Occupy L.A. : sur le terrain …

Los Angeles . 23 – 30 octobre

Town hall, temple & main St.

En fond de tableau, les tours de Wells & Fargo, le Times, la Chase Bank, les bâtiments fédéraux, le LAPD et autres gratte-ciels. Au centre, la tour blanche de la mairie, presque encerclée par un village pacifique de 300 tentes disposées sur trois façades.

L’action Occupy Los Angeles démarre le 1er octobre.

Trente jours plus tard, le mouvement mûrit autour d’un campement de sept cents âmes, nombre qui fait à la fois sa force et sa faiblesse.

Au début suffisamment peu pour rester organisés et ne pas inquiéter les autorités. L’ampleur de l’arsenal, du dispositif de surveillance vidéo en place autour des bâtiments fédéraux joue en la faveur du mouvement : Impossible pour la police de Californie, dont la brutalité et la violence ont été dénoncés, de tenter une action directe sous le regard des caméras – contrairement à ce qui s’est passé à Oakland.

 

 

Mais assez nombreux pour être pris au sérieux car ici se tient le QG du mouvement d’action de la cote West en soutien à l’occupation de Wall Street. Le village compte une université, un temple, un groupe de presse, une infirmerie, des cantines, coordonnés autour d’une assemblée générale quotidienne.

La masse critique des occupants est atteinte le 30 octobre : leur nombre double.

 

 

Après la pluie, beau temps et Escalade.

Le 26, la pression monte avec une rumeur d’annonce officielle de fermeture ou de descente de la police suite aux négociations entre les représentants de Skidrow et la conseillère Jan Perry dont l’issue doit déterminer si oui ou non ils obtiendront une enveloppe de 1M$ pour le développement communautaire.

Est-ce que la police viendra ?

Le début du mouvement à San Diego a été réprimé au cours du conseil municipal, les manifestants à Oakland ont été gazés mais la LAPD la joue gentil. Gagner de la confiance et établir de l’ordre demande un peu de discernement. Puisque le camp ne peut être fermé d’un coup de balai des autorités, c’est la carte de l’intimidation qui est jouée  :  comme cette tentative de distribuer des masques à gaz. Des hélicoptères furtifs survolent le camp ou volent, la nuit, bas dans le ciel en balayant le camp aux projecteurs. Des messages de désinformation ou d’indirection sont inscrit sur des banderoles aériennes :

« russia wants it share » ?

Une guerre psychologique à laquelle OC.L.A. répond par un foisonnement de messages et d’idées en s’accaparant le paysage urbain et en inscrivant sur les tentes, les arbres, les marches, la place et le parc du Governement Plaza. La réalité derrière tout ceci, est que des membres du conseil municipal et du LAPD sont prêts à lever une inquisition contre la corruption larvée au sommet des corporations, en commençant par une inspection détaillée de leurs communications.

Mais à qui sont ces hélicoptères noirs qui braquent leurs projecteurs sur des objectifs, comme pour leur dire « nous gardons un oeil sur vous » ?

 

 

Un large groupe de démunis lutte contre le désespoir. Ils sont presque tous « homeless ». Il y a des inéduqués et des vindicatifs, et il y a ceux qui ont perdu leur jobs en se cognant à des corporations gloutonnes.

OC.L.A. s’anime d’une forte volonté éducative. « 0 waste » (« zéro pertes »), recyclage, énergie solaire et responsabilité personnelle fonctionnent bien et entretiennent l’espoir chez les participants : ils vont pouvoir continuer l’action plus longtemps, améliorer encore leur organisation et passer d’une stratégie de court à long terme, pour mener campagne.

 

 

Est-ce qu’un grand vaisseau extra-terrestre apparaitra ?

Les artistes peignent le tableau de la corruption politique, de la finance sauvage, de l’économie de guerre, d’une humanité encore au stade de la prédation et un message d’espoir : avec un effort de modernisation et de solidarité, nous pouvons remplacer ce système — il n’aura duré que 20 ans — nettoyer la corruption et être plus nombreux à vivre en paix.

 

 

« We are the 99% »

Un jeune représentant de la Navy, galons et cheveux longs, désillusionné, est venu faire un discours de soutien. L’assemblée générale du 25 ne parvient pas à obtenir le consensus et jusqu’à présent rien n’a été suggéré pour éluder le cas de l’autre consensus : celui que le reste USA accepte dans le plus grand panurgisme. J’entends plusieurs fois la même histoire : leur sentiment est d’avoir un potentiel humain qui s’évertue chaque jour à se lever pour grimper dans une voiture, et aller faire un job insignifiant pour pouvoir se payer une maison a crédit qu’ils rempliront de merdes, consommer et produire du gâchis et mettre de l’essence dans le réservoir de leurs grosses voitures qu’ils achètent grâce au fruit de leur labeur. Sans parler du crédit.

C’est pourtant de l’état le plus riche des Etats-Unis que nous parlons. Mais alors ou est l’argent ?

 

 

Soyons clair : l’objectif ici n’est pas de bâtir une société, mais d’être représentatif des 99% de la population qui veut reprendre le pouvoir aux mains des corporations, ce 1% qui a vampirise l’économie, produit des OGM pour les mettre sur le marché sans label, détériore les sols avec des pesticides, maltraite les animaux et engraisse la population jusqu’à ce qu’elle éclate.

 

 

Le tableau de l’Amérique est peint dans l’occupation : le goût prononcé de l’homme blanc pour « l’attitude », la violence, la propriété privée et la gloutonnerie côtoyé à la sage présence des natifs américains.

Pendant la cérémonie d’un soir, orchestrée par un shaman indien, l’histoire du massacre de millions bisons resurgit.

Buffalo Soldier.

 

 

Un logiciel peut-il sauver l’économie et libérer les USA des chaînes du dollar ?

A en croire Max, PhD en finance économique à l’UCLA, la solution viendrait de là : en retirant le droit des banques à l’investissement, en supprimant la monnaie papier tout en faisant de la transaction électronique et tracée le seul moyen de paiement, en plaçant les transactions de la réserve fédérale sous l’observation d’un comptable unique dont les lignes seraient rendues publiques (cf Bank transfert day du 5 nov)

30 octobre

Le mouvement prend une orientation fortement spirituelle. Les groupes de médiation et les efforts de manifestations pacifiques se multiplient. Le portrait de Ghandi trône sur les marches de la mairie.

Indépendance et reconnaissance des natifs américains.

 

 

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6 thoughts on “Occupy L.A. : sur le terrain …”

  1. « Les représentants de Skidrow »
    Si tu parle du quartier cela s’écrit Skid Row, à ma connaissance Skidrow c’est le nom d’une team de warez :p

    Pour une fois que la vidéosurveillance joue un tant soit peu en faveur des libertés c’est bien de le noter.

    Sinon les hélicos noirs n’ont rien de nouveau ni de mystérieux là bas on les voit souvent tourner.

  2. Chouette reportage, merci.
    « [le système] n’aura duré que 20 ans » : vraiment ?! En 1880, y’avait pas autant de finances certes, mais les militants d’époque critiquaient le système avec les mêmes mots que maintenant ! (pensée à la bio d’Emma Goldman^^)

    Et mmmh … j’ai l’impression qu’on dit que ce sont « les 99% » qui doivent gagner contre les méchants 1% pour changer le monde. Ce serait très hypocrite bien sûr. Là, pensée entre autres à Alain Accardo et « le petit bourgeois gentihomme »
    http://atheles.org/agone/contrefeux/lepetitbourgeoisgentilhomme/

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