Soudan, du pétrole et des idées de révolte

Le nouvel ami d’Internet s’appelle Omar el Bechir. Pendant une dizaine de jours, des scans de nmap sur une très longue liste d’adresses IP ont confirmé jour après jour que le Soudan manifestait dans l’indifférence générale puisque sans pouvoir communiquer vers l’extérieur. Le 7 juillet, Internet semblait de retour. Mais comment ce pays en est-il arrivé là ?

Priver son peuple d’Internet pendant une bonne semaine, vous fait en général entrer directement dans le cercle des dictateurs préférés de l’Internet mondial. Et Omar y travaille depuis déjà  quelques temps. La preuve, l’année dernière, il a même réussi à classer le Soudan dans le top 10 des pires pays en termes de liberté de la presse et d’Internet compilé par Reporters sans frontières.

 

Omar, un potentiel de champion.

Arrestations et intimidations de journalistes, censures de médias privés locaux, paperasse monumentale rien que pour sortir de Khartoum, avoir le droit de prendre des photos, emprunter certaines routes … chaque jour du quotidien du journaliste sur place ressemble plus à une bataille administrative pour récupérer le formulaire bleu nécessaire pour obtenir le formulaire rose, lui-même nécessaire pour obtenir la feuille jaune qui permettra de… de ne pas faire de terrain, en fait parce qu’on n’a plus le temps.

On avait donc un bon potentiel de champion puisqu’Omar a aussi réussi en 2008 à gagner un mandat d’arrêt international délivré par la cour pénale internationale pour génocide, crime contre l’humanité au Darfour, province tampon entre le Soudan et le Tchad. Mandat d’arrêt renouvelé en 2010.

Janvier 2011

Il y a un peu plus d’un an. Juba attend en plein soleil et par 44 degrés le résultat du référendum sur l’indépendance de ce qui allait devenir le 193e état mondial au mois de juillet suivant, période à laquelle sa constitution serait validée par les instances internationales compétentes. Restent quelques questions en suspens comme celle des puits de pétrole d’Abiye, qui se trouvaient tantôt d’un côté de la frontière, tantôt de l’autre et suscitent encore aujourd’hui des échanges violents que casques bleus et ONG tentent de maîtriser chacun de leur côté.

Mais Omar, depuis la fraiche Khartoum aux 34 degrés, ne se faisait que peu de souci. Pour exporter son pétrole, l’Et at du Sud a besoin de lui, les raffineries étant aux nord, l’exportation de faisant par bateau. L’économie pétrolière reste donc plus ou moins dépendante de lui… Ou peut-être le contraire, d’ailleurs.

Janvier 2012

Le Soudan du Sud décide de stopper sa production de pétrole. Motif ? Des frais de douane trop élevés pour transférer l’or noir chez le voisin du nord trop gourmand. Réaction enchaîne, la vie économique ralentit à Joba et donc à Khartoum. Les semaines passent et l’essence, qui ne coûtait rien, se raréfie. Les prix augmentent, à l’instar de ceux de la nourriture. Omar décide de force l’austérité.

Le 18 juin, des étudiants descendent dans les rues de Khartoum, ils décident de ne plus les quitter. Le 29 juin, le journaliste, correspondant de l’AFP, Saad Talal est arrêté puis relâché, les bureaux de l’agence sont perquisitionnés. Une journaliste Egyptienne est sommée de faire ses bagages et expulsée sur le champ.

Les manifestations vont même jusqu’à occulter les festivités du 30 juin, jour anniversaire du coup d’Etat qui a permis l’arrivée au pouvoir d’Omar el Béchir qui rappelait quelques jours auparavant que le printemps de Khartoum n’existait pas. Punis, les Soudanais sont privés d’Internet mais continuent de manifester sans pouvoir communiquer sur ce qu’il se passe dans leur pays. Seules quelques dépêches sortent, la dernière datant du 6 juillet (NDLR au moment où nous écrivons ces lignes) fait état de dispersion de deux manifestations à la sortie d’une mosquée après la grande prière du vendredi.

Samedi 7 juillet

Le trafic Internet semblait être revenu. Les Soudanais s’empressent de poster sur les forums, pages facebook et d’échanger autour de cette révolution. Telecomix, dans un souci de permettre à tous de communiquer librement, mettait en place un service de dialup via modems 56K. Il fonctionne sur le même principe qu’en Egypte lorsqu’Internet avait été coupé pendant la révolution. Le groupe ne laisse pas tomber, garde un œil sur nmap et tente aujourd’hui de faire de la prévention en expliquant aux Soudanais comment se servir des dialups en espérant, Omar, qu’ils n’auront pas à le faire.

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5 thoughts on “Soudan, du pétrole et des idées de révolte”

  1. « Telecomix, dans un souci de permettre à tous de communiquer librement, mettait en place un service de dialup via modems 56K. »

    Ah Telecomix est un FAI ? Je croyais que c’était FDN et d’autres FAI qui avaient mis en place des lignes RTC.
    M’aurait on menti ?

    Tips : Telecomix est seulement un vecteur de ces informations, donc dire « Telecomix (…) mettait en place un service de dialup » est exagéré.
    Vous avez conseillé au Soudanais d’utiliser toonux comme VPN aussi ?

    1. Ca s’appelle un travail d’équipe.
      Si vous lisez bien, à la fin du papier, je parle des numéros de dialup.
      Il n’y a pas que FDN (et non, je ne ferai pas de déclaration à qui vous savez) qui a mis ce système en place, mais aussi des allemands et des suédois. Tout est là, pour info http://dialup.telecomix.org/ envoyé en arabe, bien entendu aux Soudanais.

      1. Ce sont les numéros habituels, mis à disposition depuis plusieurs mois, accessibles depuis la terre entière pourvu qu’il y ait du téléphone et la possibilité de passer des appels vers les pays considérés.

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