Après « augmentez votre pénis », « augmentez votre journalisme » ?

C’est vendredi et vendredi, c’est jour de troll… J’étais tranquillement en train de consulter mon fil tweeter hier quand est apparu ce message de mon ami Jean-Marc Manach :

« manhack
Vous savez pourquoi @nicolaskb est le meilleur journaliste du moment? Parce que http://j.mp/mmDd3R #respect »

Tiens, me dis-je, le meilleur journaliste du moment ? Allons voir ça. Ni une ni deux, clic-clic sur le lien.

Me voilà donc sur une page d’Owni qui m’explique que, de nos jours, mon bon monsieur, on ne fait plus la différence entre un conflit qui fait 10 morts et une autre qui fait 10.000 morts.

La faute au présentateur tévé avec son ton monocorde, son manque de recul, la faute à la dépêche d’agence et sa froideur.

Heureusement, le meilleur journaliste du moment et quelques amis ont décidé de mettre de la couleur ! Ben oui, Paulo, c’est bien connu, est un peu con. Une dépêche froide et blanche comme un hôpital, c’est triste. Alors qu’une cuisine pleine de sang, c’est mieux. C’est du journalisme « augmenté » coco !

Ça déchire grave ! Attends, attends, la cuisine, on va pas la faire à la Saw, lépreuse, non, on va la faire façon magazine féminin de qualité. Du léché, de la cuisine qu’on verrait dans un magazine féminin, avec des photos faites par de grands photographes. Tout y est pensé, mais laissons les experts en décodage d’images faire ce travail s’ils le souhaitent.

Revenons au journalisme augmenté parce que, tout le monde l’aura compris, ce n’est pas contre le meilleur journaliste du moment que j’en ai, mais contre un concept qui commence à sérieusement me faire très mal aux oreilles et aux yeux : le journalisme « augmenté».

Observez la cuisine ensanglantée façon Vogue, que voyez-vous ? Du journalisme augmenté ? Un nouveau concept révolutionnaire qui va radicalement changer le journalisme ? Je n’y vois rien d’autre qu’une illustration permettant de « simplifier » l’approche d’une information pour le lecteur. Le Parisien fait cela depuis toujours pour Paulo qui, au Bar des Amis, après quelques tournées, a besoin de simplification pour que ça rentre profond dans son cerveau. Et puis comme ça, quand il ressortira l’info demain au cours d’une autre tournée, elle ne sera que moyennement déformée. Il se souviendra vaguement du joli dessein. Mieux que du détail des chiffres.

Le journalisme « augmenté », le « data journalisme », c’est une façon de recycler de l’existant et de faire un bel emballage autour pour sauver une profession en voie d’extinction.

D’une part, ce « concept » me fait l’effet du « Web 2.0 », inventé par les cabinets de consultants, histoire de relancer l’économie d’Internet après l’éclatement de la bulle. D’autre part, il me semble que le journalisme « augmenté » produit sur le lecteur l’effet inverse de celui qui est annoncé . On rend le lecteur « moins » curieux, « moins » autonome, « moins critique ».

Après les pénis, augmentons le journalisme, coco…

Le journalisme « augmenté », ce n’est pas nouveau. Depuis toujours les magazines et les journaux, mais aussi la télévision, font appel à des sociétés qui produisent de belles illustrations. Une mise en image et en relief des données contenues dans un article. Plouf-plouf, un petit graph et c’est plus vendeur.  Ça égaye un page. Ça met de la couleur.

Relisez le paragraphe précédent. Un papier, avec une illustration, c’est plus « vendeur ». Le jour où l’on a fait entrer par la porte de derrière, la petite, celle qui ne se voit pas, le marketing dans le journalisme, on a commencé à le tuer. Amis journalistes augmenteurs, vous ne faites pas quelque chose de révolutionnaire, vous faite du journalisme avec beaucoup de marketing inside.

C’est mon petit côté Mme Irma, mais je sais qu’il faudra encore des années et des années pour que les zélateurs du journalisme « augmenté » comprennent qu’ils creusent la tombe du journalisme. En attendant, ça leur permettra de vivre, me direz-vous.

Une image de magazine de mode pour figurer un massacre… WTF ?

Si le journalisme augmenté consiste à monter l’horreur de la guerre par une image prenant la forme d’une photo qui n’a rien à envier à celles que l’on peut voir dans Vogue (c’est un compliment hein…), surtout, les amis, cessez de m’envoyer des messages via Twitter, des mails, etc. pour m’inviter à partager avec vous les bienfaits du « journalisme augmenté ». Je préfère rester un mini, un micro-journaliste. Un journaliste réduit.

Parce que franchement, cette démarche me remplit de honte. Pour une raison sans doute idiote, je me sens co-responsable de ce que font les autres journalistes. Et là, franchement, je suis planqué au fond d’une armoire depuis hier.

La guerre, justement, ce n’est pas une image de mode. Avec de belles couleurs léchées, de beaux éclairages structurants.

La guerre et son cortège de massacres, c’est une horreur indicible, l’arbitraire dont on parlait ici.

A force de la rendre invisible ou de la transformer en image de magazine papier glacé, on la rend virtuelle. Désincarnée. Inenvisageable.

Représenter ces morts sous la forme de sang dans un bocal de confiture… C’est juste choquant, indécent. Amis journalistes augmentés, lisez les témoignages, visitez ce qu’il reste d’un camp, parlez aux survivants, allez faire des photos dans les zones de guerre, si vraiment vous voulez augmenter quelque chose.

Il y a quelques temps, nous avions publié sur Reflets de vraies images de massacres. C’était un choix compliqué. Cela n’a d’ailleurs pas manqué, des lecteurs ont été choqués. Ce qui se comprend.

Ces images ne sont plus montrées depuis belle lurette dans la presse classique, ni à la télévision. On ne sait plus trop bien ce qu’est la mort en général (on croise peu de morts et généralement pas longtemps), encore moins ce qu’est un massacre de populations innocentes. Au mieux, pour le téléspectateur, ce sont des images de bombardements nocturnes comme ceux relayés par CNN lors du début de la guerre en Irak. Pas de sang, pas de têtes explosées, pas de corps déchiquetés, pas de membres éparpillés.  Pourtant, ces images donnent une vision sinon « augmentée », en tout cas un peu plus précise de ce que l’on peut vaguement, nous occidentaux bien au chaud, imaginer être l’horreur des massacres.

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Auteur: Antoine Champagne - kitetoa

Dinosaure du Net, journaliste à ses heures. A commis deux trois trucs (Kitetoa.com, Aporismes.com et Reflets.info).

12 thoughts on “Après « augmentez votre pénis », « augmentez votre journalisme » ?”

  1. Au-delà du terme et de sa connotation marketing, le web dynamique, communautaire et participatif (aka « web 2.0 ») n’est pas apparu relancer la nouvelle économie, mais pour permettre aux internautes de participer plus facilement; ou alors il faudrait m’expliquer en quoi SPIP, créé par le minirézo pour faciliter le fait de tenir un site web à plusieurs, aurait permis de rebondir sur la bulle internet…

    De même, et au-delà du terme marketeux qui disparaîtra d’ici peu, la notion de « journalisme augmenté » n’est pas apparue pour sauver le journalisme, mais pour exploiter toutes les possibilités offertes par le web en matière de journalisme.

    La photo Vogue te choque, je peux le comprendre; j’aimerais bien alors avoir ton avis sur le mémorial des morts aux fontières : http://owni.fr/2011/02/18/app-la-carte-des-morts-aux-frontieres-de-leurope/
    ou de la visu que j’avais fait, moi, des morts de la guerre au terrorisme :
    http://owni.fr/2011/05/02/les-300-000-morts-de-la-guerre-contre-le-terrorisme/
    le recensement des 42 lois sécuritaires ès-Sarkozy : http://owni.fr/2011/01/19/lois-securitaires-42-vla-les-flics/
    la carte des caméras de vidéosurveillance de Paris :
    http://owni.fr/2011/01/05/a-paris-la-police-aura-des-yeux-tout-partout/

    Bien sûr qu’il faut montrer la guerre tele qu’elle est, mais ça n’empêche pas de vouloir la visualiser autrement, et je trouve que le parti-pris esthétique pris par NKB & Cie dans cette visu des morts de 100 ans de guerre est toute aussi violent que les photos de crânes défoncés que tu avais publiés. Et que l’un n’empêche pas l’autre.

    Accessoirement, et tant qu’à troller, tu ferais bien de te pencher un peu plus sur la question avant de l’accuser de « creuser la tombe du journalisme ». Contrairement à ce que tu crois, ça n’est pas que du marketing, loin de là. Ca en est aussi. De même que le cinéma, et les médias, sont aussi une industrie. Ce qui ne fait pas de tous les cinéastes, ni de tous les journalistes, des commerciaux.

    Pour info, Politico, et autres projets de datajournalisme, viennent de remporter plusieurs Prix Pulitzer… Ne t’arrête pas à l’écume, au #beaumédia, et ne généralise pas non plus, STP.

    1. Jean-Marc, on est dans le troll. C’est comme une discussion politique. On ne sera pas d’accord, donc je ne vais pas argumenter. Tout est dans le papier ci-dessus.

      Du grand journalisme, c’est Denis qui comprend le fonctionnement le Clearstream alors que rien ne l’y prédestinait. Et il le rend intelligible par des bouquins.
      Du grand journalisme, c’est des années d’enquête de la part de Woodward pour nous donner à lire ce qui n’est pas public.
      Du grand journalisme, c’est faire ce que font les gens qui vont sur place, ramener les données que les journalistes augmenteurs utilisent.

