Les machines se font la guerre sur les marchés financiers

Pour gagner des microsecondes sur leurs concurrents, les investisseurs manipuleraient les cours.

Nanex, une petite société américaine de diffusion de flux de données boursières a  jeté un pavé dans la mare il y a quelques mois. Elle aurait trouvé l’explication de la chute brutale (7% en quelques minutes) de Wall Street le 6 mai dernier. Pour elle le High Frequency Trading est bien responsable de ce qu’il est désormais convenu d’appeler le « flash crash ». Mieux, les acteurs du HFT se livreraient à une sale guerre, tentant de s’enfumer à coup de d’informations pourries générées uniquement dans le but de se gêner les uns, les autres.

En compilant ses propres données et en les analysant, elle a fait ressortir quelques incongruités pour le moins dérangeantes. Celles-ci confortent l’idée que quelques docteurs Mabuse sont en train de jouer avec le feu sur les marchés financiers.

Pour Nanex, le 6 mai, certaines places ont fourni jusqu’à 5000 cours pour un titre en une seule seconde. Sans aucune raison évidente. Du coup, Nanex s’interroge : il est fort possible, selon elle, qu’un acteur du HFT passe des milliers d’ordres d’achat ou de vente (qu’ils peut annuler en quelques microsecondes. Selon cet article de NextFinance, 99% des ordres via HFT sont annulés) pour inonder ses concurrent de données à faire traiter par les algorithmes. Etant à l’origine de ce flux, les siens n’ont pas à le traiter. Bilan ? L’acteur en question pourra gagner quelques microsecondes par rapport à ses concurrents qu’il aura ralentis.

Edit : j’ajoute cette vidéo signalée en commentaires par Reseaux Imaginaires :

 

 

Si les conclusions de Nanex devaient se vérifier, un véritable effondrement global des marchés est à prévoir dans un avenir plus ou moins proche. Et les grandes déclarations volontaristes des politiques, d’Obama à Sarkozy, en passant par les responsables réunis au sein du G20 n’y changeront strictement rien.

Détail amusant, la SEC a expliqué dans son rapport préliminaire que les autorités de marchés n’avaient pas les moyens de contrôler dans le détail les données liées aux cours et aux transactions. Trop de volume, trop de marchés interconnectés, trop de formats. Interrogé, le NYSE s’est d’ailleurs révélé incapable de fournir les données relatives à l’activité de Goldman Sachs le 6 mai : « ce ne sont pas des informations que l’on peut diffuser ». Peut, ou veut ?

Pourtant, Nanex semble avoir fait ce travail en quelques jours. A moins que cette entreprise raconte des histoires pour se faire de la publicité à peu de frais, il est permis de s’interroger sur les efforts de la SEC.

Si Nanex n’a effectivement pas accès à toutes les données existantes, l’examen de celles dont elle dispose lui a permis de tirer quelques conclusions pour le moins alarmantes et de donner quelques pistes de réflexion pour améliorer la situation. « Si nos recommandations étaient suivies, cela serait positif pour tout le monde, y compris pour nous, qui devons traiter toutes ces données erronées ». La SEC n’a pas réagi à la publication de Nanex. Etonnant non.

Pour nous, gens du réseau, ce que font les acteurs du HFT a un nom. C’est un DoS. Imaginez un DoS entre des machines qui sont situées en collocation au coeur des réseaux des marchés financiers. Ca vous parle ? Moi, ça me parle.

Dans notre monde, celui du réseau, les politiques pourchassent des gamins qui appuient sur le bouton d’un LOIC et les trainent devant un tribunal.

Dans le monde feutré de la finance, il ne se passe rien.

Ah, si, il se passe quelque chose. Le monde réel est siphonné par des gens qui, dans une tour de verre, créent des algorithmes fous qui se dossent entre eux.

Du coup, il y a 99% de la population qui descend dans la rue (et encore… principalement dans la partie riche du monde…). Une autre forme de DoS. Et quand ils décident de dosser Citibank… Ils finissent en garde à vue. A chacun son monde… A chacun ses règles.

