Qui des gouvernants des oligarchies ou des root auront le dernier mot ?

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Les premiers tweets en provenance du FIC2013 ne laissent aucun doute. Les dirigeants des oligarchies et les responsables du secteur de la sécurité informatique n’ont rien appris. L’avenir est toujours aussi sombre, notamment dans ce secteur. Pour donner le ton, Jean-Claude Bourret est venu ouvrir le congrès. Reflets n’y était pas et nous ne pouvons dire s’il a parlé des ovnis qui mettent en péril le cyber-monde ou pas. Mais lorsqu’un tweet de @zataz indique : « Une bombe de 250 kilos est moins dangereuse qu’une cle USB infectée, placée dans un centre de commandement.« , là… On se dit que rien n’a évolué, au contraire.

La cyber-guerre fait des cyber-morts et ce n’est pas bien grave.

En revanche, la volonté appuyée le l’oligarchie et de ses relais d’hygiéniser le cyber-monde (gagnons tout de suite un point Godwin, ça fera gagner du temps), de créer un sentiment de peur, d’incertitude et de doute (FUD) dans la population pour faire passer des textes de plus en plus violents, de criminaliser à outrance tout acte lié de près ou de loin au piratage informatique, reste bien ancrée dans leurs esprits.

I know you were afraid. Who wouldn’t be? War, terror, disease. There were a myriad of problems which conspired to corrupt your reason and rob you of your common sense. Fear got the best of you, and in your panic you turned to the now high chancellor, Adam Sutler. He promised you order, he promised you peace, and all he demanded in return was your silent, obedient consent. (…) Fear became the ultimate tool of this government. (…) Fear got the best of you.

N’ont-ils pas compris tous ces catastrophistes, ceux qui dépeignent les hackers comme d’affreux terroristes, un couteau entre les dents, une canette de Dr. Pepper à côté de la main qui tape les lignes de code maléfiques devant mettre à genoux les infrastructures vitales d’un pays ?

cyberwar button

N’ont-ils pas compris que leur délire paranoïaque mène à des drames ?

N’ont ils pas entendu le message terrible envoyé par Aaron Swartz ? Son suicide est-il donc passé inaperçu pour eux ? Parce que chez certains, il a fait l’effet d’une bombe. Dans la communauté des hackers, bien entendu, mais aussi chez certains politiques.

La peur est un tel moteur qu’il est toujours plus simple et plus utile de parler de « cyber Pearl Harbor », de « Cyber Armageddon », que d’exposer des faits. Non, même si cela défrise certains vendeurs de matériels et d’applications, la « cyber guerre » n’a jamais tué personne. C’est un concept inventé par les militaires et la communauté du renseignement américain  pour continuer d’obtenir des budgets conséquents après la chute du mur de Berlin. Concept qu’a embrassé le secteur de la sécurité informatique pour vendre à ses clients gogos, des outils qui ne les protègeront qu’en partie.

En matière de sécurité informatique, les militaires américains sont des buses. Comme à peu près tous ceux qui se sont aventurés sur le Net. Cela n’a pas changé depuis 1994 et cela ne changera pas.

Comme partout, le principe « nemo auditur propriam turpitudinem allegans » (nul ne peut se prévaloir de sa propre turpitude) est jeté aux orties.

On est nuls mais quand on se fait trouer, au lieu de chercher les principaux responsables (soi-même), on pointe les « cyber-terroristes » qui ont failli mettre à mal le monde entier par leur injection SQL…

Le ridicule ne tue plus. Fort heureusement.

En revanche, leur volonté de condamner à plusieurs dizaines d’années de prison des informaticiens ayant franchi une ligne jaune, elle, tue.

La preuve.

« Do not fuck with us »

Au FIC2013, me direz-vous, ils ont conscience de ce qui se passe. N’y a-t-on pas entendu « Il n’existe pas aujourd’hui dans notre vie quotidienne de pan de la société qui ne dépende pas de l’informatique ou des télécoms« .

En revanche, il semble qu’ils n’aient pas entendu Tyler Durden leur dire : « Look, the people you are after are the people you depend on: we cook your meals, we haul your trash, we connect your calls, we drive your ambulances, we guard you while you sleep. Do not fuck with us. »

Qu’est-ce qu’ils n’ont pas compris dans ces cinq mots : « do not fuck with us » ?

Continuer à criminaliser des actes qui n’ont quasiment aucune incidence sur les autres êtres humains, créer un storytelling sur la dangerosité des hackers et des pirates (ce sont deux choses différentes) ne peut mener qu’à deux choses : des actes désespérés comme celui de Aaron Swartz ou à une escalade.

Dans un conflit ou une incompréhension entre deux « mondes », la radicalisation ne mène qu’au conflit physique ou armé. On n’a pas inventé les diplomates pour rien.

Parmi les gens qui commencent (c’est très lent, il faut en convenir) à trouver que tout ça va trop loin (même des entreprises ayant pignon sur rue) il y a ceux qui sont root sur vos machines messieurs les catastrophistes. Et franchement, vous ne devriez pas radicaliser votre relation avec eux.

Surtout s’ils sont en passe de trouver un sens à cette tirade et qu’ils se fâchent ici ou là :

Fairness, justice and freedom are more than words, they are perspectives.

Certains ont la quarantaine. Un passé de hackers bien terrible. Ils se sont fondu dans la société. On accédé à des postes de responsabilité. Mais surtout, comme à leurs débuts, ils se parlent. Ils se parlent horizontalement, en dehors de toute hiérarchie. Règlent des problèmes techniques loin des regards de leurs N+x. Ils n’ont pas besoin de vous. Vous ne comprenez rien à ce qu’ils font. Mais vous, vous avez vraiment besoin d’eux. Tout cela devrait franchement vous inquiéter.

