Mouvement du 20 février au Maroc : bientôt tous fichés grâce à Amesys et au gouvernement français ?
Eh, président du peuple, tu t’es vu quand tu autorises la vente de matériel Amesys ? Par ce que in fine, c’est de cela qu’il s’agit. Le gouvernement français autorise, formellement ou en détournant le regard, la vente d’armes numériques à des pays dictatoriaux ou à des régimes policiers. La différence entre les deux types de système est faible car en bout de course, le policier qui interroge le suspect lui fait à peu près aussi mal. La douleur est là.
Le saviez-vous ? La France a des relations diplomatiques tout à fait normales avec le Maroc. Il est donc tout à fait naturel que Bull/Amesys ait des relations commerciales normales avec ce pays et lui vende un système d’écoute globale des populations … pour traquer les pédophiles bien entendu.
Le projet Eagle au Maroc, dit « PopCorn » avance bien, merci, l’affaire libyenne ne l’a en rien ralenti. Pas plus que l’article de Bloomberg n’a ralenti les projets de Qosmos et de AreaSPA en Syrie.
Un stylo qui écoute en plus d’écrire c’est pas beau ça ma bonne dame ? Et pour le même prix, je vous mets une sonde IP. Mais ce n’est pas tout madame, je rajoute, toujours pour le même prix, une très belle nappe et trois serviettes ! Les bateleurs des grands boulevards parisiens n’ont qu’à bien se tenir, Bull/Amesys débarque !
Voyons voir, réfléchissons à haute voix pour confronter notre vision du monde à celle de Bruno Samtmann, le directeur commercial d’Amesys.
Selon Bruno Samtmann, vendeur de stylos, Eagle© sert donc à traquer les pédophiles.
Un peu court… Le manuel d’utilisation dévoilé par Owni montre qu’Eagle sert aussi, très accessoirement, bien entendu, à écouter les SMS des gens qui se promènent sur les Champs-Elysées (coucou M. Le procureur, est-il légal de procéder à de telles écoutes en France, même pour les besoins d’un manuel ?).
Eagle sert aussi à attraper les communications Internet de toute une population à l’échelle d’un pays, comme le disent les plaquettes commerciales de Bull/Amesys.
Mais passons.
Pour une entreprise à but commercial, l’argent n’a que très rarement une odeur et partant, comment lui jeter la pierre lorsqu’elle vend des logiciels d’écoute massive de la population à un chef d’Etat qui a la manie d’arrêter arbitrairement, de torturer… ?
On vend bien des armes à toutes les dictatures du monde. Et les armes, c’est fait pour tuer, pas pour faire pousser des fleurs. Lorsque la France, qui est l’un des premiers exportateurs d’armes au monde, vend des armes, elle sait qu’elles ne serviront pas à faire avancer la cause des droits de l’Homme, mais plutôt à tuer des militaires et des civils, les fameux dommages collatéraux.
Les logiciels sont-ils des armes ? Dans le cas qui nous occupe, oui. Les découvertes du Wall Street Journal dans le centre d’écoute Amesys à Tripoli en témoignent. Notamment les centaines de dossiers consciencieusement conservés dans ce centre et consultés par le Wall Street Journal.
La vente d’armes est réglementée. Il devrait en être de même pour les logiciels d’écoute de ce type. A ce stade, ces ventes sont encadrées…
Mollement.
Dura lex, sed lex
La loi est dure, mais c’est la loi. Revenons donc quelques instants sur les aspects juridiques.
En France, il est interdit de fabriquer, d’importer, de détenir, d’exposer, d’offrir, de louer ou vendre des appareils de ce type sauf a obtenir une autorisation du premier ministre (François Fillon), ou du secrétaire général de la défense nationale, après avis d’une commission consultative.
Le législateur, qui est loin d’être un manche, fait des textes à spectre large. Par exemple, on ne fait pas des lois pour punir les gens qui auraient tué quelqu’un avec un couteau de cuisine de 24,5 cm achetés dans une grande surface, un soir de pleine lune. On fait une loi pour punir les gens qui tuent. On ne fait pas une loi sur les gens qui téléchargent en utilisant le P2P, on fait une loi pour les gens qui téléchargent. Sauf à vouloir gâcher l’argent des contribuables. Heu…
Bref, dans le cas qui nous intéresse, la loi s’applique fort bien à Amesys ou à Qosmos (en Syrie).
Le point de départ de toute cette histoire remonte donc à l’époque où Amesys vend un tel outil à la Libye, avec l’aval juridique du gouvernement (sans quoi, M. Le Procureur, il faut VRAIMENT te réveiller). On vend alors un outil permettant au gentil-gentil Kadhafi de repérer les opposants à son régime pour mieux les « interroger ».
