L’Internet civilisé français sentira moins mauvais que celui de ses voisins

Il est toujours paradoxal de surprendre les tenants d’un ultra-libéralisme dérégulateur en diable appeler à plus de règles, plus d’encadrement par l’Etat.

C’est ce qui se passe depuis un bon moment avec Internet.

Il faudrait qu’il soit « civilisé »:

Grâce à notre Président de la République Nicolas Sarkozy, la France est la pionnière mondiale de l’internet civilisé.

Il faudrait qu’il soit « Régulé » :

Réguler internet pour en corriger les excès et les dérives qui naissent de l’absence totale de règles, c’est un impératif moral !

Cette dernière déclaration ayant été faite lors de sa visite au Vatican. Voilà une drôle de position qui éclaire d’un jour particulier l’information selon laquelle l’Opus Dei serait à la manoeuvre pour filtrer les contenus circulant sur Internet en Europe…

Si l’on en croit Le Monde.fr, Nicolas Sarkozy aurait même décidé de faire de la régulation de ce réseau l’une des problématiques du G8.

Tenez-vous bien :

« Comment répond-on à la problématique du terrorisme, de la pédophilie, de sujets comme le droit à l’oubli ? », seront les points sur lesquels un panel de spécialistes d’Internet auront à répondre en vue d’un rapport, qui sera présenté lors du sommet des plus grandes puissances industrielles.

Explique Le Monde.fr.

Ce genre d’affirmation serait risible si le terrorisme ne s’était pas rappelé à notre bon souvenir de manière très réelle au Niger, et non pas sous une forme « virtuelle » sur Internet. La cyber-guerre et le cyber-terrorisme font des cyber-morts. La guerre et le terrorisme font de vrais morts. Les politiques feraient probablement bien de travailler un peu plus à éradiquer les guerres et le terrorismes, plutôt que de dépenses des fonds conséquents pour tenter d’éviter de putatifs cyber-morts.

Depuis sa naissance, ce réseau s’auto-régule, ce qui n’est paradoxalement pas le cas des entités économiques. Prenons un exemple simple : il existe de nombreux sites véhiculant des contenus antisémites, faisant l’apologie du nazisme. C’est regrettable. Mais tels le yin et le yang, il existe aussi une foule de site rétablissant la vérité dans ces domaines. L’un des sites les plus emblématiques est le Nizkor Project (voir également Wikipedia).

La pédophilie n’a pour sa part pas attendu Internet pour exister, les récents scandales au sein de l’église catholique le démontrant clairement. Qu’Internet soit un outil d’échange de fichiers pédophiles, c’est tout à fait certain. En revanche, que le Web le soit, est un peu moins certain. Or dans l’esprit de Nicolas Sarkozy, Internet, c’est le Web. En outre, les viols d’enfants ne se pratiquent pas dans ce réseau, mais dans le monde réel. Poser un mouchoir sur un problème en faisant la promotion de DNS menteurs ou du DPI ne sauvera pas les victimes. Un peu plus d’argent pour le monde judiciaire, si.

Pour ce qui est du droit à l’oubli sur le Net, il existe. Les décisions judiciaires sont là pour cela. Elles s’appliquent aux sites se mettant hors la loi. En revanche l’idée d’un droit à l’oubli sur Internet que nous vantent régulièrement les politiques aurait un effet très intéressant : faire disparaitre du Web, à la demande et si besoin, toutes les bourdes filmées ou enregistrées des… politiques.

Finalement, il n’est pas certain que l’Internet « civilisé » et « régulé » de Nicolas Sarkozy  sente meilleur que celui de ses voisin.

Twitter Facebook Google Plus email

Auteur: Antoine Champagne - kitetoa

Dinosaure du Net, journaliste à ses heures. A commis deux trois trucs (Kitetoa.com, Aporismes.com et Reflets.info).

3 thoughts on “L’Internet civilisé français sentira moins mauvais que celui de ses voisins”

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *