A la garde ! La Cour de Justice de la République fait des siennes…

Il est fort Manuel Valls, l’homme des coups de menton, des énervements, tel un Nicolas Sarkozy, volontariste, mais étiqueté à gauche, il veut. Je veux, je veux, je veux. Aujourd’hui, il veut supprimer la Cour de Justice de la République (CJR). Car voyez-vous, comme Paulo du Bar des Amis le disait ce matin, « C’est pas bien normal que les puissants ils aient une cour rien que pour eux qui les condamne mais leur file pas de peine« . Pour Manuel, soyons précis, « On ne peut plus continuer avec ce type d’institutions qui donnent le sentiment, à tort ou à raison, de protéger ceux qui gouvernent. Quel est le sentiment le plus terrible qui peut toucher nos compatriotes ? C’est le sentiment de l’injustice. C’est le sentiment qu’il y a une justice pour les puissants et qu’il y a une justice plus dure pour ceux qui ne peuvent pas se protéger« . C’est beau comme une déclaration de Victor Hugo, d’un ténor historique de la gauche, d’un membre du parti socialiste. C’est même dans la lignée de Lionel Jospin qui avait souhaité la supprimer également. Ils ont raison d’ailleurs parce que ce que ce genre de décision provoque, c’est un peu plus de votants Front National, le parti mains propres et tête haute (condamnations jusqu’en 2012). Allez, paf, on supprime, c’est mal, pas éthique. Imaginez : Christine Lagarde, ancienne ministre de l’Economie des Finances et du Travail de Nicolas Sarkozy entre 2007 et 2011 a été  déclarée coupable d’avoir pêché par négligence en décidant de ne pas exercer de recours en annulation après la sentence arbitrale qui avait accordé 403 millions de fonds publics à Bernard Tapie; mais a été dispensée de peine. Responsable mais pas coupable, comme disait la socialiste Georgina Dufoix  en 1991.

Oui… Mais en fait les choses sont un peu plus compliquées que cela et la CJR n’est peut être pas aussi coupable et responsable que ce qu’il peut paraître à la lumière de sa décision à propos de Christine Lagarde.

Ce qui peut induire en erreur, c’est que la CJR est composée de 15 magistrats dont 12 sont des députés et sénateurs (les trois autres étant des magistrats du siège). Donc des politiques jugeraient des politiques, ce qui pourrait prêter le flanc à des soupçons de connivence. Notez qu’il arrive que des juges jugent des juges, que des médecins soignent des médecins, que des journalistes écrivent sur d’autres journalistes sans que cela n’émeuve qui que ce soit.

Non, ce qui qui dérange dans la déclaration de Manuel Valls, c’est le fait qu’en tant que premier ministre de François Hollande, il était parfaitement au courant du fait que l’Etat ne voulait pas de condamnation trop délicate pour Christine Lagarde.

C’est la France qui est en jeu, monsieur…

Voyez-vous, le prestige de la France était en jeu. Christine Lagarde devait rester à la tête du Fonds Monétaire International. Bien entendu parce qu’elle est française. C’est une vieille habitude, ancrée dans les relations internationales, la direction générale du Fonds revient à un ressortissant ou une ressortissante française. La présidence de la Banque Mondiale revenant quant à elle à un américain ou une américaine. Mais surtout, une condamnation importante de Christine Lagarde aurait ruiné le prestige français en cela qu’elle serait la seconde à démissionner ou être démissionnée du Fonds en raison d’actes pour le moins peu reluisants. Dominique Strauss-Kahn, on s’en souvient, avait dû quitter le Fonds en raison de ses frasques sexuelles qui dans le cas précis étaient une agression sexuelle. Manquait plus que la personne l’ayant remplacée soit condamnée fermement devant la Justice française…

Bref, pour éviter un nouveau déshonneur à notre pauvre nation largement malmenée par ses dirigeants de tous bords et de tous types, François Hollande avait tout fait, comme l’indique le Canard Enchaîné de ce jour, pour éviter que l’affaire ne dégénère. Manuel Valls ne pouvait l’ignorer. Ses déclarations faussement indignées laissent pantois.

Je veux, je veux…

Et puis, franchement… N’atteint-on pas le summum du pathétique lorsque des politiques qui sont aux commandes depuis des dizaines d’années, y compris au premier poste opérationnel, viennent s’épancher devant la presse hystérisée : « Je veux [Insérez ici ce que vous voulez] pour les Français. Si je suis élu, tous les Français [Insérez ici la même chose] » ?

