Procès Drake : la NSA a les oreilles qui sifflent

/ Tiré du ZELIUM n°5 /

L’affaire Drake, c’est un peu le premier procès du 11 septembre, presque 10 ans après…

Le 13 juin 2011, la cour de district de Baltimore, dans l’Est des États-Unis, a ouvert une audience un peu spéciale. Thomas Drake, 54 ans, est accusé de trahison. Cet « ennemi de l’État » est inculpé pour « divulgation non autorisée », « obstruction à la justice » et « mensonge à agents fédéraux ». Il risque 35 ans de taule.

Cet ancien analyste de la NSA (National Security Agency — No Such Agency, « elle n’existe pas », disent ses détracteurs — l’énorme centrale d’écoute mondiale étasunienne, pilier du renseignement électronique) est tout simplement accusé d’avoir parlé à la presse. Une journaliste du Baltimore Sun.

Ironie de l’histoire : Drake, auparavant intervenant extérieur, a été embauché à la NSA à temps plein un beau matin de septembre 2001. Le 11, exactement. Véridique, affirmait l’hebdo The New Yorker, dans une longue et passionnante enquête parue le 16 mai dernier.

Drake n’a pas supporté de découvrir que la NSA avait détourné un logiciel ultra-sophistiqué, développé en interne à la NSA, pour surveiller en masse tous les citoyens américains. Car la NSA a vocation à écouter le monde entier, mais pas les Américains. Dès qu’un citoyen US est pris dans les mailles du filet, le contenu de l’interception doit être détruite… Écouter le monde, ça va. Mais un bouseux du Wisconsin en vacances au Mexique, c’est contraire à la Constitution… C’est ça, la démocratie yankee.

 

Un échelon au-dessus

Si Drake est dans la tourmente, c’est qu’il se dresse contre les mêmes faucons fouineurs que ceux du réseau Echelon mais en pire. Echelon est un réseau secret d’interception des communications mondiales par voie hertzienne, que les USA ont construit pendant la guerre froide avec leurs alliés anglo-saxons (UK, Australie, Nouvelle-Zélande, Canada).

Quelques mois avant le fatidique 11 septembre, un vieux routier de l’écoute sauvage, Bill Binney, matheux à la tête du département informatique de la NSA à l’époque, présente à ses chefs un petit bijou de la captation « intelligente » des messages électroniques qui crépitent sur internet. Nom de code : ThinThread (fil du razoir). Ce logiciel  sait évincer l’énorme « bruit » qui brouille les pistes pour conserver la « moelle » du trafic internet, des éléments exploitables. Binney et sa fine équipe — Thomas Drake en fait partie — ont un problème : ce logiciel renifleur capte aussi des données internes aux USA. Ils décident alors de fabriquer des « rustines » qui vont effacer toute référence à une écoute illégale. Pourtant, le merveilleux mouchard ne sera jamais déployé : trop complexe, jurent les chefs de la NSA.

Manque de bol, le 11 septembre s’abat sur l’Amérique. La veille, le 10, plusieurs messages en provenance d’Afghanistan sont pourtant interceptés: « Le match commence demain », « Demain : Heure Zéro »…


Bye bye rustines

Humiliés, les pontes de l’agence décident de récupérer le logiciel, et de le « détourner » pour pouvoir écouter tout le monde, sans distinction. Bush signe un décret en ce sens en octobre 2001. Pire, la NSA confie le bébé à un contractant extérieur, la funeste société SAIC (multinationale de la sécurité informatique, cliente favorite du Pentagone), pour en faire un clone tout terrain, TrailBlaizer, mais qui sera abandonné en 2006. Facture : 1,6 milliards de dollars d’argent public. C’en est trop pour Drake, qui balance à la presse, et Binney, qui démissionne. Ce sont pourtant de pieux conservateurs, ces deux analystes de la NSA. Mais respectueux de la loi, eux…

Ce procès, c’est surtout un désaveu pour le président Obama. Le président avait promis, pour se démarquer du clan Bush, d’en finir avec la criminalisation des serviteurs de l’État qui jouent aux « lanceurs d’alerte » (whistleblowers en VO). C’est raté : Drake est attaqué en vertu de l’Espionnage Act, une loi poussiéreuse de 1917. Ce texte a servi à enfermer les présumés communistes de l’ère McCarthy, et à coffrer le fameux agent double Aldrich Aimes, qui fournit pendant les années 80 et 90 de précieux secrets au KGB.

En comptant Bradley Manning, la présumée taupe de WikiLeaks au sein de l’armée, incarcéré lui aussi, ça fait too much, Barack. Really too much.

NB : les deux images gag sur la NSA sont des pièces de musée: elles ont été diffusée dans les années 90 par la société RSA Security, aujourd’hui RSA et filiale du groupe EMC, rattrapé tout récemment par une sale affaire de clés de sécurité compromises

ZELIUM n° 5 est en kiosque à partir du samedi 18 juin

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5 thoughts on “Procès Drake : la NSA a les oreilles qui sifflent”

  1. Le pire ayant été à mes yeux la reconduction du PATRIOT Act considéré comme un pilier de la sécurité nationale par la MAison Blanche. Obama a trop menti, sur trop de choses. Il est décevant, il a de la chance de n’avoir que pire que lui en face.

  2. Sans vouloir faire dans la thèse/cause conspirationniste…

    A condition que ce qui s’est passé le 11/9/01 soit réel… J’ai toujours en tête les fameux appels passés depuis des téléphones portables à bord des appareils qui n’auraient jamais dût être possible vu la technologie de l’époque, ni même la « vaporisation » complète de l’avion s’étant écrasé contre le pentagone, mais dont ils auront malgré tout réussi à extraire suffisamment d’ADN pour identifier les passagers(je crois(de mémoire) qu’on parle d’environ 2500°C… pour vaporiser le métal….)

  3. « la reconduction du PATRIOT Act »

    et le maintien honteux de Guantanamo, véritable crachat à la figure de toutes les démocraties et de tous les droits de l’homme de la planète.

  4. Obama avec sa bonne tête est un sacré pourri (un corps de traitre, une tête de lâche, comme dirait un pote), bien pire à mes yeux, que bush qu’au moins on voyait venir de loin, avec ses gros sabots.

    Promettre et ne surtout rien tenir puis saupoudrez le tout généreusement avec une double dose de foutages de gueule à l’égard des citoyens, voilà une constante dans les pseudos grandes démocraties. :/

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