Bienvenue dans la Zik : Allez Marty, monte dans la Delorean !

campagne du snepDans l’industrie de la musique, les premiers à avoir eu peur d’Internet ne furent pas vraiment les maisons de disque, mais les distributeurs. Je me souviens très bien de cette année où je travaillais pour l’un d’eux et particulièrement du jour où Universal à lancé sa plateforme de téléchargement légal, c’était le site universalmusic.fr. Un bide. Un bide monumental. Mais ce bide avait terrorisé les distributeurs.

En tout cas, tout bide qu’elle fut, cette première plateforme de téléchargement avait fichu une sacrée trouille au distributeur pour lequel je travaillais, l’obligeant à repenser son métier, important en France le concept de librairie multimédia. Et cela me faisait rire, déjà à l’époque… c’était il y a bientôt 13 ans. Ce qui me faisait le plus rire, je crois que c’était d’entendre Pascal Nègre se féliciter de la mort annoncée de Napster, la RIAA (Recording Industry Association of America) était effectivement sur le point de mettre à mort Napster, qui se fit finalement racheter, puis entama une reconversion en plateforme légale… mais là encore, ce fut un véritable bide. Napster était bien mort, mais pas le peer to peer. Pascal Nègre, comme la majorité de ses confrères, ne connaissait pas encore la General Public Licence (ou GPL), qui habillait juridiquement le code source de Napster… saloperie de morveux de Shawn Fanning. Peu de gens pouvaient se douter que la déferlante du Peer to Peer ne faisait que débuter.

Puis, ce fut la déferlante des clients peer to peer, et l’âge d’or des protocoles : l’arrivée des Kazaa, iMesh, Rapigator, Napigator etc… il en sortait un moment deux ou 3 par mois. Ces clients P2P allaient peu à peu avoir raison d’Audiogalaxy , ça, c’était en 2002, et c’est surement un tournant de l’histoire de l’échange sur Internet. La RIAA qui se cherchait des angles d’attaque légaux sur des solutions centralisées allait se faire dépasser par le peer to peer.

Dans l’industrie musicale, c’est surement à ce moment là que la peur a commencé à changer de camps. Elle comprit en fait très vite qu’on allait passer d’une logique de bataille juridique contre un site web, à une logique d’attaque des utilisateurs. Et face à cette complexité, elle n’hésita pas longtemps. Aux USA; les premières condamnations « pour l’exemple », avec des amendes incroyablement élevées, allaient frapper au petit bonheur la chance de malheureux américains.

En France aussi, l’émergence de cette multitude de clients et de protocoles peer to peer engendra une peur panique, une peur irrationnelle, qui fut vite intelligemment retournée et exploitée comme une opportunité. Certains acteurs de la filière disque, Pascal Nègre en tête (déjà président de la société civile des producteurs phonographiques la SCPP) allait entammer ce même schéma de lobbying pleurnichard que nous lui connaissons aujourd’hui. Et Pascal Nègre n’ayant jamais été un imbécile, il parvint à attirer l’attention des pouvoirs publics sur ce phénomène du téléchargement qui prenait, il est vrai, une certaines ampleur.

C’est à ce moment que l’industrie du disque entra en guerre contre les internautes. C’est un fait historique, c’est la première fois qu’une industrie entrait en guerre contre ses propres clients. Et à ce petit jeu là, rares sont les batailles qu’elle gagnera.

 

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3 thoughts on “Bienvenue dans la Zik : Allez Marty, monte dans la Delorean !”

  1. Il est clair qu’à préférer la guerre à des solutions intéressantes pour les consommateurs, ces industries se font de la très mauvaise publicité, d’autant plus que le pouvoir d’achat culturel du citoyen lambda a considérablement diminué. Du coup, entre ceux qui téléchargent illégalement et ceux qui n’achètent plus elles doivent être très en deçà des bénefs qu’elles pourraient faire si elles consentaient à ne plus prendre les consommateurs pour des poules de batterie. D’un sens , tant mieux , car leur obstination à vouloir presser le citron les conduit inexorablement au jour où le fruit n’aura plus une goutte de jus et où d’autres, plus avisés, leur dameront le pion. Surtout en France où, plus qu’ailleurs, les sociétés, accrochées à leur radeau de certitudes qui s’effrite, pleurnichent sur leurs bénefs en attendant la lame qui les fera couler.Car à force de n’avoir que des visions très courtes sur l’avenir et de ne voir que le bout de leur porte-mo-nez, il est certain qu’elles vont finir par s’écrouler et ce, par leur propre faute. Tuer la poule n’aura en effet qu’un seul résultat certain et concret : elle ne fera plus d’œufs.

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