Nicolas Sarkozy : trois conneries et ça repart

Asseyez-vous, relaxez-vous, respirez profondément. Prêt ? Figurez-vous que Nicolas Sarkozy est devenu… « supraprésident ». Qu’il a changé…

Encore.

Déjà, lorsqu’il n’était qu’hyperprésident, il avait réussi à transformer la France en risée de la communauté internationale, à faire du George Bush aux petits pieds, à bafouer autant qu’il le pouvait le concept de séparation des pouvoirs, à menacer à tour de bras. Qu’est-ce que ce sera maintenant que les « éditorialistes » l’ont bombardé « supraprésident » ?

Vous souvenez-vous de l’homme qui expliquait doctement qu’un instituteur ne remplacerait jamais un bon curé ? De celui qui assénait aux étudiants à Dakar que l’homme africain n’était pas assez entré dans l’histoire ? De celui qui voulait nommer son rejeton à peine sorti de sa période boutonneuse à la tête de l’Epad ? De celui qui menaçait la presse (notamment de lui couper les vivres) ? De celui qui traitait les magistrats de petits pois ? De l’hyperprésident qui annonçait à grands coups de menton que les paradis fiscaux, c’était fini, que la spéculation, c’était du passé, que la finance internationale allait plier sous ses coups de boutoir ? De celui qui irait chercher la croissance avec les dents ? Vous souvenez-vous de ce président qui après avoir eu sa grande époque « bling-bling » (ayé, ayé, je suis le patron, je vais m’exploser la rate) annonçait urbi et orbi : j’ai changé, avant de retomber dans ses travers habituels ? On en passe.

A croire que les éditorialistes ne lisent pas leurs propres journaux, ni la concurrence, ni ne consultent leurs archives avant d’écrire des bêtises plus grosses qu’eux.

Une conférence de presse et ça repart

Il y a encore deux jours, la presse, dans une quasi unanimité (sauf peut-être la Pravda) estimait à juste titre que la France avait failli, si tant est qu’elle ne s’était pas déshonorée, dans sa gestion de la crise tunisienne. La ministre des Affaires Étrangères n’avait-elle pas, alors que les morts s’accumulaient en Tunisie, proposé de partager le « savoir-faire reconnu internationalement » en matière de forces anti-émeutes avec l’ex président Ben Ali ? Pour ceux qui ne l’avaient noté, elle n’avait pu faire cette déclaration sans l’aval de l’omniprésident.

Et bien il aura suffi d’une conférence de presse du président pour que la presse, dans un grand retournement de veste dont elle a le secret, nous le présente à nouveau en « homme qui a changé », en « supraprésident ».

Envolée lyrique d’Henri Gibier dans Les Echos qui estime qu’« avec un tel programme au coeur de « son » G20, l’hyperprésident va devenir (…) une sorte de supraprésident, au-dessus des partis et presque au-dessus de son pays ».

Tout est dans le presque. Presque, ça veut dire : « pas ». Pas tout à fait. Donc : pas. Question de taille ?

Petite lueur de lucidité pour Jean-Marcel Bouguereau dans La République des Pyrénées : « Sarkozy semble avoir compris qu’il fallait qu’il se présidentialise. Mais ce revirement n’arrive-t-il pas trop tard? »

Laurent Marchand d’Ouest-France s’esbaudit :  « c’est un nouveau style que Nicolas Sarkozy a étrenné. Pas de volontarisme. Pas d’envolée lyrique sur la refondation du monde, de sa finance, de son ordre. Pas de détails people. Pas d’accrochage avec les plumes les plus acides de la presse française. Pas de phrase choc ni de réflexe d’autodéfense ».

Peut-être pas d’envolées lyriques sur la finance mondiale, mais des déclarations comiques, à défaut d’être intéressantes.

Figurez-vous qu’après avoir refondé le capitalisme et régulé la finance internationale avec les immenses succès que l’on sait, Nicolas Sarkozy a décidé de remettre la taxe Tobin sur le tapis.

Pas con.

Taxer les transactions financière, c’est une bonne idée. Sur le papier.

La mise en place  est plus complexe, mais ça ne mange pas de pain d’en parler et surtout, ça fait rêver les éditorialistes.

La preuve:

«Nicolas Sarkozy fixe de très hauts objectifs pour le G20», s’exclament Les Echos. «Sarkozy mobilise le G20 contre la spéculation», annonce Le Figaro. «Son très ambitieux G20», commente Libération.

