Amesys : le changement, ce n’est pas maintenant

Le changement, c’est maintenant promettaient le candidat Hollande et toutes ses troupes ébahies derrière lui. Le voilà président. On entend à nouveau : le changement, c’est maintenant, le changement, c’est maintenant. C’est juste, il y a du changement. Mais il faut l’avouer, changer après le pire quinquennat de la cinquième République, c’est chose simple. Il suffit de montrer moins d’arrogance, moins de violence, moins de haine du passé, moins d’extrémismes de tous poils. Ce qui ne change pas, c’est la vente d’armes et de moyens de surveillances aux pires dictatures et aux Etats policiers. La France se porte bien sur ce terrain et le changement, ce sera pour plus tard.

Pendant toute la campagne, le sujet d’Amesys et de la Libye a été soigneusement évité par le candidat Hollande. De même que par sa spécialiste des nouvelles technologies, Fleur Pellerin.

Une fois la campagne achevée, une fois François Hollande élu, même silence assourdissant.

Bull, la vitrine française de l’informatique dans le monde continue de vendre des outils de surveillance à des Etats policiers et à des dictateurs. Le fameux Eagle, installé en Libye est toujours en train d’être déployé par Bull/Amesys au Maroc, par exemple, avec l’aide de la société Alten. Entend-t-on le président de la République du changement s’en émouvoir ? Non.

Ce n’est pas faute d’avoir interpellé les comptes Twitter de Fleur Pellerin et de François Hollande. Plusieurs fois.

Silence.

EAGDLP1101

Le changement, pourtant, ce serait de répondre aux questions des journalistes, le changement, ce serait de demander des comptes à Bull/Amesys, d’interdire la vente d’outils de surveillance massive. Et pas seulement dans des pays qui ne respectent pas vraiment les Droits de l’Homme. Le changement, ce serait de les interdire partout.

Et notamment en France.

M. le président du changement, Mme la spécialiste des nouvelles technologies, pourriez-vous nous donner quelques informations sur le projet Eagle en France ? Pourquoi existe-t-il un projet Eagle en France ? A quoi sert-il ? Qui est surveillé par ce logiciel ? Dans un souci de transparence et pour participer au grand chambardement du changement, Reflets vous donne même une piste. Chez Bull/Amesys, ce projet Eagle en France porte en interne le petit nom suivant : EAGDLP1101.

Le changement, ce serait d’anticiper l’avenir. Un avenir proche où les ONG, les journalistes et les défenseurs des Droits de l’Homme vous diront : M. Le président, Mme la spécialiste des nouvelles technologies, vous saviez que Bull/Amesys installait un Eagle au Maroc, qu’il y en avait un à Doha, un autre en France, etc. C’était écrit noir sur blanc dans la presse depuis des mois. Pourquoi n’avez-vous rien fait. Comment expliquez-vous cette nonchalance alors que l’on sait aujourd’hui que le Maroc et/ou le Qatar ont utilisé Eagle pour pourchasser des opposants ?

Mais bon, la France est le 4ème exportateur mondial d’armes. Et il n’y a aucune raison que cela change, même avec un président du changement. Son ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian était d’ailleurs présent à EuroSatory, premier salon mondial de l’armement terrestre, il y a quelques jours à Villepinte et y a fait cette intéressante déclaration :

« Nous avons un très grand savoir-faire industriel qui est respecté par tous en termes d’armement comme de capacité d’innovation. Nous ne sommes pas des marchands mais des partenaires. Ce n’est pas une figure de style » .

Comme le note le Canard Enchaîné daté du 13 juin (p.5) et qui rapporte cette citation du ministre parue dans Le Monde, EuroSatory accueillait Rosoboronexport, « principal fournisseur d’armes du boucher syrien Bachar el-Assad… ».Par ailleurs, Le Monde indique de Thales a signé un accord avec Rosoboronexport à l’occasion du salon :

le groupe français de défense Thales a signé un contrat prévoyant le transfert de ses technologies vers l’entreprise russe Rosoboronexport, afin d’équiper les chars russes de caméras thermiques. Produites en Russie, ces caméras « seront également installées sur les véhicules blindés proposés à l’exportation », a précisé la société dans un communiqué. Autrement dit, possiblement vers la Syrie.

Je ne sais pas vous, mais nous chez Reflets, on a tendance à croire qu’il y a comme un truc schizophrène quand un gouvernement crie son indignation de voir des civils massacrés par Bachar el-Assad et se féliciter d’être le 4ème exportateur mondial d’armes. Parce que les armes, ce n’est pas fait pour décorer les cours des casernes. C’est fait pour tuer. Souvent des militaires, parfois des civils. C’est beau d’être « partenaire » du dézingage de civils…

Ça change tout.

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Auteur: Antoine Champagne - kitetoa

Dinosaure du Net, journaliste à ses heures. A commis deux trois trucs (Kitetoa.com, Aporismes.com et Reflets.info).

7 thoughts on “Amesys : le changement, ce n’est pas maintenant”

  1. « Parce que les armes, ce n’est pas fait pour décorer les cours des casernes. C’est fait pour tuer. Souvent des militaires, parfois des civils. »
    Dans ces conflits « modernes » et asymétriques qui semblent devenir la norme je dirais plutôt que c’est l’inverse. Ce qui rend l’autocongratulation d’autant plus ignoble.

  2. « C’est juste, il y a du changement. Mais il faut l’avouer, changer après le pire quinquennat de la cinquième République, c’est chose simple. Il suffit de montrer moins d’arrogance, moins de violence, moins de haine du passé, moins d’extrémismes de tous poils. »

    Allez, on peut bien vous l’avouer, maintenant :
    Sarko était en fait un agent bolchevik infiltré. Sa mission était de casser l’UMP. Il l’a parfaitement réussie.

    Plus sérieusement, on peut espérer que le nouveau gouvernement modifiera un peu la donne dans le domaine. Et donnera des explications sur cet Eagle qui serait déployé en France, ou en cours de déploiement ?

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