Indignados marcheurs : let’s hack the planet

Ils arrivent, ils arrivent, et ils sont pas contents. Ils sont jeunes pour la plupart, ils ont la pêche, ils ont balayé les idéologies politiques pour entrer dans une nouvelle ère, celle de la #globalrevolution, une révolution pacifique mondiale qui demande la démocratie réelle, celle où le peuple est consulté…

Mais qui sont ces allumés ?

Les #TakeTheSquare (issus du mouvement du 15 mai espagnol) sont des révolutionnaires pacifiques qui demandent qu’on leur rende leur démocratie volée. Ils ont des équipes (bénévoles, bien entendu) qui coordonnent les actions, alimentent les blogs, préparent les actions, font plein de choses pour que le mouvement continue et se développe sur la planète entière. L’équipe média-réseaux-sociaux rencontrée le 14 septembre dernier à Paris, au sein d’un bâtiment où s’est installé un hackerspace, n’est pas constituée de rigolos utopistes à côté de la plaque. Il y a Aldo, Portugais, Anna, Polonaise de Naples, et Pedro, Brésilien d’Espagne. Après discussion, on comprend que ce ne sont pas du tout des allumés. Pas du tout.

 

 

Mais pourquoi, pourquoi ?

Anna : « Pour nous, il n’est plus possible de laisser la situation comme ça, on est obligés de continuer, et on y arrivera, même si ça prend du temps. La démocratie nous a été volée, alors on organise une révolution mondiale pour que les peuples retrouvent le contrôle ».

 

 

Moi (sur le ton du vieux con) : « Mais votre objectif, c’est quoi ? »

Pedro (avec un grand sourire ) : « Notre objectif, c’est hack the planet… »

Ce dont on ne se rend pas encore compte, ici au pays du fromage et des parlementaires godillots, c’est qu’en Espagne ça chauffe méchamment depuis le mois de mai, que la population n’en peut plus… et que « los indignados » sont prêts à continuer loin, très loin leur mouvement. Ils ont tenté de camper dans la capitale, puis continué à marcher jusqu’au parlement de Bruxelles. Arrivée prévue devant le parlement européen, le 8 octobre. Manif le 15. Ca a mal débuté côté campement parisien, puisque le 19 septembre les « forces de l’ordre » ont embarqué 70 campeurs indignés en garde à vue et que deux d’entre eux sont à l’hôpital dans un état inquiétant.

 

 

Pedro : « Pour Paris, il y aura quelques centaines de marcheurs indignés pour chaque pays, mais on parle de l’Espagne, du Portugal, de l’Italie, de l’Autriche, la Grèce, l’Allemagne, etc… : ce n’est pas une marche massive, mais une marche symbolique. Par contre, en parallèle il y aura des actions très fortes le 17 septembre, comme antibank, où les gens vont occuper des hauts lieux de la finance dans 23 villes  européennes et américaines, en Israël aussi,  puis une nouvelle marche qui débutera à Rome, un meeting international à Barcelone. A Athènes les gens vont boycotter les banques en retirant leur argent… »

 

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Ca peut aller loin cette affaire…

 

On résume : il y donc des centaines de marcheurs partis de Madrid, venus de toute l’Europe qui sont arrivés à Paris où ils ont été chaleureusement accueillis par les forces de police, avec pour revendication la dénonciation du déficit de démocratie des nations européennes et l’emprise des oligarchies sur celles-ci, le « vol de la démocratie » par des élites corrompues, à la solde des puissances financières.

Ces citoyens revendiquent qu’on applique la proposition initiale fondatrice des vieilles démocratie comme la France : le gouvernement du peuple par le peuple, pour le peuple. Qui peut leur reprocher cette demande ?

Les voleurs de démocratie, oui, c’est vrai.

Cela n’a pas manqué, ceux-ci ont envoyé les forces de répression pour déloger les indignés.

Où sont les citoyens français pour soutenir les marcheurs pacifiques de la révolution globale qui veulent récupérer ce qui nous a été volé ? Mystère…

Liens :

Vidéo :

La chanson des indignés : Hissez-haut, Indignado !

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24 thoughts on “Indignados marcheurs : let’s hack the planet”

  1. « Où sont les citoyens français pour soutenir les marcheurs pacifiques de la révolution globale qui veulent récupérer ce qui nous a été volé ? »

    Et bien ils ne sont tout simplement pas au courant.
    Reflets est bien le premier endroit où j’entends parler de cette marche vers Bruxelles, le premier endroit où j’entends parler du sitting près de Wall Street.

