Allo Houston ? On a perdu l’Égypte… #jan25 #egypt

Nos diplomaties ne savent plus sur quel pied danser. Les réactions tardives sur la révolution tunisienne ont provoqué une certaine crispation. La crispation a cédé la place à la gène, puis à la mauvaise foi… à l’image de parlementaires PS fustigeant le gouvernement alors qu’une semaine plus tôt ces derniers comptaient dans les rangs de l’internationale socialiste les partis de Ben-Ali comme celui de Mubarak. Aujourd’hui, passé le cap de la gêne et de la mauvaise foi, c’est le moment de paniquer. La poudrière du Moyent-Orient, quand on est un pays comme les USA qui est parti à la chasse à l’arme de destruction massive fictive en Irak, puis en Afghanistan, c’est forcement un truc qui fait peur.

Et pourtant :

  • En quoi le monde arabe est-il plus une poudrière aujourd’hui qu’il ne l’était hier ?
  • Pourquoi tout le monde semble être surpris ?
  • La géopolitique n’est plus enseignée dans les grandes écoles formant aux fonctions d’État ?
  • Les enseignants ont-ils réécrit l’histoire en éludant quelques épisodes peu glorieux ?

… C’est en fait dramatiquement plus simple que ça. L’administration américaine, comme l’administration française, administre avant tout un marché. Le monde est un marché dans lequel le confort des uns se troque contre la liberté des autres. Le Moyen-Orient était jusque là un dommage collatéral. Le contrôle des matières premières, des routes commerciales, des approvisionnements énergétiques… on a une fâcheuse tendance à oublier l’Homme derrière tout ça. Et l’Homme aujourd’hui il se révolte. Tout ceci était bel et bien prévisible… et souvent prévu comme en atteste de nombreux câbles de Wikileaks qui feraient passer le CIA World Factbook pour une édition de Voici.

Aujourd’hui, c’est le moment de constater que le monde n’est pas qu’un marché, le commerce n’est pas le garant de la paix dans une région. Les USA commencent à le comprendre, visiblement pas la France. Et que dire du rôle timoré de l’Europe ? En dessous de tout. Elle ne pourra rester silencieuse quand les révolutions taperont à notre porte… comme, au hasard en Turquie.

Alors que la France et ses entreprises essayent de sauver les meubles avec leur « partenaire commercial » tunisien, les USA se sentent observés par le monde entier sur la crise égyptienne, mais aussi Jordanienne, Algérienne, Yéménite… et Syrienne, Libyenne, Tchadienne ? C’est bien tout le monde arabe qui se soulève aujourd’hui, non pas un partenaire commercial dont la position géographique nécessite une implantation et d’obscures tractations commerciales permettant d’enrichir un pouvoir sensé conserver une paix de façade pendant qu’il affame son peuple. La paix n’est pas l’apanage des marchands, elle est avant tout celle des peuples. Les USA sont en train de perdre l’Égypte, il n’est plus possible de soutenir Mubarak. La méthode américaine est tout même plus « classe » que celle de la France. Si tous les ministres français qui ont fricoté de près ou de loin avec des dictatures devaient démissionner (à l’image de Michèle Alliot-Marie aujourd’hui prise la main dans le pot de confiture par Mediapart, après le Canard Enchaîné de cette semaine), nous n’aurions plus de Gouvernement, plus d’opposition non plus…

La France des cartes postales, celle de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, celle des 3 ou 4 beaux concepts constitutionnels taillés à la hache par des milliers de lois, de décrets qui servent toujours les intérêt des mêmes… cette France doit s’interroger… vite.

Nous n’assistons pas à des révolutions imprévisibles, mais au réveil du monde arabe, lui, bien prévisible.

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1 thought on “Allo Houston ? On a perdu l’Égypte… #jan25 #egypt”

  1. Celle-ci que j’ai trouvée par Boing-Boing –
    je ne lis pas habiturllrmrnt le canard en référence ;)
    et qu’on ne risquera pas de trouver à la une :

    Vodafone Group PLC and France Télécom SA, facing heat for complying with the Egyptian government’s order to pull the plug on their networks last week, said Thursday that Egypt’s government forced its way onto their mobile networks to send text messages directly to the country’s people.

    http://online.wsj.com/article/SB10001424052748703652104576122044234987416.html

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