Mais pourquoi ne l’avez-vous fait lorsque vous étiez aux affaires, est-on tentés, esprits rationnels que nous sommes, de leur dire…

Un Manuel Valls qui dirigeait le pays il y a quelques jours veut désormais envoyer à la poubelle l’article 49.3 de la constitution dont il a usé et abusé. Il veut supprimer la CJR. Pourquoi pas ? Mais pourquoi maintenant et pas hier ? Un François Fillon, exécutant des bases oeuvres de Nicolas Sarkozy pendant cinq ans veut supprimer la sécurité sociale ? Mais pourquoi ne pas l’avoir fait il y a 5 ans lorsqu’il était aux manettes ?

Le jour seulement où les sondeurs et les politiques iront incognito au Bar des Amis prendre un calva à 8h du matin avec Paulo, ils comprendront pour qui voteront les Français en 2017…

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Auteur: Antoine Champagne - kitetoa

Dinosaure du Net, journaliste à ses heures. A commis deux trois trucs (Kitetoa.com, Aporismes.com et Reflets.info).


7 thoughts on “A la garde ! La Cour de Justice de la République fait des siennes…”

  1. Très intéressant l’article, Kitetoa, j’ai toutefois une remarque sur un passage: « Donc des politiques jugeraient des politiques, ce qui pourrait prêter le flanc à des soupçons de connivence. Notez qu’il arrive que des juges jugent des juges, que des médecins soignent des médecins, que des journalistes écrivent sur d’autres journalistes sans que cela n’émeuve qui que ce soit. »
    Les juges jugent d’autres juges selon la loi, les médecins jugent d’autres médecins selon les pratiques utilisées et en vérifiant si le serment d’Hippocrate a été respecté, les journalistes écrivent sur d’autres journalistes, en espérant faire appel à la déontologie.
    Mais concernant les hommes politiques, ils ont quoi comme « référent comportemental » ? Qu’est-ce qui peut bien faire office de ligne jaune à ne pas franchir, chez les hommes politiques?
    La Loi ? Bah non, puisque sinon un tribunal « civil » suffirait, or il y a une cours qui leur est dédiée (3 juges pour 15 membres de la cour, ahem)
    Un code de déontologie? S’il existe je veux bien le lire.

    Dans ce cas bien précis, ça ne va pas arranger l’image des hommes politiques, car la cour a reconnu que Christine Lagarde bosse n’importe comment (par « négligence », donc elle s’en bat les couilles).

    1. Un boulanger jugerai un politique ?
      Un barman jugerai un politique ?

      Je veux dire: c’est leur travail de juger officiellement ?
      Tu ne comprends pas ?
      Il y a combien de grande tendances politiques ?
      E gauche, gauche, centre, droite, E droite.
      Avec principalement de la gauche et principalement de la droite plus des gens de droite qui tendent vers le centre et réciproquement.
      Donc, soit le politique sera un ami (soupçon d’indulgence), soit un ennemi (règlement de compte ?).
      Comment veux tu juger dans ces conditions ?

      1. Est-ce qu’un barman ou un boulanger jugerait un politique? Il jugerait sur « quoi » ? Car c’est la question finalement (jamais abordé dans ton post, tu te focalises sur le « qui », mais pas sur le « quoi »).

        Pour « juger » (ou évaluer, soyons généralisateur), tu procèdes aux étapes suivantes:
        * tu identifies ce que tu as sous le nez (les faits uniquement)
        * tu compares avec une « grille d’évaluation »
        * après avoir comparé tu estimes si la grille est plus proche du 100% ou du 0% de correspondance; selon le score obtenu, c’est bien, ou c’est pas bien.

        Exemples:
        1) un informaticien fait un audit de parc, il va d’abord cartographier ce qu’il y trouve (des faits et uniquement des faits), il compare avec sa façon de travailler, les outils qu’il utilise / déploie habituellement, ou s’appuyer sur les bonnes pratiques connues du milieu et ensuite par comparaison pointe ce qui va et ce qui ne va pas et à la fin il donne un avis sur ce qui peut être amélioré

        2) un chef cuisinier dans une émission de téléréalité doit juger des candidats, il va d’abord identifier ce qu’il a sous les yeux et goûter; il va comparer avec ce qu’il connait et ce qui est attendu dans la profession (cuisson, qualité de coupe etc..) et ensuite rendre son verdict voire donner les points d’amélioration

        3) un juge au tribunal examine les faits qui lui sont présentés, il applique la grille de lecture qui est la Loi et ensuite il rend son jugement.