Mais peu après, Kadhafi devient gentil-méchant. Puis méchant-méchant. Et là, le président Nicolas Sarkozy, le même dont les relations douteuses avaient participé à cette vente, le même dont les ministres avaient autorisé, si ce n’est favorisé cette vente, monte sur ses grands ânes de défenseur des Droits de l’Homme et envoie la troupe française bombarder le méchant-méchant Kadhafi pour protéger les mêmes personnes qu’il avait contribué à faire surveiller. Cherchez l’erreur.
Ce n’est pas tout. Souvenez-vous de Michèle Alliot-Marie, ne proposait-elle pas d’envoyer les policiers anti-émeute français aider la police de Ben Ali à « maintenir l’ordre ». Aaaahh… « L’ordre ». C’est beau, ça fait frissonner la droite décomplexée. L’ordre, c’est bien, même quand ça tue des innocents, visiblement.
Une fois Amesys prise la main dans le pot de confiture, le gouvernement sous le feu des questions des parlementaires, de droite comme de gauche (si, si, il y a des gens normaux à droite aussi), la gadgetophrase avait fusé, par la voix de Gérard Longuet, un adepte de l’Ordre. Celui qui s’applique à coup de barres de fer sur la tronche des « gauchos », ces « rouges » qui mettent le pays en péril.
La gadgetophrase consistait plus ou moins à dire que le gouvernement n’avait en rien été consulté pour le deal avec la Libye. On savait pas, #spanous…
OK, c’est noté Monsieur Longuet. On a compris, vous ne saviez rien. Votre fille, dircom de Bull, ne vous avait rien dit.
Amesys n’avait pas fait les demandes nécessaires pour les autorisations (M. Le Procureur, re-coucou), toussa, toussa.
Si personne n’est au courant, il faut se donner les moyens, citoyens, de savoir ce qui se passe chez des Amesys, des Qosmos, parce que, cela vous a peut-être échappé, mais l’argent public y coule. Donc, le notre.
Et nous, chez Reflets, on pense que tous ces deals… Not in our name… Merci bien…
DaHubbleVisionPowa©, la puissance du DPI made in Reflets
Nous avons donc décidé de lutter avec les mêmes armes qu’Amesys ou Qosmos. Nous avons donc développé en quelques mois « DaHubbleVisionPowa© ». A base de Zer0Days, injectant des chevaux de Troie un peu partout, à base de sondes DPI subtilement placées par des amis administrateurs réseaux, à base de complicités chez des opérateurs de téléphonie, « DaHubbleVisionPowa© » agrège toutes les informations disponibles sur Amesys. A chaque fois que M. Vannier téléphone (vous voulez son numéro pour lui demander pourquoi il fait du business avec des dictatures ou à quoi il a dépensé ses 3000 euros de liquide pour son dernier voyage en Libye, ou encore, pourquoi Amesys a « sponsorisé » le festival mondial des arts nègres à hauteur de 120 .000 euros ?) ses conversations sont automatiquement retranscrites et ajoutées dans les bases de « DaHubbleVisionPowa© », ce qui permet ensuite de faire de la corrélation.
Bon, on ne va pas faire trop long dans le délire, le marketing à deux cents d’euros, ce n’est pas notre truc et nous n’avons pas le temps de développer « DaHubbleVisionPowa© ». Quoi que…
Donc… Revenons au gouvernement, décomplexé, français. Il a vendu des armes numériques à Kadhafi pour qu’il piste ses opposants, puis a clamé qu’il envoyait la troupe libérer les mêmes opposants. Mais en fait, il ne savait pas. Ce n’est pas lui, et il n’était pas au courant. Fort bien. Dont acte.
Mais dites donc M. Le président… Une petite question comme ça en passant : apprenez-vous de vos erreurs ? Qu’avez-vous fait depuis que l’affaire libyenne d’Amesys a fait le tour du monde ? Avez-vous chargé tous les ministères concernés, dont bon nombre sont clients d’Amesys, avez vous chargé le ministère de la Défense, grand client d’Amesys, de surveiller un peu les pays auxquels l’entreprise vend des outils de surveillance globale ?
Bull/Amesys a-t-il demandé les autorisations nécessaires pour vendre et installer son « Eagle » au Maroc ? Allez-vous nous ressortir la gadgétophrase « #spanous, on savait pas ? ».
Nicolas Sarkozy parle du printemps arabe et de la surveillance chez Google from fhimt.com on Vimeo.
Parce que cette fois, ce sera trop gros, ça ne passera probablement pas.
Il y a quelques temps, Reflets et le Canard Enchaîné révélaient qu’Amesys avait réglé la facture du matériel nécessaire à l’installation de Eagle au Maroc (projet PopCorn). Une broutille, quelques 2 millions de dollars.
