Qui connaît l’échelle ouverte de l’ONU ?

Ban Ki-moon et Kadhafi le 31 janvier 2008

Qui pourrait condamner la décision de l’ONU visant à interdire le colonel Kadhafi de bombarder la population libyenne ? Pas grand monde. Toutefois, les décisions de l’Organisation des nations unies sont difficilement lisibles. Il manque une échele, un peu comme pour celle de Richter. Grâce à l’échelle ouverte de Richter, chacun peut mesurer la puissance d’un tremblement de terre. Ils sont tous égaux en ce qu’ils sont des soubresauts de la planète, mais sont plus ou moins violents et classés dans un ordre précis. Avec les décisions de l’ONU, c’est un peu plus compliqué. Jusque il y a quelques jours, le colonel Kadhafi faisait partie de la commission des droits de l’Homme de l’ONU. Aujourd’hui, c’est un proscrit. Et l’ONU autorise des Etats à déclencher une guerre. Même si on ne l’appellera pas comme ça, il s’agit bien d’une guerre. Avec des avions de chasse, des militaires et tout le toutim. Pour une intervention en Irak, pas besoin de décision de l’ONU. Ah, tiens… Et pour les autres pays ?

Nicolas Sarkozy, le nouveau va-t-en-guerre, on ne peut pas comparer les événements en Tunisie, en Egypte et en Libye. De fait, la répression en Tunisie et en Egypte n’avait pas pris de telles proportions. Fort bien. Mais pour des pays comme Bahreïn, la Syrie, la Côte d’Ivoire ou le Yémen, on les classe comment sur l’échelle ouverte de l’ONU ?

A Bahreïn, les opposant appellent également au secours et depuis le couvre feu, des rapports alarmants font état d’exactions révoltantes. On comprend bien qu’avec un pays comme l’Arabie Saoudite qui est entrée militairement dans le royaume de Bahreïn, c’est un peu plus compliqué que pour la Libye. Pas simple de s’opposer à un allié de poids qui en outre est le premier fournisseur d’or noir. Ajoutons à cela qu’il est difficile de trouver une logique à s’élever contre  la présence de troupes saoudiennes à Bahreïn tandis que l’on se félicite de leur appui pour aller bombarder le colonel Kadhafi.

Photo : http://twitpic.com/4ans2z

Au Yémen, les morts s’accumulent. Parfois même des enfants, si l’on en croit cette photo qui devrait, assez logiquement refroidir n’importe quel diplomate endurci par les négociations et les compromissions inhérentes à ce rôle.

Et demain, lorsque la Chine réprimera avec encore un peu plus de violence qu’à son habitude des manifestations pour la démocratie, que fera l’ONU en se basant sur son échelle ouverte ?

Le Charles de Gaulle sera-t-il envoyé au large des côtes chinoises ? Si tant est qu’il puisse enfin sortir de la rade de Toulon ?

Quant aux avions que l’on annonce pour les bombardements imminents en Libye, les Rafales, que l’on voulait vendre au colonel Kadhafi il y a quelques années… Est-ce pour en prouver l’efficacité aux insurgés, histoire qu’ils en achètent lorsqu’ils seront au pouvoir ? Comment ça le trait est forcé ? N’est-ce pas Nicolas Sarkozy qui profite de la catastrophe nucléaire au Japon pour vanter l’EPR et la filière française du nucléaire ?

Les insurgés libyens ont déjà probablement fait connaissance avec les armes françaises et ont sans doute pu en juger l’efficacité. La France a beaucoup exporté vers la Libye. Ils connaissent aussi les mirages français. Vu leur soudain engouement pour le président français, ils seraient quand même bien peu reconnaissants s’ils n’achetaient pas quelques missiles Milan eux aussi, pour bombarder on ne sait qui.

Il est vraiment temps que l’ONU publie les informations qui lui permettent de composer son échelle permettant de prendre une décision d’intervention pour sauver les populations. Et même, si elle était cohérente, l’ONU pourrait prendre le problème à la racine et interdire l’exportation d’armes. En règle générale. Quand à ceux qui en produisent, ils seraient mis à l’index de la communauté internationale des êtres HUMAINS.

 

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Auteur: Antoine Champagne - kitetoa

Dinosaure du Net, journaliste à ses heures. A commis deux trois trucs (Kitetoa.com, Aporismes.com et Reflets.info).


4 thoughts on “Qui connaît l’échelle ouverte de l’ONU ?”

  1. Bonjour,
    Concernant l’echelle de l’ONU il existe bien une hiérarchie des sanctions contre un Etat : avertissement, sanction non militaire (économique…), sanction militaire (en fait c’est plus étoffé – cf règles qui régissent le conseil de sécurité).

    Concernant l’interdiction de vente et production d’armes, l’ONU n’a pas la compétence pour le faire car les Etats sont souverains et ce sont eux qui décident ou non de ratifier les traités. Seule exception : les mesures prises par le conseil de sécurité qui s’imposent. Mais au vu des membres, ça me parait improbable (pour rappel USA, Russie, France notamment, quatre des plus gros vendeurs).

    Si vous voulez plu d’informations, je peux rechercher plus precisemment.
    En espérant que cela a été utile.
    Bonne journée.

    1. Bonjour,
      Je me plaçais dans une optique utopique. Je sais qu’il existe une hiérarchie et des contingences diplomatiques. Mais bon, rien n’empêche d’être ambitieux dans l’utopie…
      :D
      Si vous trouvez des liens qui peuvent être utiles aux autres lecteurs, n’hésitez pas à les poster ici.

  2. Je me doutais un peu que c’était un souhait plus qu’une possibilité :)

    Pour le lien sur les actions du conseil de sécurité : http://www.un.org/fr/documents/charter/chap7.shtml (pas difficile à lire, les textes des nations unis sont plutôt clairs).
    Pour la souveraineté des Etats : http://www.un.org/fr/documents/charter/chap1.shtml

    Sinon, il faut juste préciser que seuls les décisions du conseil de sécurité sont obligatoires, pas celles de l’assemblée générale (c’est assez étrange – comme si le parlement émettait des avis et que le gouvernement décidait (déjà le cas ? Ah.) – mais c’est ainsi).

    Si vous souhaitez d’autres précisions (sur les textes etc…), n’hésitez pas !

  3. Y a quand même quelques éléments particuliers en Libye :
    – probablement plus d’un millier de morts dans la répression (au lance-roquette, une première)
    – l’existence d’une rébellion armée capable de prendre des villes
    – mutinerie d’une partie de l’armée
    – existence d’un gouvernement parallèle

    Au Yemen ou à Bahrein, même si c’est faux-cul, on peut prétendre que c’est un mouvement minoritaire, certes réprimé dans le sang-même-que-c-est-mal, mais qui n’a pas forcément le soutien de la majorité de la population.

    Alors oui, parlons en plus, ayons des critères pour juger de l’inacceptable en matière de répression et ayons des sanctions qui vont jusqu’au renversement, mais perso je ne sais pas si je serais très à l’aise dans un monde où quelques morts en manif justifient une intervention militaire de l’ONU.

    Il faut reparler de la Cour Pénal Internationale qui permettrait d’avoir un vrai cadre judiciaire à ces opérations et qui est bloquée par les US.

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