Le sénateur Masson est dur de la feuille

70042-al-bundy-meilleur-acteur-du-mondeVous souvenez vous du sénateur Masson ? Oui, celui qui s’indignait à propos du pseudo anonymat sur Internet… le pseudonymat. Et bien voilà qu’il nous fait une rechute ! Il faut dire que le sénateur Masson est un véritable ovni du numérique. Jean-Louis Masson en connait un rayon sur l’anonymat, il a d’ailleurs été lui même condamné à un an d’inégibilité pour une sombre histoire de tracts diffamatoires anonymes. Une condamnation qui fait d’ailleurs assez tâche quand on sait que pour entrer dans la fonction publique, il faut un casier vierge. Si votre casier est trop remplis, tentez plutôt de faire de la politique, être prof ou policier, c’est rapé, mais sénateur, ça, vous pouvez, ministre aussi d’ailleurs.

L’anonymat, c’est son dada à Jean-Louis Masson, d’ailleurs ça fait 3 ans qu’il nous tanne avec des mots qu’il ne comprend pas. C’est donc très sérieusement que le sénateur de la Moselle interpelle Fleur Pellerin pour nous radoter ses inepties, ça ressemble à ceci :

Question écrite n° 04453 de M. Jean Louis Masson (Moselle – NI) publiée dans le JO Sénat du 07/02/2013 – page 400

M. Jean Louis Masson demande à Mme la ministre déléguée auprès du ministre du redressement productif, chargée des petites et moyennes entreprises, de l’innovation et de l’économie numérique, si une personne ouvrant et animant un blog est tenue, comment en matière de presse écrite pour le directeur de la publication, d’indiquer son identité et si le refus d’y satisfaire est sanctionné.

Jean-Louis tu deviens un peu lourd là. Non, un blogueur n’est pas tenu d’afficher son nom et son numéro de téléphone sur son blog, et non il n’y a pas de sanction prévue ailleurs que dans tes stupides fantasmes attendu qu’il ne s’agit pas d’une infraction et encore moins d’un délit. Un blogueur doit fournir son identité à son hébergeur et à son registar, pas à toute la planète. Ça ne te plait pas mais c’est comme ça et c’est pas uniquement pour t’embêter, il y a de très bonnes raisons à cela.

Il va donc falloir, une fois de plus expliquer à monsieur le sénateur que sa question n’a ni queue ni tête, attendu qu’il confond allègrement anonymat et pseudonymat et qu’il n’a visiblement toujours pas lu la loi de Juin 2004 sur la confiance dans l’économie numérique. Car n’est pas anonyme qui veut. L’anonymat ça passe par une protection intégrale de son contexte, dissimuler son identité sur Internet n’est pas à la portée de n’importe qui… du moins, vu la marmelade de cette question, on s’imagine bien que l’anonymat sur Internet n’est certainement pas à la portée de monsieur Masson.

Prenons un cas de la vie réelle : un blogueur utilise un pseudonyme, appelons le Bluetouff, ce blogueur a déposé un nom de domaine pour que son blog soit accessible autrement que par une URL Tor. La base whois contient normalement l’identité du déposant, ou ces données sont masquées mais peuvent aisément être obtenues sur simple requête au registar (la société qui a vendu le nom de domaine, une donnée accessible dans le whois). Le nom de domaine a été acheté via un paiement par carte bancaire, notre registar a donc normalement une bonne piste pour pouvoir identifier ce couard de blogueur qui se cache derrière le pseudo de Bluetouff. Mais ce n’est pas tout. Ce blogueur loue un serveur dédié, son hébergeur est donc lui aussi en mesure de l’identifier. Mieux encore, ce même hébergeur est en mesure de fournir les adresses IP qui accèdent à l’administration du blog pour le mettre à jour. Et comme on suppose que notre mystérieux Bluetouff paye un abonnement à Internet, il est particulièrement aisé de demander à son fournisseurs d’accès confirmation de son identité.

Certes, une personne un peu aguerrie saura protéger correctement son identité, mais l’anonymat sur Internet est très relatif. Très rares sont les blogueurs que l’on arrive pas à identifier. Si un délit est constitué, la loi, en l’occurrence la LCEN (Loi pour la confiance dans l’économie numérique) dispose déjà de tout un arsenal parfaitement suffisant à l’identification d’un blogueur, tenu de communiquer son identité à son hébergeur. Un blogueur souhaitant être anonyme devra donc se trouver un hébergeur off-shore et c’est pas le genre de blogueur que la proposition du sénateur Masson va effrayer, il n’ira certainement pas mettre une copie de sa pièce d’identité sur son blog.

En outre le pseudonymat sur Internet est un pilier de l’exercice d’une liberté fondamentale, la liberté d’expression et de communication.Pas de pseudonymat = autocensure dans certains cas. Maître Eolas l’avait d’ailleurs très bien expliqué que les délires de Jean-Louis Masson pourraient signifier la fin de son blog, sa profession ne l’autorisant pas à bloguer sous son propre nom. Mais Maître Eolas explique surtout que si un délit est constaté en ligne et que ce dernier relève du pénal (injure, diffamation, incitation à la haine raciale etc…), une plainte avec constitution de partie civile auprès du juge d’instruction suffira à déclencher les procédures nécessaires à l’identification du blogueur, et plus si affinités.

Ben oui Jean-Louis, elle est vraiment conne ta question, on te l’avait déjà dit. Allez Jean-Louis, faut arrêter maintenant, il y a des gens qui travaillent ici.

Ce billet a été rédigé par un mystérieux anonyme… FEAR.

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4 thoughts on “Le sénateur Masson est dur de la feuille”

  1. Je ne suis on ne peut plus d’accord mais pour comprendre un minimum ce que tu explique, le pseudo-senateur devrait y investir un peu de temps et de travail. Mais ca c’est beaucoup moins facile que de lacher des questions idiotes :)

    Par ailleurs on peut écrire au sénateur de son departement?

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