    L’information est tout simplement absente en France (à par vous, grand bien vous en fasse). Je suis abonné au Monde, je lis le Guardian sur Internet, je lis Owni….je ne vois rien du tout, aucune info, que dalle et je pense que l’ensemble des français est dans le même cas. Peut être que je ne sais pas où chercher les infos après…mais je pense que je suis déjà bien plus informé que le français moyen.
    Continuez à nous en parler, vous donnerez peut-être l’idée à d’autres !

  2. Pour être tout à fait sincère, j’en ai parlé avec les indignés du reportage qui ne sont pas du tout sur la ligne des indignés parisiens. Ce ne sont pas des gens issus de mouvements anarchistes, anti-capitalistes qui veulent le grand soir, los indignados venus d’Espagne, alors qu’à Paris ils veulent récupérer le mouvement pour faire « la révolution »… La politisation, en France, pose problème. En Espagne, le mouvement veut rester A-politique, A-syndical…

    1. Je suis d’accord : l’Histoire retient déjà que les Indignados, mouvement créé de toutes pièces par Hessel et ses ami-es, n’ont à leur actif qu’un seul fait d’arme : avoir viré un gouvernement progressiste de gauche (qui a légalisé le mariage homosexuel dans un pays massivement catholique, entre autres choses) pour mettre un gouvernement de droite à sa place.

  3. Oui, mais ils revendiquent quoi les indignés ? Ils veulent qu’on remette de la démocratie, mais en pratique ça veut dire quoi ? Referendum d’initiative populaire ? Démission du gouvernement ? Proportionnelle ? Rétablissement de la peine de mort (je blague) ? Y a pas un mot d’ordre, y a pas une volonté précise.

  4. Oui, ils demandent que le peuple puisse donner son avis, mais ils vont plus loin que le simple référendum : ils demandent qu’il y ait des groupes citoyens dans chaque administration d’état pour réfléchir et prendre des décisions, sur le modèle des assemblées constituantes des places de Barcelone ou Madrid. Interdire plus d’un mandat dans une vie pour les élus. Si vous allez lire leurs revendications elles sont simples et claires : démocratie réelle, donc remplacer la représentation parlementaire par une représentation populaire. Ils demandent qu’on rende les outils de décision aux peuples capturés par des élites corrompues. Donc, en suivant leur revendication, on ne vote plus pour des hommes ou des femmes mais pour des lois, des réformes, des budgets. Le peuple dirige…
    Je peux effectivement écrire un nouvel article qui précisera ce qu’ils m’ont dit à ce niveau là, c’est à dire leurs propositions concrètes. Il y a pas mal de choses, effectivement…

    1. Sauf que l’autogestion locale-fédéraliste n’a aucun sens sans sortie du système de démocratie de marché. Vouloir l’autogestion tout en gardant le système de démocratie de marché est un non-sens total, et prétendre le contraire comme le font les Indigné-es c’est simplement nier des conclusions qui pourtant semblent évidentes depuis le XIXe siècle…

      Pour aller plus loin, il suffit de se rappeler que le peuple n’a *jamais* eu de vrai pouvoir décisionnel dans la démocratie de marché : c’est juste un système mis en place par la bourgeoisie en vue de prendre le pouvoir à la noblesse. Nous sommes sorties du féodalisme pour entrer dans la démocratie de marché.

      (Je précise que je ne suis pas Marxiste. A tout hasard.)

      1. Je n’encense pas la personne et je ne me permets pas de juger mais l’idée a quand même son intérêt.
        je trouve un peu radical tout de même d’écarter aussi vite de nouvelles pistes de cette manière… Les indignés ne sont-ils pas apolitiques ?
        En faisant abstraction des déformations abjectes du FN, je pense qu’on doit laisser leur chance aux idées intéressantes.

          1. En effet.
            L’identification tabac/cancer du poumon, les campagnes anti-tabac qui ont suivi, l’interdiction du plomb et du mercure dans les aliments, les autoroutes, un système de prestations sociales pour les bas-salaires, tu sais d’où ça vient ?

            Il est tentant de voir les choses en noir et blanc, des méchants 100% méchants, des gentils parfaits, moi aussi j’aimerais que ce soit comme ça.
            Malheureusement ce n’est pas le cas.

