De plan de sauvetage en plan de sauvetage, pour finir en recession…

Appelez-les comme vous voulez, les spéculateurs fous ou les financiers lucides, ils avaient déjà vu quelques heures après le sommet de Bruxelles que le nouveau plan de sauvetage de l’euro (le quatrième du genre) était voué à ne durer quelques heures, quelques jours au mieux. C’est aussi ce que nous avions dit à nos lecteurs.

Dans une série de Tweets, nous expliquions que les effets du plan discuté à Bruxelles seraient éphémères. Mieux : que la prochaine crise serait plus grave.

Et puis est arrivé ce blagueur de George Papandreou. Figurez-vous que le premier ministre grec avait décidé dans son coin de soumettre l’accord de Bruxelles à l’approbation du peuple souverain, via référendum.

Cris d’orfraies partout en Europe. Quoi ? Un référendum ? Mais si les Grecs refusent le plan, c’est toute l’Europe qui s’écroule ? Le président français était paraît-il « consterné » et très colère. A tel point qu’il a « convoqué » George Papandreou pour lui sonner les cloches. Colère prise en compte par George Papandreou qui a finalement jeté l’éponge et même abandonné son poste.

Le premier ministre grec avait placé les dirigeants de ce monde devant une contradiction intéressante : si l’on demande au peuple ce qu’il veut pour lui-même, il va peut-être dire que le mode de gestion de la crise financière mondiale actuelle, ne lui plaît pas.

Prenez les 99% qui occupent un peu toutes les villes, ils ne trouvent pas que ces solutions soient les bonnes. Prenez les économistes atterrés, ils pensent qu’il y a d’autres méthodes pour régler les soucis actuels de l’Europe.

Bien sûr, il a des gens chagrins pour expliquer que les grecs ont élu au suffrage universel leurs dirigeants et que ceux-ci peuvent agir sans les consulter.

Oui, c’est juste. Mais le recours au référendum n’est pas un déni de démocratie non plus, n’est-ce pas ? Il ne faut toutefois pas perdre de vue que parfois, Paulo répond n’importe quoi… Qui a par exemple envie d’un référendum sur la peine de mort en France ? Pas moi.

Mais revenons à la crise et aux solutions proposées par les dirigeants européens.

A peine annoncé, le plan du 26 octobre était caduc.

Les grandes déclarations peuvent enfumer quelques journalistes et Paulo, mon copain du Bar des Amis, mais pas les gens pourvus d’un peu de bon sens.

There is no alternative, le mantra de Margareth Thatcher est répété en boucle : il faut de la rigueur, plus de rigueur. Par exemple en France où François Fillon annonce ufan deuxième plan en à peine quelques semaines. Intéressant venant de la part d’un camp politique qui a fait exploser la dette de la France. Le schéma suivant est réalisé par les anarcho-gauchistes de l’Insee. Il représente l’évolution de la dette française au sens de Maastricht. J’ai ajouté, facétieux que je suis, à la louche, la période Jospin, puis la période purement UMP. On voit un peu mieux qui est responsable de la gabegie qui nous amène aujourd’hui a des plans de rigueur.

Et cela ne date pas d’hier, comme le montre le graphique de l’Insee.

En juin 2010, je notais dans un coin ces mots de l’Insee :

« la fin du premier trimestre 2010, la dette publique de Maastricht, qui est une dette brute, s’établit à 1 535,5 Md€, en hausse de 46,5 Md€ par rapport au trimestre précédent. Exprimée en pourcentage du PIB, elle se situe approximativement à 80,3 %, en hausse de 2,2 points par rapport au trimestre précédent. La progression de la dette publique nette est moindre (hausse de 32,5 Md€, soit +1,6 point de PIB) ».

Oui, bon, ça c’était il y a longtemps et la crise de la dette souveraine n’en était qu’à ses débuts. On ne savait tout ce que l’on sait aujourd’hui et il est clair que le gouvernement  s’est ressaisi, entre temps. Non ?

Non.

Que nous dit aujourd’hui l’Insee ?

À la fin du deuxième trimestre 2011, la dette publique de Maastricht, qui est une dette brute, s’établit à 1 692,7 Md€, en augmentation de 46,4 Md€ par rapport au trimestre précédent. Exprimée en pourcentage du PIB, elle se situe approximativement à 86,2 %, en augmentation de 1,7 point par rapport au trimestre précédent. La dette publique nette progresse plus modérément (+23,1 Md€). …sous l’effet d’une hausse de l’endettement de l’État. La contribution de l’État à la dette augmente de 52,6 Md€ au deuxième trimestre ; il s’agit pour l’essentiel de sa dette négociable à long terme (+44,5 Md€). La dette à court terme et les dépôts des correspondants, hors administrations publiques, progressent respectivement de 4,5 Md€ et 1,8 Md€. …alors que les organismes divers d’administration centrale, administrations publiques locales et administrations de sécurité sociale se désendettent

Notez la croissance de la dette sur le trimestre sous revue. La même…

Ce qui est également assez intéressant, c’est de noter que la seule réponse proposée à la crise actuelle, est une rigueur sélective. Premier point, les plans de rigueur ont un effet incontournable : ils freinent la croissance. Et « quand croissance freinée, elle toujours produire plus de dette ». Passons… Pour ceux qui ne comprendraient pas, comme notre bon président et son gouvernement, il suffit de voir l’effet des plans de rigueur récents sur la croissance économique grecque…

Deuxième point, la rigueur façon UMP, cela porte sur les classes moyennes et les plus pauvres. Les plus riches ? Les entreprises du CAC 40 qui payent à peine plus d’impôts (au mieux) que les PME ? Les banques qui continuent de faire tourner à plein pot leurs algorithmes de High Frequency Trading ? Non, tous ces gens là doivent passer au travers des plans de rigueur à venir.