 

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Auteur: Antoine Champagne - kitetoa

Dinosaure du Net, journaliste à ses heures. A commis deux trois trucs (Kitetoa.com, Aporismes.com et Reflets.info).


20 thoughts on “Qui des gouvernants des oligarchies ou des root auront le dernier mot ?”

  1. Nice nice nice.
    J’aime bien ce genre de papier, ca réussit a me faire croire qu’une fraction de la populace anticipe et s’arme – comprenez par là s’instruit – anticipant la tempête qui vient.

    1. Je ne pense pas.
      L’informaticarchie (ou netocratie) s’appuie souvent sur les réseaux d’educ pop et a mis en place depuis très longtemps des outils pédagogiques permettant à tout un chacun d’apprendre. Le pouvoir et le savoir ne sont pas enfermés mais au contraire complètement ouverts et libres.

  2. Certaines entreprises ayant des activités relatives à la sécurité informatique imaginent pouvoir trouver un moyen de retirer ses prérogatives à ces méchants root en qui on ne peut pas avoir confiance.

    On ne peut pas faire confiance aux root, c’est un des constats des dossiers tels que ceux de certaines sociétés (voir DBIR 2008 à 2012) qui conduit à cette vision des dirigeants. On peut ne pas être d’accord avec le contenu de ces dossiers, mais le problème est que ces mêmes dossiers sont une source d’information pour les décideurs.

    Cela s’applique aussi aux utilisateurs finaux, et en définitive, on ne peut faire confiance à personne (le « on » désignant les dirigeants, bien entendu).

    La dérive classique pour l’utilisateur final, c’est de lui interdire pratiquement tout sur son poste de travail, avec des situations cocasses comme celle du portable dont tous les ports USB sont inactifs et qui est accompagné d’un appareil photo numérique, nécessaire à l’accomplissement du travail dudit utilisateur final.

    Priver un root de réaliser toutes les opérations possibles sur un environnement est cependant un cran au dessus en matière d’ânerie, surtout le jour où il faut dépanner le bouzin.

    On sent bien le biais apparaître de coller un garde-chiourme derrière chaque root, avec un accès restreint par authentification nécessaire du root et du flic, mais on sent bien aussi que tout ça devrait être mis en place par… un super-root, de préférence une société privée à la botte d’un ami. Une histoire de poule et d’oeuf, en somme.

    Et donc on arrive au fond du problème: les root ont du pouvoir dans les différentes organisations. Pas simplement le pouvoir de faire grève, non, ils ont le pouvoir hypothétique de faire tout et n’importe quoi avec les données d’une organisation. Et ça, ça fiche une trouille terrible aux générations d’élites qui n’y pannent rien. Et la peur mène généralement à faire n’importe quoi.

    Ce qui m’étonne dans la démarche intellectuelle à laquelle nous sommes confrontés, c’est qu’à aucun moment personne ne s’interroge sur ce qui fait la relation de confiance, et le pourquoi on ne peut faire confiance à personne. On imagine tout et surtout n’importe quoi pour verrouiller, brider, interdire, forcer (et bien d’autres verbes aussi peu positifs), alors même que pour le cas des root, la confiance mutuelle pourrait être profonde et durable sans qu’il soit nécessaire d’y investir des millions.

    Les root pourraient être un peu mieux payés, il est vrai, parce que c’est parfois limite du froutage de yeule, mais je ne crois pas qu’ils demandent des ponts d’or tel que le font des commerciaux ou des dirigeants. Je crois qu’ils ont des attentes différentes, qui relèvent plus du challenge technologique que de l’aspect purement pécuniaire, et surtout d’une confiance qui soit sincère.

    Mais en disant cela, j’oublie juste un détail: les élites n’ont que faire de ces manants de root. Avec quelques lois, ces agents du chaos ne seront plus une gène.

  3. Nos dirigeants ont peur d internet car c est un media qu il ne controlent pas (contrairement a la TV/journaux qui leur mangent dans la main) et qui peut influencer pas mal de monde (en france, l electrochoc pour la classe politique a ete le referendum sur la ocntitution europeenne perdu malgre l appui des partis dominants (UMP/PS))

    Quand a croire que c est parce qu on fait marcher leur monde et qu on leur est utile qu ils vont nous epargner, c est se faire de grosses illusions sur la nature humaine. Le seigneur du moyen age dependait de ses manants pour tout (nourriture mais aussi ressource financieres) et pourtant il les meprisait profondement et n hesitait pas a les tuer pour leur montrer qui etait le chef (la repression des jacqueries etait pas particulierement soft)

  4. Répandre la peur avec des cyber-apocalypse ne sert qu’à une autre.
    Crée des cyber-gestapos (Point godwin à la 2ème phrase record perso battu) sans que les gens réagissent. Parce qu’après tout si on à rien à se reprocher pourquoi voudrait t’on cacher sa vie privée?

    Ce genre de raisonnement fallacieux est ultra dangereux.

    J’ai aussi bien aimé les citations de V for Vendetta semées dans le billet.
    Cependant je suis surpris que tu n’ai pas cité celle ci

    « And where once you had the freedom to object, to think and speak as you saw fit, you now have censors and systems of surveillance coercing your conformity and soliciting your submission. How did this happen? Who’s to blame? Well certainly there are those more responsible than others, and they will be held accountable, but again truth be told, if you’re looking for the guilty, you need only look into a mirror. »

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