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Reflets poursuivi par Altice : la liberté d'informer menacée

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par Yovan Menkevick

A partir de quand est-on en danger dans une démocratie ?

Alors que le parti dirigé par Marine Le Pen a obtenu 25% des voix exprimées aux élections européennes, un  nombre grandissant de questions angoissées circulent à travers le pays. Que peut donc faire le FN [ou pas] avec ce résultat électoral, et dans le cadre d'une politique-fiction, que pourrait-il se passer, au cas où ce parti d'extrême droite parvenait à remporter les élections présidentielles ? Le premier parti de France ? Vraiment ?

Alors que le parti dirigé par Marine Le Pen a obtenu 25% des voix exprimées aux élections européennes, un  nombre grandissant de questions angoissées circulent à travers le pays. Que peut donc faire le FN [ou pas] avec ce résultat électoral, et dans le cadre d'une politique-fiction, que pourrait-il se passer, au cas où ce parti d'extrême droite parvenait à remporter les élections présidentielles ?

Le premier parti de France ? Vraiment ? En réalité, le Front national est le parti le plus plébiscité par la minorité de citoyens encore intéressée par le système politique en place : la démocratie représentative. Les votants FN étaient très peu nombreux dimanche : 4,6 millions de personnes. Le "parti" des non-inscrits sur les listes électorales sont plus nombreux que les électeurs de l'extrême droite : autour de 5 millions. Les abstentionnistes ? Plus de 10 millions… Si des cris d'orfraies se répandent un peu partout, criant au scandale des abstentionnistes, responsables selon eux de cette catastrophe, il est un peu dommage de ne pas questionner le véritable message renvoyé dimanche par la population française en âge de voter.

Qui a peur du grand méchant loup ?

Les journalistes pètent de trouille, se lamentent. Il suffisait d'être dans une salle de rédaction dimanche soir pour s'en rendre compte. Avec des crises de mea culpa saisissantes : "On lui a donné trop de place, on a quand même notre part de responsabilité…". Tout en se jetant sur le sujet, parce que, bon, "tout le monde le fait et que quand même, elle est en tête, donc, on est obligé de la mettre en avant". Tout ça peut prêter à sourire ou agacer, mais le résultat est là : le parti du grand méchant loup envoie plus de députés européens à Strasbourg que n'importe quel autre parti. Et alors ? Que vont faire les élus FN là-bas ? Déglinguer l'Europe, que de toute manière 50% de la population française déteste et aimerait voir disparaître ? Faire passer des lois européennes anti-étrangers alors que le droit européen empêche la discrimination ? De toutes les manières, ce que chacun regarde en réalité n'est pas cette élection, mais celle de 2017. Et là, c'est beaucoup plus drôle.

En 2017, il ne se passera rien…

Ou presque, puisqu'en réalité, la politique fiction la plus raisonnable voit la candidate du FN arriver au deuxième tour, peut-être même en tête, par le jeu de la dispersion des voix. Et ensuite ? La grande trouille nationale, les hurlements d'indignation, le recours aux sauveurs républicains : et hop, l'UMP qui aura peut-être été un peu toilettée en autre chose gagnera largement l'élection. Ou le PS, ce dont on peut douter, quand même…

Mais imaginons que ce ne soit pas le cas, et que le grand méchant loup arrive au pouvoir. Serions-nous encore en démocratie ? [En établissant que nous y soyons aujourd'hui, en démocratie…ce qui se discute d'un point de vue du droit du peuple, justement, à disposer de lui-même. Et oui, ce peuple que le grand méchant loup n'arrête pas de brandir, et qu'il aime, à qui il veut redonner du pouvoir. Le populisme, ce mot qui fait peur, et pourtant, qui représente les fondements du système dans lequel nous sommes installés. Un système issu d'une révolution…populaire. Qu'en faire ? Le FN bénéficie de plusieurs facteurs convergents : l'épuisement du système, la grogne populaire, la corruption avérée d'une partie très importante de la classe politique, une crise sociale et une mutation économique de grande ampleur. Quoi de plus facile pour lui, dans ces conditions, que de faire appel aux peurs, aux bas instincts largement entretenus par un appareil médiatique entièrement capté par une bulle hors des réalités concrètes ?]

Oui, donc, serions-nous encore en démocratie avec le grand méchant loup au pouvoir ? Et bien, et c'est là le point de discussion intéressant : peut-être bien que oui, justement. Toujours en démocratie. Pas plus en dictature qu'aujourd'hui. Non, pas plus. Parce que les institutions nous protègent, normalement. Parce que les lois iniques, comme celles nombreuses votées par N.S, qui se fit élire en 2007 en siphonnant les voix du FN, justement, nous ont donné un avant goût de ce qu'un pouvoir réactionnaire, autoritaire pouvait faire. Que fait-il ce pouvoir? Il joue le jeu de cette "démocratie" : il annonce, il influence, il éructe, se replie, gesticule, promet, donne, reprend, active, désactive, se défend, attaque, mais jamais ne fait autre chose qu'être ce pour quoi il a été élu. Et cette chose est essentielle, et est la cause de tous les problèmes actuels : il fait à la place. Il a le pouvoir. Il décide pour tous.

Le choix est simple

Si vous n'avez rien envie d'autre que de regarder ce qu'il y a au programme ce soir, ou sur les intertubes, en vous disant que "c'est la merde", mais qu'au final, ce n'est pas de votre faute, et puis que "les méchant fassistes c'est vraiment trop injuste" : vous ne méritez pas grand chose de plus que la "réalité" qui vous est offerte par des médias totalement largués. Par contre, si vous tenez bon, droit dans vos tongues, en vous disant que de toute manière c'est en faisant des choses intéressantes et opposées aux idées de ces charlots totalement abrutis que les choses peuvent s'améliorer, alors, peut-être bien que le monde pourrait devenir plus sympathique.

Ce qui nous entoure est une vaste escroquerie, un leurre totalement vicié : la fabrique des idées pourrait s'arrêter, celle du consentement aussi, pour peu que nous nous efforcions de continuer à travailler ensemble, et donc surtout, à faire. Le reste, les jeux politiques en cours, les comptabilités de bazar, toute cette minable kermesse artificielle républicaine n'ont qu'une vocation : vous laisser transi d'effroi ou de rage ou de ravissement, mais surtout vous inciter à continuer ce que vous faites le mieux. Compter les points, baisser ou lever le pouce, c'est-à-dire, vous faire ******* en douceur. Si demain les 15% qui ne votent pas, les 6 ou 7 millions de non partisans agissent au lieu de commenter, les choses pourraient bouger.

Mais il faudrait éteindre les télés. Calmer Twitter. Facebook. Regarder un arbre, parler à un chat ou un chien. Fabriquer des choses. Prendre le temps. Et toujours faire. Ce que certains ont déjà compris. Et tant mieux.

 

 

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