Bien vu. En même temps à quoi peut-on s’attendre de la part d’un président qui estime :

“inutile de réinventer le fil à couper le beurre. Toutes ces théories économiques… moi-même, parfois je suis un peu perdu. Ce que je veux c’est que les choses marchent”

Peut-il seulement, même s’il le voulait, réinventer le fil à couper le beurre ? Pas sûr.

Bref, nous allons vers une récession, en klaxonnant. Nous en reparlerons dans un an.

On pourrait imaginer que tous les dirigeants sont à leur poste parce qu’ils sont compétents. Qu’ils sont armés pour nous sortir de la crise financière internationale.  Qu’ils ont une « vision », comme disent les américains. Qu’ils sont capables d’anticipation, d’analyse, de se remettre en question, d’évoluer au fil des aléas économiques et financiers …

Oui, mais non.

Je voudrais vous citer quelques phrases de dirigeants européens de premier plan. Vous pourrez juger, avec le recul, de la pertinence de leur analyse.

En juillet 2010, je notais dans un coin ces déclarations :

Jean-Claude Trichet, alors président de la Banque centrale européenne :

« Je n’interprète pas ce qui s’est passé – et qui est en voie d’être progressivement résolu – comme une attaque spécifique contre les risques souverains de la zone euro, mais plutôt comme une mise en cause de la politique budgétaire des pays industrialisés »

Jean-Claude Juncker, le président de l’Eurogroupe, l’instance qui réunit les seize ministres des finances de la zone :

« Les marchés sont plus rationnels ; ils réalisent que la démarche de l’Union européenne, du FMI et de la Grèce est crédible »

Heu… Crédibles ? Les marchés les jugent crédibles ? Plus d’un an plus tard, on voit où mène cette idée selon laquelle les politiques devraient agir en fonction de ce que ressentent « les marchés » cette entité indéfinissable.

Si les politiques décidaient de désarmer les marchés, ils n’en seraient pas là où ils en sont, et nous avec. Mais ça, ils ne le feront pas. Plutôt quelques points de TVA qui rapportent gros et assèchent les ressources des ménages les moins fortunés… Tout en déclenchant une gentille récession.

Pour sauver une situation sans sortie possible, les politiques demandent aussi à la BCE (ou au FESF…, selon) de racheter de la dette des pays en difficulté. Malin… L’encours des crédits pourris qui ne valent plus rien dans les comptes d’une banque centrale, européenne ou chinoise, s’envole. Mais demain, lorsqu’il faudra venir au secours de ces préteurs en dernier ressort, qui sera le préteur en dernier ressort des préteurs en dernier ressort ?

Bon sens près de chez vous : si j’ai 20 bonbons, puis-je en manger 22 ? Je peux le faire si mon copain en a 22 et qu’il n’en mange que 20. Mais si on décide à nous deux d’en manger 43 ? Allez, demandons au marchand qui en a encore un dans son stock. Jusque là, tout va bien. A condition qu’il ne sache pas que maman ne versera pas assez d’argent de poche pour le lui payer (mais ça, pas la peine de le lui dire). Et si l’on veut en manger 44 ? Là, ça commence à poser problème parce que personne n’en a d’autres. Ce n’est pas réinventer le fil à couper le beurre, mais c’est assez simple à comprendre, même pour un président qui est un peu perdu avec toutes ces théories économiques…

 

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Auteur: Antoine Champagne - kitetoa

Dinosaure du Net, journaliste à ses heures. A commis deux trois trucs (Kitetoa.com, Aporismes.com et Reflets.info).


10 thoughts on “De plan de sauvetage en plan de sauvetage, pour finir en recession…”

  1. « Cris d’orfraies » et non pas « Cries d’orfraies »

    « n’est-ce pas ? » et non pas « n’est-ce pas. »

    « en France où François Fillon » et non pas « en France ou François Fillon »

    « facétieux que JE suis » et non pas « facétieux que suis »

    Amicalement

  2. A votre avis ça rapporterait combien à l’état :
    – baisse de 10% de salaire pour les fonctionnaire touchant plus de 5000€ mensuel (% décrémentiel pour les fonctionnaires touchant entre 4500 et 5000)
    – suppression de toute niche fiscal pour tout avis d’imposition supérieur à 120 000€
    – suppression de toute niche fiscal pour les grandes entreprises
    – taxation supplémentaire de 2% pour les entreprises du CAC40

  3. « facétieux que tu es » ! :-)

    Intéressante, la courbe, depuis 2007… P’tin, on n’a pas fini de la payer, l’ère Sarko.
    Ce « nain » intellectuel aura « hissé » le pays a son niveau !

  4. Article très intéressant et très bien écrit. Bravo.
    Je ne suis pas complètement d’accord sur la voie de garage que serait le recours à la BCE ou au FEFS.
    En effet, un banque centrale peut faire tourner la planche à billets, générer de l’inflation, et alléger le poids de la dette.
    Statutairement, la BCE doit lutter contre l’inflation, d’où (à mon avis) la création du FEFS, pour arriver à jouer sur le levier de la planche à billets et de l’inflation.

    Par ailleurs les pays latins ont tendance (à mon avis) à viser se genre de stratégie (dette + inflation -> ressources pour relancer la croissance) dans leur politique économique, au contraire des pays nordiques, en particulier de l’Allemagne, qui s’oppose très fermement à ces leviers (pour une raison que je n’ai pas encore comprise).

    Et quand y il y a incohérence entre politique économique (du ressort des pays) et politique monétaire (du ressort de l’Europe), ça coince… et on y est… Le système actuel ne marche pas, en tous cas pas lorsqu’il est en tension comme actuellement.

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