Plus fort que les valises de Bourgi… (séquence histoire)

Alassane Dramane Ouattara (ADO) a été nommé au poste de premier ministre (créé pour l’occasion) en novembre 1990. Ce grand ami déclaré de Nicolas Sarkozy, devenu président de la Côte d’Ivoire en mai dernier, a entre autres, vendu les entreprises publiques de Côte d’Ivoire par petits morceaux à Bouygues, un autre grand ami du « président de la République irréprochable ».

Ah, comme il est bon de s’entraider entre amis de 20 ans ! Voyez plutôt le président actuel de la Côte d’Ivoire et son vieux pote Nicolas, une idylle parfaite. Mais comment ces deux là se connaissent-ils ? Pourquoi autant de mamours et d’attentions ? Revenons quelques années en arrière. En 1991, ADO, premier ministre de la Côte d’Ivoire et son gouvernement, cèdent la commercialisation de l’eau et de l’électricité au plus grand bétonneur de France, Martin Bouygues. Martin, l’un des meilleurs amis de Nicolas. ADO  est aussi l’ami de Nico, maire de Neuilly à l’époque, qui deviendra ministre du Budget 2 ans plus tard. Le déroulement de cette « privatisation éclair » sans appel d’offre est décrit par des témoins de la façon suivante : « Martin Bouygues est arrivé en avion privé le samedi matin, le soir même il repartait avec la commercialisation des marchés de l’eau et de l’électricité. Pour l’entretien, l’exploitation technique, tout restait à la charge de l’Etat ivoirien.» Faudrait pas pousser non plus. Deux ans plus tard en janvier 1993, l’assemblée nationale ivoirienne réunie en session extraordinaire vient taper du poing sur la table à propos du programme de privatisation du gouvernement. Ils ne sont pas entièrement contre les privatisations, les parlementaires ivoiriens, mais ils veulent encadrer tout ça et « expriment de sérieuses réserves et inquiétudes quant à la manière dont le programme est conduit par le gouvernement ».

Il faut dire que les prix de l’eau et de l’électricité ont flambé et que ça fonctionne encore plus mal qu’avant.

Mieux que les valises : une petite dévaluation et puis s’en vont

En mars 1993, ballamou 1er, le bien nommé, devient premier ministre de la France. Aidé de son fidèle Nicolas au budget,  Sa Sérénissime Seigneurie concocte discrètement une opération qui restera comme un coup de tonnerre dans l’économie ouest-africaine, la dévaluation du Franc CFA alliée à sa non-convertibilité. Cette même dévaluation dont personne ne voulait en Afrique de l’ouest, pas plus qu’en France, en tout cas avec le gouvernement Bérégovoy.

Mais avant l’application de la dite dévaluation (de 50% tout de même !) de la monnaie ouest-africaine il y a la non-convertibilité de la monnaie effectuée en septembre 1993. « La croissance durable sans ajustement monétaire » ré-affirmée en février 93 par le gouvernement Bérégovoy n’est plus de mise avec Ballamou et Sarko quelques semaines plus tard. Cette non-convertibilité à venir a permis durant les quelques mois entre le projet et l’annonce du gouvernement d’Edouard, d’effectuer une spéculation massive qui a enrichi quelques petits malins mis dans la confidence. Au point qu’on a parlé à l’époque de trains entiers de billets de banque CFA circulant entre la Suisse et Londres pour conversion.  Le montage de la dévaluation fut négocié entre la BCAO (Banque Centrale d’Afrique de l’Ouest), la Banque Centrale française, le Trésor public, et les autorités politiques concernées. Et devinez qui était gouverneur de la BCAO depuis 1988, avant d’être nommé premier ministre, en 90 ? Ce cher ADO, qui à la mort du président Félix Houphouët-Boigny en décembre 1993, démissionne. Mais se retrouve l’année suivante propulsé «Directeur général adjoint du…FMI.

Nous avons donc une meilleure idée de l’amitié notre «président aux mains propres» à l’égard d’ADO. Nicolas Ier qui déclarait sans ciller début 2008 : « Je pense que les temps ont changé et que la France n’a pas à jouer un rôle de gendarme en Afrique. C’est le rôle de l’Union africaine et des organisations régionales africaines. » Pensée présidentielle aussitôt suivie d’effet en 2010 avec l’intervention de la Force Licorne en Côte d’Ivoire et la «quasi arrestation» de Laurent Gbagbo par celle-ci, permettant à l’ami ADO de se hisser à la présidence. Mais c’est vrai : les promesses n’engagent que ceux qui y croient. Bourgi est un petit joueur, et ses valises ressemblent à des cadeaux de consolations comparées aux retours d’ascenseurs que pratiquent les vieux amis.