Nicolas Sarkozy ne connait rien à l’économie. C’est lui qui le dit, pas Reflets.info :

“inutile de réinventer le fil à couper le beurre. Toutes ces théories économiques… moi-même, parfois je suis un peu perdu. Ce que je veux c’est que les choses marchent”.

S’il est perdu dans les théories économiques, il y a fort à parier qu’il est encore plus largué dans les arcanes de la finance mondiale.

Nicolas Sarkozy veut taxer les transactions financières. Mais lesquelles ? Ne pourrait-il pas commencer par faire interdire en Europe le High Frequency Trading ? Les algorithmes informatique réalisent des transactions dans leur coin, sans supervision humaine, arrivent à un point où ils se DDoSent entre eux. Certaines valeurs sont parfois cotées jusqu’à 5.000 fois en une seule seconde. Où est le lien entre marchés boursiers et économie réelle ? Nulle part. Imagine-ton une valeur ayant une telle actualité qu’elle puisse être cotée 5.000 fois en une seule seconde ?

Non.

Pendant que le gendarme de la bourse américaine dépense l’argent des contribuables en téléchargeant des gigas de pr0n, les marchés partent en vrille, laissant la main aux machines, qui elles, n’ont pas besoin de bonus à la fin de l’année (l’autre gros souci maskirovskien de Nicolas Sarkozy).

Comment diable Nicolas Sarkozy, le supraprésident va-t-il arriver à taxer 5.000 transactions à la seconde alors que les autorités boursières, lorsqu’elle ne sont pas penchées sur le cas Siffredi, reconnaissent que le HFT va trop vite pour qu’elles aient tous les moyens nécessaires à une bonne supervision ?

Mais plus les conneries sont grosses, plus elles passent, c’est bien connu. Et comme les éditorialistes qui voient désormais en lui un supraprésident sont des suprajournalistes ultra bien informés et fantastiquement documentés sur ces sujets, ils gobent… Trois conneries et ça repart. Les mêmes qui le peignaient en président « volontariste », qui allait amener une « nécessaire rupture » et « bousculer les conservatismes » qui gangrènent ce pays, l’imaginent en superman qui, à grands coups de « Banzaï !! » va changer la face du monde (financier).

La finance se marre. Elle se marre à chaque fois qu’un politique fait mine de vouloir établir des règles dans sa cour de récré. Elle se marre parce qu’elle a tout mis en place pour que personne ne puisse changer ses propres règles. Elle a commencé par établir un « jargon » (comme toutes les professions), histoire que personne ne comprenne rien à ce qu’elle fait. Elle a étendu sa puissance parce que tout le monde a besoin d’elle. Elle a inventé le concept de risque systémique qui lui permet de se faire renflouer dès qu’elle perd à son propre jeu. Trop de risques ? On a perdu ? Ah, ben non, on a gagné quand même. Pratique.

Il n’y a que la Pravda Le Figaro pour y croire : «cette croisade peut-elle permettre à Nicolas Sarkozy de reconquérir l’opinion ? Pourquoi pas, puisqu’il y a de longue date une unanimité française sur ce que devrait être la bonne marche du monde. C’est peut-être une mauvaise nouvelle pour le Parti socialiste. Comment, lorsqu’on est de gauche, s’opposer à un homme qui fait de la régulation mondiale son combat ? Comment, lorsqu’on est de gauche, s’opposer à un homme qui entend combattre la spéculation sur les marchés agricoles (…) ? Comment, enfin, lorsqu’on est de gauche, s’opposer à quelqu’un qui, sur tous ces sujets, a la même vision que Dominique Strauss-Kahn ?».

C’est bien le souci…

Derrière les grandes déclarations, il n’y a que creusitude.

D’une part, Nicolas Sarkozy a déjà fait le même coup à plusieurs reprises. Grandes déclarations en in fine, il fait le contraire, lorsqu’il arrive à faire quelque chose.

D’autre part, être de gauche et être Strauss-Kahnien n’est pas toujours compatible… Mais les éditorialistes en cour on toujours raison, non ?

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Auteur: Antoine Champagne - kitetoa

Dinosaure du Net, journaliste à ses heures. A commis deux trois trucs (Kitetoa.com, Aporismes.com et Reflets.info).

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