            Alors pour revenir au sujet, si l’idée de chouard doit être écarté ou accepté, ça doit être ne fonction de son intérêt, de sa faisabilité, du pour et du contre. Et non pas en fonction des « amis » qu’on trouve sur sa page facebook.

      2. Y’a pas de récup’, c’est juste que les Indigné-es parisien-nes n’ont apparemment pas souhaité écarter les nazis genre Chouard et compagnie, et qu’ils ont donc pu tranquillement s’insérer dans le mouvement pour faire passer leurs idées de merde. Les Indigné-es parisien-nes sont sciemment devenu-es une tribune de l’extrême droite.

  5. Je ne crois pas qu’ils soient naïfs à ce point. Ni nostalgiques (de quoi ?). Je pense que les mouvements de révolte tunisiens, égyptiens pour ne citer qu’eux, ont donné un espoir à une population de jeunes espagnols précarisés qui ont vu leur gouvernement suivre chaque préconisation du FMI et commencer à tailler en pièces le système social. Le mouvement du 15M, dont sont issus les indignés n’est que ça : des gens (jeunes pour beaucoup) qui saturent de la société qui ne leur offre plus de place, si ce n’est celle de travailleur précaire (au mieux). La prise de conscience ressemble à un électrochoc (positif :-), comme si d’un seul coup ils se rendaient compte qu’ils s’étaient fait berner, et que la situation était tellement grave qu’il fallait se mobiliser, tenter quelque chose pour au moins ne pas rester passif devant les décisions absurdes d’un gouvernement qui méprise sa population et vend les meubles. Cette idée de révolution pacifique et globale sans remettre en cause le système de marché est nouvelle. Que les penseurs, historiens de la chose en soient révulsés et assènent que c’est impossible, ma foi, c’es habituel. Sauf que pour l’Egypte ou la Tunisie, tout le monde affirmait que les populations ne pouvaient se débarrasser de leurs dirigeants. Le résultat démontre que c’était faux…
    L’histoire ne se répète pas toujours, le XXIème siècle est particulier, les outils de communication y sont centraux et bougent les lignes anciennes de contrôle, de domination, de propagande etc…
    Pour ma part, je trouve le mouvement 15M très intéressant, et en Belgique ils peuvent faire bouger les lignes. Leur courage est réel. Les critiquer sur des soupçons franco-français…dommage. Mais on l’habitude en France : tout le monde se tape sur la gueule pour affirmer son idéologie. Triste pays, en vrai. Le jour où les gens oublieront de se choisir un camp et seront simplement prêts à aller de l’avant pour demander du réel, du concret, sans penser plus loi, alors ce pays avancera. Mais ce n’est que mon humble avis. Et puis il est plus facile de critiquer bien a chaud devant son écran que de se taper des mois de campement couplé à des milliers de kilomètres de marche pour demander que le peuple soit « plus » souverain. C’est sûr. C’est plus facile…

    J’aurais tendance à demander ce qui est plus constructif : cautionner des gouvernements vendus qui nous coulent et nous méprisent, ne nous consultent en rien, ou revendiquer son droit à participer au débat et aux choix politiques ?

  6. @kal : oh super, donc les nazis (enfin, celles et ceux qui font à peu près semblant de jouer le jeu de la démocratie de marché…) proposent des trucs, suffit de les écouter et de faire le tri entre leurs bonnes et leurs mauvaises propositions… Sauf que ça marche pas comme ça la politique : on construit d’abord une trame idéologique de fond (le social-nationalisme ici), et on propose des idées concrètes en fonction des questions soulevées sur le moment dans la société.

    Et cela signifie que quand l’extrême droite propose des idées ou des réformes, elle ne le fait que dans son propre intérêt, en considérant que ces idées ou ces réformes vont dans le sens considéré comme bon. Les propositions de l’extrême droite tendent dans la direction vers laquelle se dirige l’extrême droite : capitalisme libéral et nationalisme extrême…

    On ne peut pas faire simplement son marché parmi les idées de l’extrême droite, parce que c’est exactement le but recherché : faire semblant de jouer le jeu de la démocratie de marché pour gagner en influence dans le débat et en pouvoir décisionnel dans la structure. Le nazisme est une gangrène, on l’extermine ou on en crève.

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