Démocratie connectée : politique truquée pour moutons numériques [ils ont tué Filoche]

Observer la gouvernance politique et le fonctionnement démocratique français en cette fin d’année 2017 est une véritable épreuve. Pour le moral et la confiance en des temps meilleurs. Il y a comme un goût aigre et amer à la fois, lorsque l’on tente d’absorber la potion qu’est la grande foire d’empoigne — plus ou moins orchestrée — qui se joue entre des acteurs de peu de talent sur la scène démocratique du pays des Droits de l’Homme (ou droits humains si l’on est inclusif, c’est d’époque). Une véritable comédie affligeante est en cours de constitution et personne ne semble s’en rendre compte. Une comédie éminemment politique et qui passe beaucoup par les réseaux, avec de nombreuses répercussions sur la marche du pays, dans sa composante collective. Comment est-ce possible ?

Sur les réseaux tu hurleras avec la meute

Le premier constat important concerne l’organisation politique et il marque un tournant important dans l’équilibre des pouvoirs, dans la faculté française à respirer démocratiquement. Il n’y a plus de relation directe entre l’élection présidentielle et un espace démocratique de contestation ou d’échange populaire avec « l’élu » et ses ministres. Emmanuel Macron est à l’Elysée et vend son action « politique » comme le ferait un directeur du marketing devant le conseil d’administration d’une grande entreprise. Le but n’étant pas d’offrir quelque chose de concret aux citoyens, avec les grandes lignes directrices d’une construction collective que chacun pourrait rejeter, soutenir ou amender, mais plutôt asséner des généralités, quasi scientifiques, au nom de l’efficacité. Macron est un spécialiste du « en même temps« , cette faculté à s’auto-contredire pour éviter d’avoir à assumer pleinement ses choix. Ce phénomène du « manager de la République », déconnecté de la réalité de ses employés-citoyens, mais qui vient discourir sur les bienfaits de ses choix avec la grandiloquence propres à ceux qui n’ont pas ni substance ni vision, engendre une nouvelle forme de politisation : le mouton numérique… qui se prend pour un loup.

Bien entendu, Macron et ses startupers de la politique ne sont pas les seuls responsables du phénomène en cours de la nouvelle formule politique française, qui veut que désormais, hurler sur les réseaux, est la règle. Cette formule avait commencé auparavant. Elle ne fait que se généraliser et s’installer de façon durable. Mais elle va finir par devenir un véritable problème.

Politique truquée pour moutons numériques (en plein egotrip)

Sortis de ceux qui font un travail d’analyse, de décryptage, d’actions, de traitement informatif du réel et publient leurs travaux sur les réseaux, le reste de la masse des « connectés » passe un temps infini à réagir, contester, s’indigner, ricaner, commenter, prendre parti, et le plus souvent : écraser de son mépris. Ce que l’on nomme « l’opinion publique » (qui tient plus de la vindicte aujourd’hui) est devenue une vaste arène bruyante et vulgaire de moutons numériques convaincus que leur avis a : une valeur, intéresse les autres, peut influencer des décisions de haut niveau, pourrait faire pencher la balance politique, réduirait ou augmenterait une influence, etc, etc.

Comme si cette faculté d’expression personnelle assénée sur les réseaux pesait en quoi que ce soit. A l’instar du selfie — ultime expression narcissique de soi — l’opinion et le commentaire politique numériques sont devenus de véritables « trous noirs egotiques de la pensée démocratique » qui laissent une place remarquable aux champions du marketing et de la novlangue qui mangent sur « la bête ». Le populisme est là, tout entier contenu dans ce fonctionnement devenu règle, avec tout ce qu’il a de dangereux. Des acteurs pourtant constructifs et force de proposition de longue date, « plongent » comme de vulgaires antisémites-révisionnistes, avec un tweet. Et si leur publication est affligeante (parce qu’ils ne savent plus comment faire face au management en politique ?), la curée qui s’en suit l’est encore plus.


Gérard Filoche n’a pas « vu » l’arrière plan antisémite de l’affiche soigneusement concoctée par la petite bande de néo-rouge-bruns antisémites de chez Soral. Il n’ a vu qu’une seule chose : le leader Macron les bras écartés, dans la position que les orateurs fascistes affectionnent, avec un détournement du brassard nazi qui comporte un $ au lieu de la croix gammée. Parce que Gérard Filoche est furieux de la casse sociale en cours, effectuée par la République en marche sous l’impulsion de l’ex-banquier Macron, le président des riches et de l’argent. Un ex-banquier qui a choisi le même slogan que celui d’un parti fasciste français dans les années 30 : les francistes.

Oui, coïncidence ou trouvaille inconsciente, Macron, a utilisé de nombreux « attributs » des fascistes. Que cela plaise ou non. Filoche a merdé, il est allé trop vite. Et la foule en délire de l’arène romaine moderne s’est déchaînée, pouce baissé…

Sur le réseau, tout le monde est une star, et les stars n’ont pas le droit à l’erreur au risque de se voir traînées dans la boue et vite détrônées. Par ceux et celles qui les haïssent. Ou bien qui jouissent de ce pouvoir d’être « juges en toute chose », ce pouvoir offert aux moutons-numériques-qui-se-prennent-pour-des-loups ? Ou qui pensent eux-même être une star ? « Qui n’a jamais commis de péché jette la première pierre » disait le prophète des chrétiens.