 

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Auteur: Antoine Champagne - kitetoa

Dinosaure du Net, journaliste à ses heures. A commis deux trois trucs (Kitetoa.com, Aporismes.com et Reflets.info).

17 thoughts on “Les machines se font la guerre sur les marchés financiers”

    1. Omg la présentation. En fait, Skynet existe mais pas sous la forme de machine qui vont détruire le monde à coup de bombe A, mais de simple algorithme qui vont ruiné notre économie.

      Pas mal comme principe ^^

  1. Si cela se révélait exact, cela prouve surtout que les marchés ne tiennent QUE par le (grâce au ?) HFT.
    En gros, les marchés sont morts, asséchés, et sont artificiellement maintenus « en vie » par le HFT et le volume d’opérations effectuées.

    Que celui-ci s’arrête et les marchés s’effrondreront instantanément. Et les conséquences seront tout sauf virtuelles…

  2. J’attends toujours que quelqu’un implémente deux « détails » dans les négociations d’actions :
    – interdire la revente d’une action moins de trois mois après son achat (moi je suis un modéré mais l’anarcho-trotskyste Warren Buffet veut 6 mois)
    – établir un pas de temps pour le traitement des transactions. Randomisation de l’ordre de traitement et execution des transaction une fois toutes les minutes/heures/jours.

    Ces deux détails permettraient de réduire significativement la spéculation et les effets pernicieux des bourses.

    1. Quand on se rappelle que le marché boursier sert à amener des capitaux à des entreprises pour prospérer sur le moyen et long terme, le délai de six mois est un minimum…

      Ce serait un pas de géant, si inaccessible aujourd’hui et pourtant tellement évident.

      « J’investis une nanoseconde dans cette entreprise qui fabrique je ne sais pas du tout quoi parce que son plan de licenciement va être accueilli sur le marché par des applaudissements dans les instants à venir »… pitoyable et meurtrier

    2. C’est bien de vouloir chercher à légitimer et sauver notre système spéculatif en proposant des artifices
      « qui permettraient de réduire significativement la spéculation et les effets pernicieux des bourses »
      tout en tentant de nous enfumer dans la plus gigantesque esbroufe jamais osée : « moraliser le capitalisme ».

      Toutes ces mesures ne peuvent qu’être dévoyées et visent toujours à nous endormir pour accompagner l’habituelle stratégie du « deux pas en avant, un pas en arrière » (quoi qu’aujourd’hui on puisse démultiplier de manière exponentielle la stratégie des deux pas en avant de la formule).

      Un seul exemple :
      Si la taxe Tobin est mise en place (et c’est un des subterfuges qui sera probablement appliqué), des circuits de flux complexes accompagnés d’algorithmes fumeux seront immédiatement installés pour aboutir à des machins du genre :
      La Commission invente la taxe Tobin au service des marchés
      http://www.humanite.fr/07_07_2011-la-commission-invente-la-taxe-tobin-au-service-des-march%C3%A9s-475985

      Voir ce que Frédéric Lordon et quelques rares économistes pensent du sujet (qui ne sont bien évidemment jamais sélectionnés pour participer aux débats pipés à destination des perfusés télévisuels représentant la plus grosse masse d’électeurs) et lire ce billet sur le fonctionnement de ce qui n’est rien de plus qu’un délit d’initié numérique totalement légal
      (je suis heureux qu’un commentaire évoque un des autres délits d’initiés dont on ne parle jamais, réservé aux puissances numériques, et qui concerne la spéculation via satellites de l’état des récoltes de la planète)

      High Frequency Trading : Il va tuer la bourse comme le spam tue les emails
      http://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/high-frequency-trading-il-va-tuer-100958

  3. bah c’est bien les gars, félicitations ! Je ne pensais pas que vous iriez si vite.
    Par contre vous venez d’ouvrir la boîte de Pandore, il va falloir vous protéger.
    Bon courage à tous.

  4. juste un detail quand meme:
    Si les politiques mettent en place un systeme tel au point que « les banques » en profitent, la faute incombe pour moi au politique de ne pas faire ce qu’il devrait faire et simplement interdire le HFT dont je doute de la pertinence du point de vu economique.
    Idem pour le carry trade.

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