L’opinion politique, ce truc fluctuant plus vraiment sous influence ?

L’année 2016 nous a enseigné quelques petites choses assez intéressantes. L’une d’entre elles, et pas des moindres, quand on y réfléchit bien, est la suivante : les opinions publique politiques sont en pleine mutation. Malgré l’immobilisme le plus parfait de la classe politique mondiale — ainsi que des caisses de résonances médiatiques diverses et variées qui tentent de décrire la réalité sous différents jours, fonction des intérêts des uns et des autres — les opinions publiques, donc, mutent. Oui, elles mutent. Mais qu’est-ce à dire ?

Une volonté (un peu trop) affichée de marché commun

Dans opinion, il y a « inion ». Mais il y a aussi « op ». C’est drôle non ? Oubliez ça, et passez à la suite. Jusque là, une opinion, ça se travaillait, au quotidien, sans trop de problèmes. Il suffisait d’ouvrir les journaux TV sur les mêmes sujets avec des angles différents mais qui arrivaient aux mêmes conclusions, pour que la masse informe des sous-citoyens abrutis par leurs programmes audiovisuels ait l’impression de s’être fait une idée sur les « grands sujets » d’actualité » qui comptent.

Même si cette masse allait (un peu) sur Internet, et qu’elle y trouvait des informations complémentaires, c’était quand même plutôt raccord avec la TV. Lire Le Monde ou Libé n’est pas vraiment un acte de résistance face au 20h de Pujadas, sur les grands sujets comme les petits. Parce qu’au fond, toute cette actualité a une base commune, celle de décrire le monde par le plus petit dénominateur commun, celui du pouvoir économique et politique européen qui n’a qu’une seule volonté : maintenir et renforcer le fonctionnement actuel des institutions et des règles qui régissent cet espace des 27 ou 28 : celui du marché unique.

Dénoncer cette influence, consciente ou non, de la presse officielle et de la classe politique n’a aucun intérêt en soi. La chose est connue. Ce constat est simplement là pour permettre une meilleure compréhension de la progression du rienafout’ et des profonds changements survenus dans l’opinion. Justement.

Le pusrienafout’ progresse

Cette volonté des pouvoirs politiques — soutenus par le pouvoir médiatique — a commencé à se voir un peu trop fort il y a déjà presque une décennie. Mais la majorité de « l’opinion » ne pouvait rien en faire. Sachant que de nombreux « européistes » de partis gouvernementaux, inquiets de leur image à ce sujet, promettaient de « corriger » l’Europe, la « mettre au service des peuples ». Toutes ces grandes déclarations établissant que ce n’était pas l’Europe le problème, mais en réalité le « manque d’Europe », sociale,  fiscale, enfin bref : rêvez braves gens, on va vous faire une Europe tellement chouette que vous vous endormirez le soir un sourire aux lèvres et rêverez de Bruxelles et Strasbourg comme un Kevin rêve de Disneyland. Ok. Génial. Et ?

Et pépère a gagné la présidentielle de 2012 sans même comprendre comment c’était possible. Avec un programme et des déclarations d’intentions écrites par des conseillers en comm’ qui avaient bien flairé l’air du temps, niveau agacement sur l’Europe. La finance aussi, qui était l’ennemi, tout comme le traité d’austérité perpétuelle (TSCG), tous ces trucs qui seraient mis au pas s’il était élu. Corrigés en quelque sorte.

C’est, en France, ce moment là qui scelle le début du grand chaos de l’opinion publique. Pas directement en 2012, puisque pépère n’a pas encore eu le temps d’envoyer se faire fout’ l’opinion (dont ses quelques 18 millions d’électeurs), mais en 2016. Après 4 ans d’exercice du pouvoir fait de : renoncements répétés, mauvaise foi,  mensonges, promesses bidons et foutages de gueule uniques dans l’histoire de la République, cinquième du nom. L’opinion, à ce moment là, commence à ne plus vraiment fonctionner comme auparavant. Les ficelles sont trop visibles. Le prestidigitateur est mauvais, le spectacle pathétique. Ils sortent les tomates, sifflent, et se mettent à plébisciter un autre artiste pour monter sur scène : la blonde néo-fasciste déguisée en amie des classes moyenne prolétarisées et grande pourfendeuse de l’Europe et de la finance mondialisée.

L’opinion, un truc d’enfants gâtés ?

Ce qui caractérise l’année 2016 — et pourrait tout balayer en 2017 — est cette faculté tout à fait nouvelle des opinions, à se déplacer, là où on aucun analyste et autre expert ne les attend. Malgré le martèlement politique boosté par les rassurements et l’influence médiatique du prêt-à-penser, il y a fort à parier que les opinions publiques aillent donc là où elles veulent aller.

Hein, coquinou, toi aussi tu es au courant d’un peu tout, et on ne te la fait pas, hein ? Je te kiffe, tu sais…

Dans le pusrienafout’. Parce que plus personne n’y croit. Parce que tout le monde (ou presque) sait bien que la France est un pays très riche et pourtant sans aucun avenir autre que celui d’être un grand supermarché cerné de cités dortoirs et de bureaux sans âmes. Une sorte de désert post-moderne habité par des vieillards apeurés pousseurs de caddies observant une [presque] minorité de jeunes connectées qui n’ont pas d’autres envies que celles vendues par les géants du Cloud, et des entre-deux-âges dépressifs craignant en permanence de se paupériser.

L’opinion est prête à tout, parce que tout la fait chier. Les clowns dogmatiques de la politique spectacle n’emballent plus qu’une part congrue d’imbéciles privilégiés, qui se mettent « en marche » entre deux sessions de cours à Sciences-Po, ou des vieux bourgeois réactionnaires qui payent l’ISF et sont prêts à aller voter pour un pilote de course amateur vieille France vivant dans un château et qui voudrait bien détruire les acquis du CNR. La majorité est saturée par le bullshit ambiant.

Mais qu’est-ce donc alors qu’une opinion publique faite de pusrienafout’ ? Ahaha ! L’analyste politique des chaînes de radio ou de télévision, les vieux éditorialistes de la presse écrite ne savent pas traiter cette option. Ils n’arrivent pas à situer la chose. Ca leur échappe, eux qui mettent dans des petites cases les opinions politiques de leurs concitoyens depuis tant d’années, avec des sondages d’opinion — justement — venant les conforter dans leurs savantes analyses. Que faire de gens qui n’en ont plus rienafout’ ? Compliqué, non ? Surtout quand on ne fréquente que les dîners parisiens…

Durcissons notre mollesse

La seule chose que les conseillers en comm’ ont trouvé, est une figure rhétorique appliquée à la politique-spectacle : le durcissement. Du discours, hein, pas d’autre chose. Les masses sont furieuses d’avoir du Flanby à l’Elysée, elles votent pour la blonde de l’extrémité bien dure de la droite de la droite extrême ? Faisons pareil qu’elle, les gars : allons-y à fond, trouvons des propositions et des postures « bien dures » qui démontrent à la populace, que nous aussi « on n’est pas des mous ». Chez les socialos-libéraux-démocratico-jumenfoutises de marché ça donne des affirmations péremptoires, du genre : « Je supprimerai le 49.3 ! ». Ou bien : « Je réduirai le déficit à1,5% ! ». « Je créerai un revenu universel à 3,50€ pour tous ! ». Wahooooouuuu : on ne rigole plus, là, c’est vraiment du dur…

Quant au reste du « spectre politique » (formulation plutôt adaptée à l’époque, vu l’aspect fantomatique de la classe en question) il agite ses petits bras en revendiquant sa capacité à vraiment « changer la donne » : à droite, c’est du libéralisme à la Reagan-Thatcher, so XXème siècle, et à la gauche de la gauche, on propose de l’expérimentation démocratique à la Chavez : demander aux vieux croûtons pousseurs de caddies d’aller participer à des constituantes. C’est beau sur le papier, mais ça laisse un peu tout le monde dubitatif quant à la capacité d’amener des électeurs du rienafout’ à aller pousser un bulletin pour un truc auquel ils ne croient pas un instant. Mais allons savoir, les jeunes connectés du Cloud pourraient s’y intéresser ? Le leader maximo ex-sénateur socialo est un youtoubeur émérite…