Oui, j’en suis à citer les évangiles sur Reflets, c’est dire.

Filoche mérite-t-il vraiment ça ? On ne devient pas antisémite à plus de 60 ans après son parcours. On peut — par contre — se planter, et dans l’agacement et l’emballement de l’arène (il est donc tant pour Filoche de réfléchir à son utilisation de cet outil…), tweeter une grosse affiche daubée faite par des rouges-bruns, sans le savoir. On peut être un peu con, quelques secondes. Non ? C’est encore autorisé ?  Visiblement, non. En retenant aussi que Filoche n’est pas un « politique » qui grenouille depuis 30 ou 40 ans : c’est un syndicaliste, ancien inspecteur du travail,  militant socialiste de la gauche de la gauche du parti, devenu cadre dudit parti. Mais qui s’en soucie ? En l’espace d’un tweet pourtant retiré avec des excuses, le voilà définitivement cloué sur la porte du réseau social, et au dehors, dans le monde « physique » par la même occasion.  Honni. Par la vindicte populaire numérique.

Le règne de la comm’ a de beaux jours devant lui

Le pouvoir politique, en France peut — pour la première fois depuis fort longtemps — régner en toute tranquillité, sans aucune opposition réelle à son encontre. Aujourd’hui, politiquement, « tout passe », même le plus gros, le plus anti-démocratique, le plus opposé aux traditions sociales, aux luttes populaires. En face, il n’y a qu’un troupeau-meute en ligne qui s’enferre dans ses commentaires narcissiques abscons et ne veut qu’une seule chose, au fond : continuer à se leurrer de sa propre importance, quel que soit le sujet. La communication politique, bien huilée depuis le sommet, elle, se répand dans les sphères acquises à sa cause qui financent la suite des opérations en cours.

Jupiter en son palais, sur son trône, le plus jeune monarque-manager républicain, observe de loin cette amusante plèbe connectée qui, en aucune manière, ne le gêne. Bien au contraire. Le règne de la comm’ a de beaux jours devant lui.

Longue vie au roi-manager et ses brebis numériques.

Mort à Gérard Filoche, l’ignoble twittos antisémite islamo-gauchiste

Et vive la France…

 

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Auteur: drapher

Journaliste (atypique mais encarté) web et radio — @_Reflets_ et d’autres médias. Ni « désengagé » ni objectif ou neutre, mais attaché à décrire et analyser la réalité, même la plus déplaisante. On the net since 1994. Gopher is power ;-)

4 thoughts on “Démocratie connectée : politique truquée pour moutons numériques [ils ont tué Filoche]”

  1. Mais pourquoi une telle indulgence envers Gérard Filoche ?
    En quoi son tweet à la con le distinguerait de la masse de moutons numériques égotiques que vous dénoncez, tout syndicaliste et militant socialiste qu’il a été ? Parce que niveau populisme, marketing politique et novlangue, même en ayant loupé le drapeau israélien en fond de l’affiche, là on peut quand même viser les championnats internationaux.
    Il a joué, il a merdé, il a perdu.
    Vous ne vous privez pas vous-même ici et ailleurs de balancer des scud à la première fenêtre de tir qui s’ouvre alors pourquoi accorder le droit d’être con à Gérard Filoche et pas au reste de l’humanité ?

    1. « Il a joué, il a merdé, il a perdu. » -> Très belle démonstration de ce qui est expliqué dans l’article. Bonne arène numérique à vous.

      Et surtout n’hésitez pas à venir nous faire remonter toutes les œuvres concrètes, les combats collectifs que vous avez effectués depuis des années dans la société française.

      1. Arf… au concours du quicékalaplugrosseetquipeutouvrirsagueule en me laissant quelques décennies de rab se sera toujours sans doute bien court comparé à Filoche ou vous-même … j’essaye quand même de faire ma part, à mon petit niveau. Dans un combat collectif je ne me vois pas créer un compte Twitter à mon nom pour y balancer les premières conneries qui me passent par le crâne le soir entre deux tripotages de nouille et foutre ainsi en l’air les efforts de collègues moins visibles mais tout aussi honorables et méritants. D’abord parce que contrairement à Gérard Filoche je me suis écorché les genoux dans cette arène numérique et j’en connais les règles. Ensuite parce que ça ne me fait pas plus bander que ça d’être mis sur un piédestal.

  2. Particulièrement sensible au sujet, merci pour l’article, et pour l’esprit (que j’ai perdu il y a un moment déjà). T’as raconté de belle manière ce que j’en pense.

    Pour le reste, Filoche est surtout là pour illustrer le propos. Mais puisque la gloire vous est promise dans le cas d’un hypothétique retour sous les feux de la rampe, à éclairer le peuple de votre aura, et que tout le monde est en droit de gueuler sur tout, sur quiconque, alors au diable l’avis et le sentiment des autres (faudra repasser pour le « combat collectif »). Pas certain que le fond vous ait touché, mais comme il y à de quoi râler sur la forme, allons-y joyeusement.

    Bonne soirée aux quicékalaplugrosseetquipeutouvrirsagueule

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