Cette fois, « DaHubbleVisionPowa© » nous révèle qu’Amesys a des gens sur place au Maroc. On est donc probablement passé au stade supérieur.
Ça tombe bien, d’ailleurs parce qu‘au Maroc, en dépit des « ouvertures » toutes personnelles du roi, il y a toujours des gens dans la rue. Le mouvement du 20 février.
Et le 20 février dernier, pour marquer le premier anniversaire du mouvement, tous ces anonymes défilaient à Rabat, par exemple. Rabat, justement où se trouvaient des gens pour le compte d’Amesys très récemment. Des gens aux profils intéressants :
« Development/validation of a network probe using Deep Packet Inspection to analyze IP traffic ».
Voilà des compétences qui sont certainement fort bien employées et nul doute que d’ici quelques mois, des membres de l’opposition au roi et au gouvernement actuel pourront en juger. De près… Bien profondément.
N’allez pas croire que l’éthique du groupe Bull/Amesys est unique. Non,non, il y a d’autres boites d’informatique qui aident Amesys à mettre en place son Eagle au Maroc. Et il semblerait bien que dans la liste, il y ait la société Alten, basée pas très loin des bureaux d’Amesys à Boulogne.
Alten, une gadgetophrase peut-être ?






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@kitetoa.
Je ne sais pas si je dois vous remercier de me rendre un peu plus dépressif chaque jour, mais par intuition, j’aurais tendance à dire « oui ». C’est douloureux de tomber de l’arbre …
Au pays de Candy, Candy a de plus en plus sale gueule et elle pue franchement, la gamine.
Terrifiant d’avoir des media et par voie de conséquence une population shootés à l’éther …Mais une fois qu’on a dit ça, on n’a pas dit grand chose.
Je relaie l’info autour de moi. En s’y mettant en nombre suffisant, c’est sans doute une partie de la solution ?
Vous faites du très bon boulot. Bon courage à vous tous.
Merci.
L’ironie et le cynisme peuvent être un recours… enfin moi, c’est pour ne pas devenir fou. Mais c’est une suggestion.
trés bon article, beau travail. A quand une liste noire regroupant tous ces mafieux avec les liens qu’ils ont entre eux et une description de leur barbouzeries. Qui couche avec qui? Pourquoi? la preuve:.
Une appli basée sur la théorie des graphes ?
OWNI a mis en ligne un outil collaboratif pour ça:
http://influencenetworks.org/?screen=relation-visualize&rel=/en/nicolas_sarkozy
Pas mal. Mais elle a l’air encore un peu incomplète ; ils auraient de quoi faire le plein sur Reflets.
Je viens de me faire une réflexion : si l’État veut un droit de regard pour savoir à qui la France vend des armes, je ne pense pas que ce soit pour être certain de les vendre à des gens « biens », mais plutôt pour s’assurer que ces armes ne se retourneront pas contre lui. En gros, il y a accord entre chefs avant la vente. Maintenant, et c’est triste, l’État se contre fiche de vendre des armes numériques à n’importe qui car il pense que ce type d’arme ne pourra pas être retourné contre lui. Pas de risque => pas de contrôle. Seul le business compte pour ces gens. Je pense que ça révèle chez eux un profond problème psychologique car le propre de l’Homme c’est quand même bien son empathie. Vendre des armes, c’est perdre son humanité. Après on pourra me rétorquer que certaines personnes doivent être armées pour défendre leur liberté. Je réponds oui, mais qui en a vendu à l’oppresseur ?
Je profite de mon premier commentaire pour remercier toute l’équipe de Reflets.
De rien
je comprends pas.
ça pique fort ce genre d’article, mais rien ne se passe.
mes respects pour ne pas lâcher l’affaire.
Superbe article mais j’ai l’impression qu’une toute petite minorité en a conscience quand j’en parle autour de moi…les gens sont shootés aux infos de TF1!
Cela dit, je suis très intéressé par l’implication d’alten; on peut espérer avoir plus d’info à ce sujet? je pense que ca ferait réagir pas mal d’amis qui bossent pour eux entre autre…
Merci kiteboa pour cet article,qui malheureusement me fait prendre conscience de la trIste realite de notre quotidien…
J’attends de nouveauw articles avec impatience
Bonjour
Paradoxe pour paradoxe, qui se souviens de l’accord passé en 2010 entre la France(l’Élysée gérant directement) et la Russie concernant la construction de bateaux de guerre type Mistral.Une première série de deux navires sera montée par le consortium des industriels français DCNS et STX,en partenariat avec les chantiers navals russe OSK.
Deux autres navires pourraient être construits directement en Russie (transfert de technologie ??)