Du pouvoir de l’ignorance

Discuter avec une caissière de supermarché, un vendeur de rayon d’électroménager, un petit agriculteur, une infirmière, un artisan ou un gérant de TPE a un intérêt certain pour l’analyste politique. C’est une sorte de thermomètre sur la température de l’opinion, celles des électeurs et observateurs quotidiens de la vie politique française. Cet exercice est souvent stupéfiant par plusieurs aspects. Le premier est que l’électeur de la « France moyenne » (oui, cette terminologie est absurde, mais bon) s’intéresse beaucoup à la politique de son pays, tout en étant très mécontent de la dite politique. Un peu comme un ado à qui on offre un jeu vidéo qu’il attend avec impatience, et qu’après 10 minutes d’essai il trouve « trop nul ». Imaginez que tous les jeux vidéos qui sortiraient seraient « trop nuls » pour la majorité des ados, et vous aurez une idée de l’état d’esprit de la France-qui-se-fait-profondément-chier-et-ne-finit-pas-bien-les-fins-de-mois. Le discours récurent est celui du « tous pourri », c’est un fait, mais au delà, une profonde ignorance de l’histoire politique et des différents courants de pensées, idéologies censées constituer l’offre dans cette matière. Bien qu’il faille avouer qu’ils ne sont plus franchement revendiqués par grand monde.

Pour résumer, il y a « les socialos, ces gros traîtres qui bouffent du caviar en jouant aux gentils amis du peuple qui bosse, et qui en fait sont des grands bourgeois qui font tout pour les gros patrons. » Il y a aussi « la droite ». Et le FN. Et « les gauchos ». La droite, souvent, la France moyenne les aime pas spécialement, mais « au moins, ils sont sérieux, eux ». Et puis « ils veulent remettre les choses en place, quand même ».

On a toujours l’impression qu’avec la droite, les gens pensent que leur ado fera moins de conneries et sera remis plus facilement dans le droit chemin. Mais comme il y a eu Sarko, et que c’est mal passé, et puis l’Europe, qui passe aussi vraiment très mal, et que la droite continue de la défendre quand même, les gens sont emmerdés. Bon, les écolos, « c’est des bobos », et les gauchos, « tout ce qu’ils rêvent c’est de rien faire d’autre que de nous piquer notre pognon qu’on a durement gagné pour le filer à des immigrés ».  Alors ils disent que, ils savent pas, mais que quand même, on pourrait  « essayer », parce qu’après tout, au moins « avec elle », on sait que « les choses, elles seront faites ». « Et puis ça les fera chier, les autres, elle va les écraser, et au moins on aura une revanche, après toutes ces années où ils nous ont menti et où ils ont profité de leurs situations ». Mais il y a aussi tous ceux qui disent : « ah, bah cette fois, ça sera la première fois, mais là, j’irai pas voter, j’en peux plus. »

Toutes ces réflexions de la France des rayons de supermarché, établies sur une fine analyse du journal de 20h et de posts Facebook  pointant vers des publications patriotiques ou de dénonciation du « système » (souvent les deux), créent… l’opinion. Un truc fluctuent, plus ou moins sous influence, et de moins en moins contrôlable, qui va peut-être confirmer, en 2017, que décidément, le XXIème siècle a débuté en réalité, en 2016. Une sorte d’an 0.

2017 : l’an 1 de la nouvelle ère du pusrienafout’ ?

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8 thoughts on “L’opinion politique, ce truc fluctuant plus vraiment sous influence ?”

  1. Ce qui est terriblement dégoûtant dans cet article c’est sa propension à cracher sur l’électeur, qui après lecture de la chose, est idiot, simpliste, binaire. En lieu et place on eu préféré voir cet espace de communication libre et souverain se pencher à faire connaître des alternatives politiques crédible plutôt qu’à enchâsser l’idée qu’il n’y à que la droite et la gauche, avec leurs variantes extrémistes.
    On eu préféré que le/les auteurs s’interrogent sur les voies de l’éducation politique de ces concitoyens, qui apparemment ne sont plus, puisque selon lui/eux, ils sont vraisemblablement stupide.

    bon bref, de toute les manières, osef, c’est du bruit dans le bruit, ca sert à rien, c’est de mauvais goût, c’est de la chianlie.

  2. Super article, bien vu et pour prolonger un peu:
    Le plus cocasse dans cette histoire est que si l’on analyse le vote de 2005 en faveur du non Français a l’Europe, il est dit: «Selon ce même sondage IPSOS, les classes les plus aisées et diplômées de la population ont le plus souvent accordé leurs suffrages au vote « oui », alors que le vote « non » est plutôt l’apanage des classes moyennes et populaires avec un niveau d’études moindre. Par ailleurs, le résultat est essentiellement une victoire du « non » de gauche : les deux tiers du « non » correspondent à la gauche, et un tiers du « non » est de droite.
    Selon un sondage organisé par le Figaro en mai 2015, si la question du référendum de 2005 était reposée, les Français voteraient « non » pour 62 % d’entre eux, « soit sept points de plus qu’en 2005 ». Les classes moyennes seraient elles aussi de plus en plus nombreuses à voter non.»
    Après il y a eu le viol de ce vote en 2008
    On peut en tirer la conclusion que les «intellos» de droite aiment se faire entuber et en redemande, a contrario «les moins instruits» n’apprécie pas du tout et commence a en avoir ras le bol. Comme quoi, encore une fois,l’instruction et l’intelligence ne sont pas la même chose.
    Moralité les conneries ne viennent pas forcement d’ou l’on veut nous faire croire.
    Le discours politique ambiant est encore et encore de la manipulation pour faire l’opinion de tous. Ne reste plus qu’a espérer le réveil en sursaut des moutons instruits et dociles habitués a gober tout ce que l’on leur dit.

    1. Postuler que toutes les classes sociales font jeu égale dans la construction de l’UE est une hypothèse fragile. Les gros patrimoines, les formations pointues, les personnes mobiles et polyglottes, les cadres sup, les entrepreneurs, les rentiers et plus globalement ceux faisant un usage extensif des produits financiers tirent certainement un avantage de l’intégration européenne.

      Pour ne prendre que l’exemple de l’euro, il a longtemps (et le reste encore dans les plus grosses nations) constitué un garant de stabilité financière pour les retraités et gros épargnants. Et si l’on adopte une vision un peu plus macro, il est probable que la France ne pourrait pas s’endetter à 2% sur 50 ans pour maintenir « son modèle », tandis que le Portugal, l’Espagne et l’Italie auraient déjà bu la tasse.

      Au-delà des intérêts individuels bien compris, j’imagine qu’en 2005 il y avait encore l’espoir que l’UE se dote d’une cohérence politique et économique pour faire block face aux autres grandes nations. Force est de constater que les politiques qui se sont succédé(e)s ne sont pas à la hauteur de l’enjeu.

      1. L’erreur est le postulat du block.
        Non, le fait de faire de la politique en groupe n’est en rien une force surtout lorsque les décisions pour le groupe ne sont pas démocratiques mais dictatoriales, ou que le blocage suprême subsiste si un seul du groupe n’est pas d’accord. Encore plus si chacun dans le groupe a des intérêts divergents. La résultante est l’impossibilité de mener aucune politique sauf celle des dictateurs aux ordres. Il en résulte une faiblesse encore plus grande pour chacun du groupe qui profite a ceux qui ont voulu cette Europe.
        Union fait la force que lorsque que tous tirent dans le même sens et de la même façon, sinon c’est la chute.
        Donc clairement tout ceux qui promettent ou souhaitent une autre Europe, premièrement conviennent que celle -ci ne va pas bien,et deuxièmement se bercent d’illusions car pour faire une autre Europe, il faut que la majorité de ses membres le veulent aussi.Mission impossible en quelque sorte.
        L’intelligence par exemple serait de prendre peu d’instruction disponible, pour comprendre ce qu’est l’Europe, sur le site de l’UPR.

        1. @tomy13
          « Union fait la force que lorsque que tous tirent dans le même sens et de la même façon » il est impossible d avoir un groupe où tout le monde veut aller dans le meme sens. C est deja impossible en France (par ex vous avez des francais qui veulent payer moins d impots et reduire la taille de l etat (fillon) mais d autres veulent au contraire mettre l etat partout (Melanchon))
          « si nous pensons tous pareil c est que nous ne pensons plus rien » (c est pas de moi mais de Bayrou quand il est allé mettre le bordel a la creation de l UMP)

          L important c est d etre pret a faire des compromis (ce qui n a rien a voir avec la synthese pratiquee par notre president au PS puis a l elysee: la synthese c est prendre un petit bout de ce que veut chacun et melanger pour obtenir un gloubi boulga incoherent (surtout quand il s agit de pure posture ideologiques). le compromis c est reconnaitre qu on ne peut pas tout et accepter certains points en echange du soutien d autres. Par ex le compromis PCF/gaullistes a la fin de la guerre (le PCF reconnait le gouvernement et l autorite de De Gaulle mais en echange de certaines avancees sociales)

          Pour en revenir a l UE, on a vendu aux electeurs l UE comme une « super france » qui ferait ce qu on a plus les moyens de faire. Pas de bol, les autres pays n ont aucune envie d avoir une organisation centralisee a la francaise (on est quand meme un des rare pays ou le president et Paris decide de quasiment tout), de guerroyer en afrique ou de financer des systemes deficitaires et peu efficaces

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