      Ce n’est pas faire une photo avec du jus de framboise comme celle-là. Ca n' »augmente »pas l’info préexistante.

      Ce que nous faisons, toi et moi depuis des années, c’est autre chose.

      Ne survendons pas ce que l’on fait. Restons modestes. C’est ce qui nous différencie des hommes de pub et de marketing.

      A propos de remporter des prix, je vais te citer un grand philosophe espagnol :

      « Lo que veis es una selección de mis trabajos premiados. Han ganado, entre todos, casi todos los premios que hay en el planeta. Yo como, cago y respiro igual después de esos premios. »

      :D

  2. Quand Kitetoa montre la framboise, manhack rapporte sa fraise :
    http://www.rslnmag.fr/blog/theme/medias/2011/4/20/le-journalisme-web-sous-toutes-ses-formes-se-taille-la-part-du-lion-au-prix-pulitzer/

    Tu n’a pas « tout écrit dans le papier ci-dessus » : tu te bases sur « une » visu pour accuser tout un nouveau pan du journalisme de « mener le journalisme à sa perte »… #pfff

    Je ne réduis pas le travail de nkb à cette seule visu, de même que tu ne peux pas réduire les nouvelles formes de journalisme que l’on expérimente à du marketing.

    Cf le lien que je te fournis « ci-dessus » en sus de ceux que j’avais pointé dans ma 1ere réponse et qui, ce me semble, relève bel et bien de l’investigation.

  3. Article très intéressant.
    Encore un gros mot ce « datajournalisme », le genre de trucs à attirer les trolls ^^

    En tant que public et non expert, je n’ai pas l’impression de voir une grande différence entre journalisme standard et datajournalisme juste une augmentation de l’importance de l’image, des chiffres et de leur mise en valeur.
    Ca m’aide à absorber plus rapidement une information complexe, à en avoir une vision globale et à l’associer à des émotions.

    Que ce soit une image de corps ou du jus de groseille, c’est effectivement un choix esthétique, on ne sait que trop bien quel est le message derrière, non ?

    Et s’il est vrai qu’une belle infographie n’encourage peut être pas vraiment à la critique, j’ai cependant du mal à voir l’image et les chiffres séparés d’un article. Articles souvent bien fournis sur Owni.

    Après c’est aussi à nous d’apprendre à faire le tri :p
    Ca ne révolutionnera peut être pas le métier de journaliste, mais je trouve que le datajournalisme est outil intéressant.

    1. @Seb:

      « Ca ne révolutionnera peut être pas le métier de journaliste, mais je trouve que le datajournalisme est outil intéressant. »

      En efet. Je n’ai pas dit le contraire. Ce qui me pique les yeux et les oreilles, c’est que l’on en fasse tout un foin, du bruit, du storytelling.

      Il n’y a pas de datajournalisme, ni de journalisme augmenté. Il n’y a que des gratte-papiers qui faisons ce que nous pouvons pour porter à la connaissance du public une information, avec un angle, si nous le voulons/pouvons (différence avec une dépêche).

      Utiliser la technologie pour faire ressortir des choses d’une masse de données brutes, c’est intéressant.

      Mais ce n’est ni de l’enquête (rarement en tout cas) ni du grand journalisme (voir mon commentaire précédent). Restons modestes, on se fera moins tirer dessus par les lecteurs.

      JMM comme moi sommes bien placés pour savoir (je ne veux pas parler pour lui, mais je pense qu’il sera d’accord) que les sites qui nous ont le plus inspirés, modelés, ne sont pas les plus graphiques. Nous ne serions pas ce que nous sommes aujourd’hui sans eux. J’ai par exemple beaucoup de respect pour les textfiles du cDc qui ne sont en rien graphiques, augmentés… Ils sont augmentés par leurs propres contenus.

      1. @K. je faisais précisément une intervention hier sur le « journalisme augmenté » (où je précisais que c’était juste du journalisme, au-delà du buzzword du moment), et où je montrais ce qui avait changé dans ma pratique depuis 10 ans, cf http://bit.ly/l0yc3b

        pour le coup, et tant qu’à parler du CDC, il ne t’échappera pas que mon tout premier site était directement inspiré d’attrition : http://emedia.free.fr/sans.htm

        et ce n’est pas renier les fondamentaux du métier que d’estimer qu’aujourd’hui, on peut faire bien plus que du textfiles… et explorer ET ce que l’on peut faire en mode visuel, ET ce que l’on peut faire à partir des datas…

        La TV n’est pas « mieux » que la radio qui n’est pas « mieux » que le papier, c’est différent; l’avantage sur le Net, c’est qu’on peut tout faire à la fois, pourquoi se priver ?