        Maintenant, pour un homme politique, c’est quoi la grille de lecture?
        * Sa conception politique de la société de l’économie et des relations sociales? (-> conflits idéologique, même au sein d’un même mouvement, cf les primaires)
        * Les méthodes de travail utilisées ? (-> quelles méthodes? Quelles sont les bonnes pratiques? Est-ce que c’est formalisé au moins?)
        * Le comportement ? (-> là aussi, c’est quoi le modèle de référence ?)
        * La comparaison entre les promesses faites et les promesses tenues? (-> pudiquement appelé « droit d’inventaire » et rarement utilisé, même dans les journaux)
        * La cohérence entre les déclarations et les actes ? (-> peu de mise en correspondance, les journaux ont la mémoire courte )
        Qu’est-ce qui peut, en étant purement factuel, déterminer si un homme politique est bon ou mauvais?
        C’est quoi un homme politique? (je reformule: c’est quoi un homme politique aujourd’hui? un communiquant? un gestionnaire? une marionnette? un joueur de Pipeau? un mafieux? une caste à part? un reptilien venu de Zeta-Reticuli?)

        Maintenant prenons le cas de la CJR:
        – 3 magistrats de la cours de cassation sur 15 membres, donc 3 personnes qui vont évaluer sur le respect ou non de la loi.
        – 12 membres issus du milieu politique (députés et sénateurs) qui vont évaluer sur .. euuuh bah, là c’est la grande question.

        Vu ce que fait la CJR, tu remplaces les députés et les sénateurs par des boulangers et des barmans, ça sera pareil: un vote qui fera ou non la culpabilité de l’homme politique jugé et qui attribuera ou non une peine.

        1. Post très intéressant,

          Je dirais que du moment qu’il existe une formation pour devenir politicien (sciencespo, ena…) il y a apprentissage d’une « bonne façon « de faire et donc moyen d’évaluation.

          Après dans les faits le moyen d’évaluation reste l’atteinte d’objectif avec en quête le devoir de respecter l’intérêt commun.

          Toutes décisions venant à l’encontre de l’intérêt commun est une mauvaise chose.

          Le soucis avec les politiques, c’est que l’intérêt commun est assez vite oublié, pour combler des intérêts individuel de personne de pouvoir en vue de booster une carriere , masquer des méfaits et rendre riche le politique corrompu, afin d’assurer un belle vie post-homme-politiques.

          1. http://news360x.fr/liste-non-exhaustive-des-condamnations-et-mises-en-examen-du-ps-de-lump-et-du-fn/ et pourtant, tous les hommes (et femmes) politiques n’ont pas fait l’ENA, HEC ou science Po. L’ENA forme des « Administrateurs », les « Hauts Fonctionnaires », mais quand on voit le résultat, on peut sérieusement se poser des questions sur la qualité de leur formation

            Ah tiens: http://www.conseil-etat.fr/Actualites/Discours-Interventions/Quelle-deontologie-pour-les-hauts-fonctionnaires
            Et comme tu le soulignes très bien, l’intérêt privé devient prioritaire sur l’intérêt publique,

  2. Pour la modeste obole du contribuable à la prospérité d’un « copain » du Fouquet’s, Christine Lagarde, bien trop absorbée par son job pour daigner assister au prononcé de la Cour de justice de la République, a contre l’avis du Parquet été jugée coupable de « négligence ».

    Comme elle avait agi « avec pour seul objectif la défense de l’intérêt général », elle est fort heureusement dispensée de peine, sa condamnation ne sera pas mentionnée sur son casier judiciaire et le gouvernement s’empresse dans un communiqué de lui « maintenir sa confiance ». Et en toute logique pour cette assemblée de forbans planétaires, une condamnation judiciaire ne devrait de toute manière en rien menacer son emploi au FMI!

    Rien de fort surprenant dans ce verdict quand la qualification des faits en simple « négligence » relevait déjà de l’indécence la plus totale! Par son arrêt, la Cour de Justice Républicaine manifeste son plein attachement à la perpétuation des usages et coutumes qui, de Versailles au Fouquet’s, confirment leur toujours pleine actualité aux fables de La Fontaine!

    Par ces temps troublés où aux chants des sans-culotte vient succéder la colère croissante des sans-dents, je me montrerais à leur place bien plus prudent, car si même l’arrogante nonchalance ainsi affichée par l’élite du Nouvel Ordre Mondial et ses laquais ne relève pas à strictement parler du droit, la tradition française ne s’en honore pas moins d’avoir déjà sanctionné comme il se devait l’indécence des brioches attribuées à Marie-Antoinette.

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