Petit mélange des genres et confusion sémantique

Il y a des petits matins glauques. Ces matins où l’insomnie vous tire du lit à des heures anormales. Vous vous faites un petit café et vous vous plantez devant la télé. De préférence une chaîne d’information continue parce que quelques heures avant, quand vous avez déconnecté de l’actualité, on parlait d’une attaque imminente sur Benghazi. Bien sûr, vous saviez que ce n’était pas pour cette nuit, mais la tévé le disait. Les présentateurs des chaînes d’info françaises répétaient en boucle sans aucune analyse que Kadhafi ayant annoncé l’attaque pour cette nuit, cela risquait bien d’arriver. Pas question pour les présentateurs hyperlaqués de s’interroger sur les capacités de vol de nuit de l’aviation libyenne. Pas question non plus d’estimer le nombre de kilomètres à parcourir jusqu’à Benghazi, les moyens en ravitaillement que cela impose. Rien. Juste une boucle d’informations formatées en quelques secondes, qui passe et qui repasse. Les images et les titres en bandeaux sont décalées. On se demande si les titres du bas ont quelque chose à voir avec les images du haut de l’écran. Non. Visiblement pas. Ni s’ils sont encore d’actualité où s’ils datent de la mi-journée. De toutes façons il est tard, c’est l’heure d’éteindre. Bref, vous revoilà dès potron-minet devant l’étrange lucarne. Et là, même en ayant le cerveau à l’envers, quelque chose accroche votre oeil. Le titre de la rubrique qui se déroule devant vos yeux et oreilles.

BFMTV vous annonce une « chronique politique ».

Mais la personne qui la déclame est un sondeur. Oui, oui, un monsieur sondages qui commente en fait ses dernières productions.

Il n’y aurait pas là comme une sorte de confusion sémantique ? Une chronique politique, c’est une analyse de la situation politique. Cela s’appuie par exemple sur des confidence récoltées auprès des politiques, sur une vaste connaissance de ce milieu glauque, sur une compréhension des enjeux sociétaux, sur une vision sociologique du pays, que sais-je… Pas sur des sondages…

Comment résister à l’idée de reproduire ici le dernier sondage paru à la Une du Canard Enchaîné de cette semaine :

EXCLUSIF

Un tsunami vert menace la France

Selon un sondage Pifométrie-« Le Canard », effectué en pleine panique nucléaire, au premier tour de la présidentielle, Nicolas Hulot recueillerait 65% des voix et Eva Joly 35%. Un autre sondage Bidonnométrie-« Le Canard » donne Hulot à seulement 64% contre 36%  à Joly. Lequel à raison ?
Ces deux sondages ont été réalisés le 15 mars auprès d’un échantillon très représentatif des piliers de comptoirs proches du siège du Canard.

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Auteur: Antoine Champagne - kitetoa

Dinosaure du Net, journaliste à ses heures. A commis deux trois trucs (Kitetoa.com, Aporismes.com et Reflets.info).

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