  4. « Ces images ne sont plus montrées depuis belle lurette dans la presse classique, ni à la télévision. »

    On les a peut-être trop montrées à une époque (rwanda, guerres des balkans…). Je me souviens d’avoir vu quelques images choquantes à la télé dans les annés 90.
    Mais choquer n’est pas informer. L’information c’est le recul, la réflexion, le rationnel. Avec les images de cadavres, on est plus dans l’émotionnel, difficile de bâtir une réflexion là-dessus. Le choc que provoque une photo ne dure qu’un instant. La réflexion, elle, reste.

    Du reste, il y a peut-être un risque de banaliser l’horreur à trop la montrer. Ne serait-ce que par réaction de défense. Il y a tellement de massacres dans l’histoire et dans le monde qu’on est bien obligé de se blinder un peu pour pas devenir fou. Au risque de se rendre insensible. Enfin, je ne dis pas qu’il ne faut jamais montrer l’horreur, mais la montrer systématiquement, de façon insistante, n’aide pas le propos.

    Enfin, dernier point, je ne suis pas sûr qu’on rende vraiment service au victimes, ou à leurs familles en montrant ce genre de photos. Derrière une plaie ouverte il y avait une vie, des projets, des amis, des ennemis, des histoires lues et entendues, une part du monde…
    Mais avec ce genre de photo on ne retient que la plaie ouverte, on oublie le reste de la personne.
    Je sais que personnellement, si je mourrais dans un accident de voiture, je n’aimerais pas trop qu’on utilise la photo de mon cadavre pour illustrer les dangers de la route. Je préfèrerais qu’on se souvienne de moi tel que j’étais avant.

  5. Troll pour troll :

    Il fut un temps où je n’avais que le temps de lire. De lire des livres sans images, en papier, en noir et blanc. Des livres gratuitement empruntés dans une bibliothèque publique et universitaire.
    En ce même temps je n’écoutais ni radio ni ne regardais de télé. Quelques journaux papiers.
    C’était entre 2003 et 2008.

    Puis j’ai pu brancher un pc sur le réseau. Et accédé à pléthore d’info, notamment très visuelles.

    Je lis beaucoup de pages web. Presque plus de pages papier. Je pense que je suis bien moins informés maintenant qu’avant. Si l’information utile, qui permet de s’imaginer le monde, me branchait vraiment, je débrancherais pc, voir abandonnerais l’informatique.

    Et j’irais lire les livres écrits il y a quelques années. J’aurais peut-être une chance de comprendre mon présent et d’imaginer le futur.

  6. Jean-Marc ayant répondu sur le fond et le journalisme augmenté, je vais apporter quelques précisions sur le projet visé.

    Le but du projet était de présenter de manière différente des chiffres dont les ordres de grandeur nous échappent et de provoquer des interrogations chez l’utilisateur. Des profs nous ont dit qu’ils allaient utiliser la photo en cours. D’autres, comme toi, sont choqués. Dans tous les cas, nous avons ouvert le débat sur la représentation de la mort dans les médias.

    Par ailleurs, comme tu aurais pu le voir sur le site si tu avais pris la peine d’y lire les textes, le projet est financé hors-OWNI, avec nos fonds personnels. Nous offrons la possibilité d’imprimer le poster pour rentrer dans nos frais, mais aucun but commercial ne guide la démarche.

  7. hello nkb. Je ne vois aucun intérêt à « ouvrir un débat sur la représentation de la mort dans les media ».

    Et comme tu l’as compris, si j’y voyais un intérêt, ce n’est pas la voie que j’aurais choisie.

    Pour revenir à l’ensemble, ton projet et sa présentation par jean-Marc via Twitter ont été le déclencheur, dans mon esprit d’un trop plein.

    Ce trop plein porte sur le fait de se « gargariser » d’une voie journalistique et de s’auto-célébrer. Le « restons modestes » qui est dans un des commentaires du dessus est un de mes mantras. Je me l’applique autant que possible.

    (Le livre de la voie et de la vertu est votre ami pour éviter ce genre de soucis.)

    Donc le trop plein ne s’applique pas à toi ou ton projet en particulier.

    Tu es libre de représenter la mort comme tu le souhaites.

    Sur ton dernier paragraphe :

    « Par ailleurs, comme tu aurais pu le voir sur le site si tu avais pris la peine d’y lire les textes, le projet est financé hors-OWNI, avec nos fonds personnels. Nous offrons la possibilité d’imprimer le poster pour rentrer dans nos frais, mais aucun but commercial ne guide la démarche. »

    :D

    J’aime bien quand ça commence comme ça.
    ;)

    C’est mal me connaître que de présupposer que je n’ai pas lu les textes associés au projet avant d’écrire le billet.

    Pourquoi cette accusation ?

    En outre, je n’ai dit nulle part qu’il y avait un but commercial dans votre démarche.

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