Quand j’entends le mot « culture », je sors la kalachnikov.

superdupontJ’avais le titre dans la tête depuis longtemps, et j’attendais le bon moment. L’occasion m’en est donnée par l’excellent article de Vincent Maraval dans Le Monde intitulé : « Les acteurs français sont trop payés ! » (1). L’auteur y révèle de l’intérieur, comment le système de financement du cinéma français entretient aux frais de la nation des fortunes extraordinaires et une économie du divertissement digne d’une royauté d’opérette. (Le lien est en bas de la page…)

Je dois dire, c’est un vrai bonheur. Il y a tout. La France culturée qui michetonne au guichet républicain, l’intelligentsia à la dérive qui s’octroie les parts du gâteau, le copinage, la facilité de connivence, les petites bouffes entre amis, la gaudriole, le laisser aller qui font de nos meilleurs acteurs des bouffons interplanétaires. Il ne manque plus que BHL en maillot de bain.

Tout d’abord, il faut bien noter que l’article n’est ni le produit du travail journalistique, ni les déclarations d’un homme public. Non, non, non. C’est tout simplement un professionnel qui manifeste son ras le bol des petits fours, qui crie dans le silence sucré des confiseurs. Et je m’abstiens de remarquer que, peut-être, la date ne serait pas triviale, au moment où les meilleurs de nos rédacteurs en chefs goutent au repos bien mérité de quelque villa andalouse. Non, je n’ai pas dit que ce papier n’aurait jamais du sortir dans le flux normal et quotidien des affaires d’un quotidien des affaires. Non, je ne l’ai pas dit.

Alors que lit-on dans cet article ? En fait, rien de bien extraordinaire, juste les mécanismes de l’exception à la française, culturelle pour l’occasion. Le principe en est bien connu. Il a donné de bons résultats dans le passé pour le Concorde, la filière nucléaire, les bagnoles, la presse, le blé, la patate et le yaourt. Du classique. D’abord on réunit un aréopage de personnalités de la profession. Une grosse tambouille franchouillarde.

Puis on nomme un expert qui pond un rapport. Très important le rapport. Sans rapport, les fonctionnaires ne lâchent pas l’oseille. Et puis on distribue largement la monnaie en prenant bien soin de favoriser un ou deux gros acteurs nationaux (sans jeu de mot, Gégé) et  de répartir quelques miettes alentours pour calmer les récalcitrants. On déclare ensuite le sujet d’intérêt national, on rentre chez soi et on attend. Généralement, il se passe quelque chose. Compte-tenu que l’on a très largement distribué des subsides, il finit fatalement par se passer quelque chose. Une sorte d’accoutumance à la subvention publique par exemple. Ou bien le nouveau gros acteur détruit économiquement les petits qui essayaient de s’en sortir naturellement et librement. Dans ce dernier cas, il faut encore réunir l’aréopage et décider ce qu’il faut faire, et rebelote. Et quelque fois même, on obtient le résultat escompté. Alors on réunit l’aréopage, on boit du champagne et on distribue des légions d’honneur.

Donc pour le cinéma, on a monté le fameux Centre National de la Cinématographie et puis toute une moulinette sur les avances sur recettes, la part des télés, le calendrier de sorties des films, des DVDs, des télés,  le téléchargement, etc. Personne d’ailleurs n’y comprend rien et moi non plus. Pas de souci. Les autres pays européens nous regardent avec une certaine condescendance. Pas de problème. Et encore, là, je ne vous parle pas de défiscalisation, parce que sinon, ça va encore mettre le feu au lac.

Comment, vous n’étiez pas au courant ? Mais c’est bien sûr, voilà une activité très largement financée par la puissance publique et qui, de plus, fait l’objet de nombreux avantages fiscaux pour les personnes privées. La totale. Demandez à votre inspecteur si vous souhaitez financer le film de votre nouvelle fiancée. Un sujet d’intérêt stratégique national !

J’en étais où ? Ah oui, les monstrueux salaires des acteurs français. C’est là que ça devient drôle. Jusqu’à présent il y avait une certaine logique, un peu lourde peut-être, l’intérêt de la nation, toussa, mais là, hop, plus du tout. La règle du jeu c’est copains comme cochons, qui se dédit ira en enfer, am-stram-gram, pif, paf, pouf (ici aussi, tu vois). Tiens, allez bois un coup et mets un zéro sur le chèque, ils verront rien.

J’allais dire que j’en reste sur le cul, mais c’est pas cachère, donc on va se limiter aux déclarations d’usage. J’en reste tout ébahi, esbaudi, abasourdi, (non abasourdi ne prend pas deux s). Tiens comme vous le valez bien, je mets toute la liste : ahuri, assommé, assourdi, baba, choqué, consterné, ébahi, éberlué, ébouriffé, écrasé, effaré, estomaqué, étonné, étourdi, groggy, interloqué, médusé, pantois, pétrifié, stupéfait, stupéfié, suffoqué, surpris, traumatisé.

Capiche ?

Bon, il n’y a pas mort d’homme. C’est déjà ça. Et puis ça fait des belles photos dans Paris Match toutes ces jolies actrices et ça défend l’image de la France, le luxe, la volupté machin, la classe internationale. Les anglais qui sont des radins ne financent que les films de James Bond. D’un seul coup ça leur fait de la pub pour le whisky, les Bentley, Jaguar et autres Aston Martin, la city, le flegme légendaire et les vertes vallées du Sussex. Ce sont des comptables les anglais. Et puis il ont aussi la Queen qui fait les RP. Une sorte de holding familiale de service à usage de comm internationale. Pas cons les rosbifs.

Bon, je vois que je dérange. Disons pour calmer le jeu que l’exception nationale c’est une tradition locale, un certain art de vivre issus de notre passé prestigieux et tape-à-l’oeil. On a changé les titres, mais les courtisans sont toujours là. Voila, c’est plus fort que nous, il faut que ça brille, c’est de l’épate, de l’esbroufe, du fric-frac vite fait. Les ricains, on va les éclater, tu vas voir. Champions du monde….

La prochaine fois, nous parleront du projet de fusion entre le CNC et l’Hadopi qui va permettre à notre grand pays de rayonner sur la culture mondiale.

Atchao bonchoir.

 

(1) « Les acteurs français sont trop payés ! » In Le Monde.

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19 thoughts on “Quand j’entends le mot « culture », je sors la kalachnikov.”

  1. Tiens, l’occase rêvée de le replacer ce « billet » hein Toa, rapport aux pire des Régis fossilisés qui prient comme des drogués de chez Rael devant leur moooooodèèèèèèle français qu’il est si parfait et dans tous les domaines chachésûr même que le critiquer est une hérésie!

    Ps. Mes respects aux moins cons de mes « amis » des clubs, les autres qu’ils deviennent vite ce qu’ils sont déjà, poussière suffisante!

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    Quand les Régis tournent le dos au soleil pour s’extasier devant leur seule ombre
    —————–

    Une jeunesse rencontrée et non oubliée, insolente par nature, un des reflets de la vie qui pousse, dit ceci :

    « Quand j’entends depuis trop d’années Régis Debray
    raconter Démocratie ou République,
    je me sens américain.
    Sans doute à cause des terres du Far West,
    ou de celles où Armstrong osa aller et poser le pied ».

    Que le goût de l’aventure revienne au pays des Poussières, et l’emporte sur l’amour du confort, comme disait un général… américain ;) lol

    1. edit vite fait : et croyez bien que si le sujet me rend un peu nerveux et pas mal colère, c’est que j’en connais un rayon sur notamment des choses passées et « en cours » que non n’insistez pas je n’en dirai pas plus ;)

  2. Ce sommet du ridicule des acteurs phares est le reflet du système culturel quasi-entièrement sponsorisé du système « intermitent du spectacle » et de l’art en France. Les artistes des autres pays savent faire de belle et bonnes choses, savent en vivre et ne sont pas pour autant sponsorisés par le contribuable. Trop d’état tue l’intérêt collectif.

  3. Un article très intéressant de Jean-Michel Frodon dans Slate « De la fortune des vedettes en particulier et des perversions d’un bon système en général » :
    http://blog.slate.fr/projection-publique/2012/12/29/de-la-fortune-des-vedettes-en-particulier-et-des-perversions-d%E2%80%99un-bon-systeme-en-general/

    Cet article remet en perspective la lente dérive du système de péréquation du financement du cinéma en France, depuis que cet « outil » a été directement utilisé à des fins de pur business et de rétrocession de flux financiers auprès des télés et autres acteurs économiques.

    Tout cela me fait naturellement penser à l’utilisation rationnelle des organisations para-publiques, faite par les libéraux de l’ancienne majorité aux fins d’enrichissement de structures privées par, et de la création consécutive de déficits « inexpliqués » ou plutôt inexplicables.

    On notera également l’utilisation de l’internet comme d’une vache à lait au profit de la culture dite sois-disant « noble ».

    1. Ah mais non. Que ce petit monde souhaite conserver ses privilèges, que Maraval après sa curieuse audace vienne s’aplatir dans les commentaires sur Slate en parlant de réactions poujadistes carrément, c’est un peu facile!

      Le cinéma français et les productions audiovisuelles en général, comme d’ailleurs sa culture, est devenu une sorte de musée sous perfusion de subventions et commandes publiques où des momies ampoulées défilent en petites bandes et en s’auto congratulant de leur génie lors de soirées parisiennes. Point barre.

      Les films français m’emmerdent, Intouchables et tous les autres où j’ai le malheur de me faire trainer m’ennuient, c’est soit grotesque soit larmoyant, précieux, balisé, prévisible, dégoulinant de sensiblerie qui heurte ma sensibilité, faussement audacieux parfois, et toujours sans créativité.

      Quand je veux voir de l’ART cinématographique qui respire, de la CREATION, de l’INVENTIVITE avec des images qui bougent (le cinéma quoi), je vais voir des films américains eh oui, ou asiatiques.

      Voilà polR, merde à Frodon, et merde à Maraval pour sa reculade.

      Non mais ;)

    2. Voilà au moins un article qui me paraît un peu plus équilibré.
      Parce que la prose de Maraval qui attaque en disant que les acteurs français sont les mieux payés au monde (ils sont français Johnny Depp, Tom Cruise, Will Smith ? Soyons sérieux il n’y a pas un seul français dans la liste des 20 acteurs les mieux payés au monde), que l’année 2012 a été désastreuse (j’ai justement vu le contraire sur plusieus sites pro-piratage : si les films font tellement d’entrée, pourquoi prétendre que le piratage tue le cinéma ?), etc.

      Le système de financement est peut-être à revoir mais qu’on ne verse pas la démago non plus.

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