#rev11 : le point du vendredi -080411-

Bahreïn

Silence, on emprisonne et l’on réprime

Depuis la proclamation de l’état d’urgence le 15 mars et l’entrée en action des troupes du « Bouclier de la péninsule », la répression s’intensifie au Bahreïn. Les arrestations d’opposants, de blogueurs et d’activistes se multiplient, poussant ceux-ci à passer dans la clandestinité. Ainsi, selon le Wefaq, principal parti d’opposition, ce sont entre 300 et 400 personnes qui auraient été arrêtés, chez eux, aux checkpoints et même dans les hôpitaux. Pour MSF, « Les établissements de santé sont utilisés comme appât pour identifier et arrêter ceux qui osent se faire soigner. » Amnesty International estime pour sa part que la police a fait usage d’une force disproportionnée et que des manifestants se sont fait tirer dessus à bout portant.

Et la situation ne semble pas se tendre uniquement sur le plan local. Ainsi les ministres des Affaires étrangères des six pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG) ont accusé Téhéran de « fomenter des complots visant la sécurité nationale » de leur pays. Un langage peu diplomatique. Le chef de la diplomatie bahreïnie, cité par le quotidien al Hayat, a également accusé le Hezbollah d’entrainer certains opposants bahreïnis au Liban, ce qui a été aussitôt démenti par le mouvement de résistance libanais.

Une tentative de ces puissance pétrolières de positionner le conflit au Bahreïn dans l’ancienne ligne de clivage chiites/sunnites, clivage que rejette l’opposition bahreïnie. Loin d’appeler un l’instauration d’un régime à l’iranienne, elle appelle les sunnites à rejoindre le mouvement. Elle a par ailleurs revu ses revendications pour ouvrir le dialogue avec les autorités.

 

Yémen

L’accroché au pouvoir

Nous pouvons d’ores et déja attribuer le prix de l’autocrate le plus accroché au pouvoir à Ali Abdullah Saleh. Des manifestations monstres depuis le 27 janvier 2011 : aucune réaction. Le 20 février, c’est l’opposition parlementaire qui rejoint les manifestants anti-régime: « Je ne bougerai pas ». Le 18 mars, protestant contre la répression qui a fait 52 morts, des membres du gouvernement, du parlement, le chef de la tribu Hached à laquelle appartient le président se joignent aux manifestations: Saleh proclame l’état d’urgence. Le 21 mars, ce sont des officiers de l’armée et du ministère de l’intérieur et même un général, demi-frère du président, qui se rangent du coté des manifestants : « Je ne partirai pas avant la fin de mon mandat ».

Ce sont maintenant les Etats-Unis qui clament à qui veut l’entendre qu’ils s’apprêtent à lui retirer leur soutien (il n’est jamais trop tard pour bien faire, dit-on…). Le Conseil de Coopération du Golfe a fait un pas en avant, pour proposer sa médiation en vue de trouver une issue à cette crise, maintenant qualifiée de sanglante (plus de 120 morts), qui agite le sud de la péninsule arabique. L’opposition salue cette initiative, le ministre des affaires étrangère yéménite affirme étudier cette initiative.

Saleh apporte sa pierre, constructive, bien entendu, au débat dans un discours s’adressant à ses supporters le 8 avril 2011 :

« Nous rejetons tout coup d’Etat contre la démocratie, la constitution et notre liberté » ou encore « Notre pouvoir vient de la puissance de notre grand peuple, pas du Qatar ni de personne d’autre. Il s’agit d’une ingérence flagrante dans les affaires yéménites. »

Ok … On a bien compris… Il n’est pas parti M. Saleh.

 

Arabie Saoudite

La bombe à retardement

Il y a les pays dont on parle et ceux dont on parle moins. L’Arabie Saoudite fait partie de ceux dont la presse parle peu. D’une part, c’est un allié de l’occident dans son combat contre les forces du colonel Kadhafi, d’autre part, c’est le premier fournisseur de pétrole. Donc, ce pays doit être stable. Quel que soit le pouvoir en place, il n’est pas question de le déstabiliser en lui renvoyant sa propre image, celle d’une dictature.

Un ancien ministre du pétrole saoudien (entre 1962 et 1986), Zaki Yamani, a toutefois indiqué à Reuters que le cours du pétrole pourrait atteindre 200 ou 300 dollars pour un baril, un chiffre qui déjà été évoqué par quelques analystes financiers, si le pays était l’objet de mouvements sociaux comme ses voisins. Selon lui, même si les mouvements du mois dernier n’ont pas pris d’ampleur, le mécontentement est toujours présent.

Le pouvoir en place s’appuie sur une lecture très personnelle du coran qui interdirait la remise en question des institutions et les manifestations. Une vision un peu dangereuse, si l’on tient compte de ce qui s’est passé en Tunisie, en Egypte, en Libye et en Syrie. Un jour ou l’autre, la bombe à retardement pourrait bien exploser entre les mains du pouvoir. Une situation que l’on peut transposer à Bahreïn.

Ceci dit, le pétrole étant la source de revenus des pays comme l’Arabie Saoudite ou la Libye, il y a fort à parier que quel que soit le gouvernement qui prenne les rênes, le cours du pétrole se stabilisera et le « commerce » reprendra tranquillement. D’ailleurs, les insurgés libyens ont déjà engagé des discussions avec le Quatar pour vendre le pétrole de la région qu’ils contrôlent. Les démarches pour créer une nouvelle compagnie pétrolière nationale ainsi qu »une banque centrale alternative avaient été entreprises en mars. L’OTAN qui avoue avoir du mal à discerner « qui est qui » dans les combats entre insurgés et fidèles de Kadhafi, on peut se demander si l’occident parvient à faire la différence entre vendeurs de pétrole insurgés et vendeurs gouvernementaux…

 

Libye

Et si l’on envoyait des troupes au sol ?

Personne ne sait comment sortir du piège dans lequel Nicolas Sarkozy à plongé ses alliés, mais tout le monde y réfléchit. Les frappes de l’OTAN ne suffisent pas à faire partir le colonel Kadhafi, les actions de la coalition commencent à faire des victimes civiles, bref, ça ne se passe pas exactement comme prévu, contrairement au discours officiel français. En même temps, Nicolas Sarkozy, comme à son habitude est déjà passé à autre chose. Il y a Borloo, la sortie au plus vite du débat sur l’islam la laïcité et mille autres choses.

Sur le terrain, les rebelles sont encore loin de pouvoir marcher sur Tripoli, en dépit de l’appui d’instructeurs américains, britanniques et français (Le Canard Enchaîné du 6 avril). Les commandos au sol (dont des français) qui pointent les cibles ne suffisent pas.

Le général américain Carter Ham a montré jeudi un certain scepticisme à l’idée que les rebelles puissent renverser le colonel Kadhafi. La porte parole de l’OTAN, Oana Lungescu, ne l’a pas contredit vendredi. Ça se précise…

L’ONU a pour sa part annoncé qu’une commission d’enquête allait se déplacer dès la semaine prochaine dans la région et en Libye pour enquêter sur d’éventuels crimes de guerre tant de la part du pouvoir libyen que de la part des insurgés.

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Auteur: Antoine Champagne - kitetoa

Dinosaure du Net, journaliste à ses heures. A commis deux trois trucs (Kitetoa.com, Aporismes.com et Reflets.info).


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