Passer la droite décomplexée par les urnes (1)

Utopologue en pleine réflexion

Pourquoi une nouvelle chronique électorale ? Il peut sembler, de prime abord, que le marché est déjà saturé. Impossible d’allumer sa télé sans tomber sur un plateau de politologues prêts à discuter, des heures durant, autour d’un simple pourcentage ( à deux chiffres après la virgule, concédons-le ) censé représenter la sainte « opinion publique ». Et l’élection présidentielle de 2012 approchant à grand pas, nous allons tous devoir muscler nos petits doigts, afin d’être prêts à zapper rapidement ce bourrage de crâne pseudo-scientifique. Alors pourquoi y consacrer cette chronique ?

A contrario de la grande tribu des politologues, vivant aux abords des plateaux télés et autres instituts de sondages, l’Utopologue chasse seul et niche essentiellement sur Reflets.info. Il ne dépend pas des sondages pour vivre. Et il connaît leurs faiblesses, ayant constaté, comme la plupart des citoyens, que la plupart des grands instituts de sondages autour des dernières élections s’étaient pitoyablement fourvoyés. L’Utopologue n’entend pas légitimer le système en place. Il entend simplement mettre en lumière quelques clefs de compréhension, à l’usage de tout citoyen qui aimerait bien être averti et donc, en valoir deux.

A deux ans de la grande messe électorale de 2012, que sommes nous censés ne pas ignorer ?

Le vote front national

Les études en sociologie électorale soulignent que le facteur déterminant du vote des français est la catégorie socioprofessionnelle, et ceci tout partis confondus. Nous votons, en fait, en fonction de notre place dans cette société Jusqu’ici tout va bien …

Le vote “Front National” est décrit comme un vote transclassiste et transclivage. En clair, quel que soit son niveau social, on peut voter Front National. De l’ouvrier au grand patron, de l’agriculteur au responsable commercial … Deux facteurs sociaux semblent néanmoins importants pour comprendre l’électorat de ce parti: le niveau de diplôme, et le sexe. Moins on a de diplômes, plus on peut être attiré par le vote Front National. Nous sommes donc en présence d’un vote dit « populaire ». Quant à la variable sociale “sexe”, les études ont montré que comparativement aux hommes, les femmes accordent beaucoup moins leur vote au FN. Dans son étude datant de 2003, Nonna Mayer, sociologue de l’électorat, attribue cette tendance à “la violence physique et verbale” autant “qu’à l’image traditionnelle de femme au foyer » véhiculées par ce parti.

Pour l’AFP, les cantonales de 2011 confirment l’installation de l’extrême-droite dans le paysage politique. Le FN serai devenu un parti “comme les autres” aux yeux de la majorité des français. Son potentiel de mobilisation serait plus large ( 25 % environ contre 20 % en 2004 ). Il aurait fait la démonstration qu’il peut maintenant bénéficier de report de voix au deuxième tour, que ce soit contre la gauche, ou contre la droite. Comment interpréter cette nouvelle situation ? A-t-elle quelques fondements en dépit de la faiblesse de la mobilisation ?

Concernant le vote des femmes, l’effet Marine Le Pen pourrait bel et bien se faire sentir. Si l’interprétation de Nonna Mayer est exacte, la nouvelle dirigeante du FN serait parfaite pour inverser la mauvaise image du parti auprès des électrices rétives au concept de la « femme au foyer » et appartenant à une nouvelle génération qui n’a pas eu à se mouiller dans les grandes crises de notre histoire (indépendance de l’Algérie par exemple).  Marine Le Pen crédibiliserait auprès de ces femmes le discours de son père. Discours dont le message serait régulièrement mis à mal par ses sorties violentes et par les procès.

Qu’en est-il du vote populaire ? D’après le think-thank « Terra Nova », les classes populaires délaissent encore et toujours plus le principal parti de gauche. Olivier Ferrand signale ainsi « En 1981, elles avaient voté à 72 % pour François Mitterrand. En 2007, elles n’étaient plus que 50 %. ». Et ce report se fait essentiellement au profit du Front National.

Quelques remarques maintenant autour des intentions de vote pendant l’élection présidentielle de 2007.

Concernant la principale raison de vote :

  • Royal : d’abord pour son appartenance politique ( 52% ), puis pour son projet ( 34% ).
  • Sarkozy : d’abord pour son projet ( 60% ) puis pour ses qualités personnelles ( 22% )
  • Le Pen : d’abord pour son projet ( 69% ) puis pour son appartenance politique ( 16% )

La stratégie de Nicolas Sarkozy en 2007 était de chasser sur les terres du Front national. Et cela avait plutôt bien fonctionné. C’est d’abord pour son projet, que les électeurs avaient voté pour lui. Qu’en est-il, aujourd’hui, de ce projet ?

Avec une cote de popularité en chute libre depuis le milieu de l’année 2009, comment imaginer que les français puissent croire en son projet (sans parler de ses qualité personnelles) ? Et on peut pressentir que le « projet » Front National, garde un potentiel attractif fort, en tout cas sur les questions d’immigration (ses propositions économiques, elles, semblent beaucoup moins faire l’unanimité).

Les principales motivations du vote de 2007 étaient exprimées ainsi :

  • Royal : représente le changement ( 48% ) mais est pénalisée par son manque de « stature présidentielle » ( 16% )
  • Sarkozy : a une « stature présidentielle » ( 57% ) puis « répond à mes préoccupation » ( 45% )
  • Le Pen : représente le changement ( 54% ), puis « répond à mes préoccupations » ( 52% )

Encore une fois, Nicolas Sarkozy semble en très mauvaise position pour 2012 avec sa popularité en berne. Il a bradé sa stature présidentielle depuis bien longtemps, par son attitude « bling bling », son hyper-présence hyperactive et hyper-colérique. La crise économique guettant, comment les français vont-ils voter ? Quelqu’un leur proposera–t-il un projet porteur qui leur redonne de l’espoir ? Ou voteront ils d’abord en fonction de leurs préoccupations directes ?

Un Front National fort, installé solidement et durablement dans l’échiquier politique français n’est visiblement plus dans le domaine du « possible ».  A entendre les déclaration politiques d’une grande partie des membres du gouvernement ou d’élus locaux de la majorité, ne serait-il pas temps que ces politiciens assument leurs opinions et rejoignent ce parti politique dont on nous dit qu’il serait devenu « fréquentable » et qui représente mieux leurs idées ? La volonté de faire éternellement barrage au Front National ne risque-t-elle pas de déplacer dangereusement l’échequier politique français vers l’extrême droite ?

A toutes fins utiles… Pour les électeurs, lassés par les partis « de gouvernement », qui seraient tentés par un vote souverainiste, national, et anti-système, quel est le cœur de l’électorat du Front National : voici les mails envoyés par les adhérents du FN à leur parti entre les deux tours de l’élection présidentielle de 2002. Histoire de mesurer ce qui se cache derrière ce que la presse appèle généralement un « vote contestataire ».

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