Twitter Facebook Google Plus email

8 thoughts on “Plus fort que les valises de Bourgi… (séquence histoire)”

  1. Putain, il y a tellement de casseroles qu’on arrive même plus à tout suivre.

    Il va y avoir un sacré nettoyage à faire en 2012 (espérons mais faudrait quand même pas trop demander aux électeurs).

  2. Je me permets un petit complément dans le sujet :
    http://survie.org/billets-d-afrique/2011/204-juillet-aout-2011/article/cote-d-ivoire-bouygues-bouygues

    Lui-même en suite de cet autre article :
    http://survie.org/billets-d-afrique/2011/203-juin-2011/article/cote-d-ivoire-un-gateau-a-2

    Oui, comme toujours en Afrique (et ailleurs dans une moindre mesure), la politique de l’État est motivée par les intérêts économiques français, aux détriments éventuels des droits humains ou du droit tout court.

  3. Faut pas pousser non plus trop fort. Le Gagbo est tellement une victime qu’il n’a jamais participé qu’à la présidentielle qui l’a mené au pouvoir. Après on ferme et on s’installe. Qu’est ce qui a empêché ce grand socialiste de re-nationaliser tout ça à son arrivée, l’armée française ouarff. Rappelons juste que c’est lui qui a appelé à la rescousse la force Licorne suite à son premier report d’élection.
    Ces pauvres ivoiriens ne sont vraiment pas vernis, et on suit un chemin parallèle si l’autre se prend à s’installer à l’Elysée.

  4. Un prochain article sur ce cher Gbagbo devrait suivre…le but de celui-ci, d’article était d’expliquer l’amitié ADO-Sarko, pas de faire la synthèses complète de la crise politique ivoirienne ou montrer ADO sous un mauvais jour afin d’encenser Gbagbo. Il n’est pas cité Gbagbo, il ne fait pas partie du sujet. Licorne était là sous Gbagbo, mais l’intervention militaire concrète n’est survenue qu’à la toute fin, pour la capture de l’ex-président. Intervention niée par l’Elysée, confirmée par de nombreux observateurs sur place.

    1. Gbagbo a quand meme bien cherche le baton pour se faire battre. On perd les elections, on refuse de partir malgre les tentatives de la faire quitter le pouvoir la tete haute.
      Apres il faut pas s etonner que des dirigeants que vous bafouez en profitent pour vous botter les fesses.
      Si Sarkozy s amusait a se payer la tete d obama et poutine, vous croyez pas qu il en subirait quelque desagrements ? l armee rouge serait peut etre pas a paris, mais par exemple on aurait eu a affronter des « volontaires » en lybie (sur le modele des volontaires chinois durant la guerre de coree) et on aurait pas eut de support US (les avions ravitailleurs + bombes une fois l armee francaise en rupture de stock)

      1. Le sujet n’est pas le Président Gbagbo. Et si tu tiens à parler d’élections en RCI, sache que les élections qui ont porté Gbagbo au pouvoir en 2000 avaient été organisé par le Général Guéï.
        Sache aussi qu’on ne peut gagner des élections en obtenant dans des départements entiers des scores de 120%.
        J’ai lu un P.V. d’une circonscription du nord Ivoirien où Ouattara (certains disent le Boucher de Sindou) a obtenu un nombre de voix supérieur au chiffre de la population du coin.

        Restons à notre sujet….

  5. Gbagbo ci et Gbagbo ça…Il faut avoir une bonne dose d’inculture et de cécité intellectuelle pour prétendre que Gbagbo a perdu les élections et que le supposé vainqueur lui même refuse le recomptage des voix proposé par Gbagbo! Cet article montre simplement que ouattara n’est qu’un pantin-pion au service de ses maîtres (notamment en France). Faire re-nationaliser des entreprises quand la france elle même structure une rébellion et la légitime à la face du monde…faut pas rêver. Gbagbo a peut-être son indépendance dans sa tête mais il sait qu’au jeu de la violence politique il n’est pas plus fort que l’Elysée dont la perfidie n’est plus à démontrer dans le jeu politique africain.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *