Journal d'investigation en ligne
Dossier
par Islam Idhair, Jacques Duplessy

A Gaza, les déplacés s'entassent dans les écoles des Nations Unies

L'aide de l'organisation internationale et des ONG se fait attendre

Des milliers de personnes sont en quête d'une sécurité toute relative dans les écoles de l'UNRWA. La vie s'organise tant bien de mal, entre crainte des bombes et du Covid. Reportage.

École de l'UNRWA à Gaza City
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Une petite heure est normalement nécessaire pour se rendre de Rafah, la grande ville du Sud de Gaza, ma ville de résidence, à Gaza city. Mais là, très peu de trafic et encore moins d'embouteillages ; en moins d'une demi-heure la destination est atteinte. Depuis le début du conflits les habitants s'éloignent peu de chez eux.

Les bombardements ont poussé 52.000 Palestiniens hors de chez eux, selon les Nations Unies : des habitants de maisons toutes proches de la frontière et à portée de canon des chars israéliens, d'autres dont l'habitation a été endommagée ou détruite, et enfin certains simplement saisi par la peur. Beaucoup ont trouvé refuge dans les écoles de d'UNRWA, la mission des Nations Unies pour la Palestine, qui a ouvert ses établissements dès début des frappes aériennes. Comme à chaque guerre.

L'école primaire A du quartier El Mansar de Gaza est un grand bâtiment où prédominent le bleu et le blanc, couleurs du drapeau des Nations Unies. En quelques jours, 230 familles s'y sont précipitées, souvent en catastrophe. quelque 1250 personnes espérant échapper aux bombes. Mais le bleu de l'organisation internationale est une protection illusoire. En juillet 2014, une école similaire avait été frappée par les obus d'un char israélien provoquant la mort de 16 personnes.

Parmi eux, Qassem Brahim venu avec sa femme et ses quatre enfants du nord de la bande de Gaza. « Des combats non loin de chez moi ont éclaté, alors nous sommes partis. J'espère qu'on sera en sécurité... Enfin, que ça sera moins pire que chez moi... J'espère aussi retrouver ma maison intacte. Qui peut nous protéger de l'agression israélienne ? Ce pays est plus grand que les lois internationales... »

Qassem et sa famille - © Islam Idhair
Qassem et sa famille - © Islam Idhair

Coiffé de son keffieh blanc et rouge traditionnel, Ismaël Moussa, 70 ans, a débarqué avec ses petits-enfants pour les mettre à l'abri de « bombardements aveugles ». Il fond en larmes et demande que « la guerre s'arrête maintenant ».

Ismaël - © Islam Idhair
Ismaël - © Islam Idhair

La maison d'Ayman, 14 ans, a été endommagée par un tir. Mais personne n'a été blessé. Dans ses yeux de la tristesse, mais aussi de la colère. « On a reçu du gaz lacrymogène puis une roquette. Alors nous sommes partis presque sans rien emporter. Je voudrais bien retrouver l'arbre que j'ai planté dans mon jardin, j'espère qu'il n'a pas été déraciné par les bombes. »

Ayman - © Islam Idhair
Ayman - © Islam Idhair

Même discours et même colère chez Oum Firaz, une mère de huit enfants, dont un avec un grave problème cardiaque, arrivée depuis 5 jours. « Où sont les Nations Unies, le Conseil de sécurité ? Qui aura le courage de nous protéger ? Toute notre vie est une vie d'errance, à chaque guerre, on doit se cacher et fuir. Je n'ai pas de problème avec la mort. Si je dois mourir, pas de problème, mais je veux juste que mes enfants vivent ! »

Si tout le monde demande l'arrêt de la guerre et la fin des frappes contre les civils, personne n'ose parler politique ou prononcer le nom du Hamas. Personne non plus dit avoir vu des combattants...

L'ambiance et triste et tendue. Dans la cour, des petits groupes se forment autour des détenteurs d'un téléphone portable qui a encore de la batterie et un accès à Internet. Tout le monde est suspendu aux nouvelles de la radio et cherche à prendre des nouvelles de ses proches.

Certains enfants sont particulièrement tristes. Ce garçon fond en larmes quand on tente de lui parler. - © Islam Idhair
Certains enfants sont particulièrement tristes. Ce garçon fond en larmes quand on tente de lui parler. - © Islam Idhair

L'eau et l'électricité, des denrées rares

La survie s'organise dans une situation particulièrement précaire. Depuis plusieurs jours, l'eau est coupée et l'électricité fonctionne par intermittence. Les gens vont et viennent en permanence, bidons à la main, pour ramener de l'eau potable ou de la nourriture. Certaines familles installent des réchauds de camping dans la cour.

« Nous sommes déjà trois à quatre famille par salle de classe, soit 20 à 30 personnes raconte Qassem Brahim. Certains dorment à même le sol, d'autres sont venus avec des matelas ou en ont récupéré. Je suis aussi inquiet de l'épidémie de Covid. On est dans une grande promiscuité et il n'y a aucun dépistage d'organisé. »

Les salles de classe transformées en chambres. - © Islam Idhair
Les salles de classe transformées en chambres. - © Islam Idhair

Depuis que cette école est devenue un camp de déplacés, aucune aide n'est venue ni des Nations Unies, ni d'ONG. « Jusqu'à présent, nous n'avons que des promesses, mais rien n'est arrivé, soupire Mohammed Soleiman, un père de famille. On manque de tout, de médicaments, de lait maternisé. J'espère que l'aide va enfin arriver. Les plus malades ont été envoyées à l'hôpital. »

Alors les déplacés se sont organisés tant bien que mal et ont monté un comité de gestion composé de huit hommes et deux femmes. C'est lui qui répartit les familles et tente de maintenir un semblant d'organisation.

Les responsable du comité ont aussi une autre mission: renvoyer les nouveaux arrivants tenter leur chance dans d'autres écoles. Car ici, c'est déjà complet.

Les enfants dans l'école des Nations-Unies - © Islam Idhair
Les enfants dans l'école des Nations-Unies - © Islam Idhair

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