de Haaretz, écrit par Eytan Avriel, était truffé d'inexactitudes. Cela peut arriver... Nul n'est infaillible, mais cela questionne sur la façon dont l'enquête a été menée Nous avons tenté de signaler ces erreurs pour qu'ils puissent corriger. Aucune réponse ne nous est parvenue, ni de la part de l'auteur, interpellé sur Twitter, ni du journal, contacté via son formulaire. Le papier a été modifié en douce, en profondeur, mais sans aucunement faire mention des erreurs initiales. Ni vu, ni connu mais surtout bien regrettable. Parce que lorsqu'un journal ne corrige pas ses erreurs ou le fait sans en avertir ses lecteurs, c'est toute la profession qui en pâtit sur le mode : « les journalistes racontent n'importe quoi... ».

Petite liste des erreurs :

Tout cela était vrai jusqu'à récemment, lorsqu'un groupe de pirates russes a pénétré dans les serveurs du groupe Altice, dont Drahi est propriétaire et qu'il utilise pour mener la plupart de ses activités, et a extrait des millions de documents le concernant, lui et ses entreprises.

Ce ne sont pas des millions de documents qui ont été volés par les pirates du groupe Hive, mais des centaines de milliers. Inutile de verser dans d'excessives formulations...

Après une tentative d'extorsion, les pirates ont distribué les documents à trois médias et organes d'information français - Reflets, Blast et StreetPress.

Les pirates n'ont évidemment jamais distribué les documents à nos trois médias. C'est d'ailleurs l'un des arguments repris par les conseils d'Altice devant le tribunal : laisser entendre que Reflets serait de mèche avec le groupe Hive qui fournirait (comme l'indique à tort l'ANSSI citée par Maître Ingrain dans ses écritures) aux journalistes des fichiers piratés pour accentuer la pression sur les victimes et les forcer à payer la rançon.

En silence, Haaretz a modifié cette partie en complétant son discours :

Après une tentative d'extorsion, les pirates ont publié les documents en ligne, où les médias français et les organes de presse Reflets, Blast et StreetPress ont accédé aux documents et trouvé les informations - tout en faisant face aux poursuites judiciaires intentées par Drahi et Altice.

Le passage à suivre n'ayant rien à voir avec la réalité et portant sur Libération et l'Express a également disparu de l'article :

il a réalisé un bénéfice de plusieurs dizaines de millions d'euros lorsqu'il a vendu les journaux Libération et L'Express d'une société privée qu'il possédait à Altice, dont il est le propriétaire majoritaire

Tout comme cette partie qui n'apparaît désormais plus.

La décision de Drahi de porter plainte pour diffamation contre les sociétés d'information pour les informations volées dans les ordinateurs d'Altice

Patrick Drahi n'a pas poursuivi les autres membres du pool de journaux qui publie désormais sur les #Drahileaks, mais uniquement Reflets.info. En outre, Ni Reflets, ni les autres journaux, qu'il s'agisse de StreetPress, Blast, Heidi.news, Le Monde ou Libération, n'ont « volé » le moindre document « dans les ordinateurs d'Altice ».

Haaretz avait aussi loupé la sortie d'Altice de la cote du marché néerlandais et la migration des entreprises au Luxembourg.

Altice, qui est enregistrée aux Pays-Bas et détient des actifs européens, est une entreprise privée.

Mais le plus intriguant est l'angle général du papier résumé dans son titre :

La partie cruciale que les médias français ont manqué dans les fuites du milliardaire Patrick Drahi

Devinez ce que nous avons loupé dans les #DahiLeaks... On vous le donne en mille : le fait que la situation financière du groupe est délicate en raison de son endettement et de la remontée des taux.

Caramba ! Encore raté. C'est un sujet que nous avons pourtant évoqué ici, , ou encore ici ou .

Difficile de modifier le contenu qui forme l'angle général d'un article. Haaretz ne revient donc pas sur ce sujet dans ses corrections fantômes.

Pourtant, l'un des passages est totalement à côté de la plaque puisque justement, nous avons consacré tout un article à cette problématique :

Mais les médias français ont largement minimisé une chose, qui ne figure pas dans les documents volés : la situation financière de Drahi et des sociétés qu'il contrôle, et notamment Altice USA (ATUS).

D'une part, l'endettement massif du groupe figure très clairement dans les documents publiés par le groupe Hive, d'autre part, nous avons justement écrit un article sur Altice USA.

Il aurait été plus efficace de réécrire l'ensemble de l'article pour mieux rendre compte aux lecteurs de ce qu'ont été les publications tirées des #DrahiLeaks, mais Haaretz a choisi une porte de sortie paresseuse. C'est triste.

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