Le futur président V Poutine ayant annoncé récemment un « réarment » sans précédent de son pays, on peut légitimement s’interroger sur la santé intellectuelle de certains de nos dirigeants, aux vues de la position Française sur l’actualité de la Syrie, cette dernière ayant pour alliée la …. Russie !
Sources :
http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2011/01/25/04016-20110125ARTFIG00675-la-france-et-la-russie-ont-signe-pour-quatre-mistral.php
http://info.france2.fr/monde/vente-de-deux-mistral-a-la-russie-66552510.html
C’est malheureusement un sentiment que je partage. J’ai tenté de diffuser à tour de bras pour finalement m’entendre rétorquer (je résume) que je participais à un courant à tendances paranoïaques avec de vieux relents de complot mondial. J’en reste sur le cul. Je me demande jusqu’à quel point le citoyen lambda n’a pas besoin de rester sourd et aveugle pour demeurer dans un très confortable quant-à-soi, le pire étant que je ne m’exclus pas totalement de ce système car il reste le fruit d’un long apprentissage du silence et de la lâcheté, accessible à chacun, dans cette même optique du « confort intellectuel » d’où il reste difficile de s’extirper.
Je ne comprends pas très bien où va ce pays surtout quand il prétend par ailleurs continuer de répandre ses lumières sur le monde.
Je m’étais fait une réflexion à peu près semblable à propos des forums qui permettent d’évaluer l’adhésion des lecteurs aux propos tenus. Des commentaires du genre « tous aux chiottes » ont toutes les probabilités de récolter un max de votes favorables plutôt qu’un commentaire argumenté et construit. Qu’on soit d’accord ou pas, c’est autre chose … cela donne au moins une base sur laquelle réfléchir, ce qui semble a priori un peu le but.
Génération tweeter ? Forums transformés en latrines ?
Je radote, il n’y a là que les signes prémonitoires de la 50aine qui approche à grands pas … mais une fois qu’on a dit ça, qu’est-ce qu’on a dit ? Comment sort-on de ce bordel ? On s’assoit sur une pierre et on chouine ? On attend le bouquet final ou bien le miracle ? Il doit pourtant bien exister une solution entre le tout et le rien.
Sieur Kitetoa, avez-vous une idée ou au moins une piste ? Parce que pour l’instant, j’ai un peu le sentiment qu’on a un monceau de merde sur les bras et que l’on ne sait pas très clairement quoi en faire. De votre côté, vous agissez et c’est la moindre des choses que de vous en être reconnaissant. Mais, s’il y a possibilité de rester autrement que totalement flippé et impuissant … je suis preneur.
« J’ai tenté de diffuser à tour de bras pour finalement m’entendre rétorquer (je résume) que je participais à un courant à tendances paranoïaques avec de vieux relents de complot mondial. »
J’ai eu droit a ce genre de réflexions aussi, la plupart du temps de la part de personnes qui ne pigent pas un broc aux technologies numériques, meme si ils les utilisent (le genre de personnes pour qui Internet se résume a google et Facebook).
Je pense que ces réactions viennent du fait que non seulement ils ne comprennent rien, mais ne veulent pas comprendre comment fonctionnent les choses. Pour eux, la surveillance generalisée, c’est de la science fiction. Ce sont des choses qui ne peuvent arriver qu’à la télé, pas dans le monde réel. Il faut reconnaitre que si on ne s’intéresse pas un minimum à ce domaine, ça semble surréaliste que des technologies pareilles puissent exister, et malheureusement peu de gens s’y intéressent.
Autre réaction qui revient souvent : « bah si c’est pas la France qui vend, ça sera quelqu’un d’autre ». Cette réaction me laisse bien plus sur le cul que la précédente, parce que les mecs qui disent ça ont parfaitement compris ce que vendent Amesys/QOsmos & Cie, et le cautionne. « Si je vends pas de drogue à ton fils, quelqu’un s’en chargera à ma place ».
Juste pour préciser : Bull possède des locaux au Maroc donc du personnel (Amesys fait parti de Bull), ce qui n’est pas forcément à mettre en corrélation mais c’est juste ce petit point que je voulais signaler
Si vous avez plus d’informations sur ce sujet (adresse des bureaux, etc), cela nous intéresse
Désolé Kitetoa du retard dans ma réponse :
http://bull.com/offices/index.php
Tu as toutes les adresses des bureaux (par contre il n’y a pas de précisions derrière)
Salut, pas vu l’info en commentaire, je sais pas si vous êtes au cournat, mais semblerait que Bull se sépare de Amesys :
http://www.usinenouvelle.com/article/bull-va-vendre-amesys.N170299
continuez vos enquêtes !