Mounier au piquet [3/3] Double peine à la Villeneuve

Possible victime collatérale du démantèlement de Mounier: le Clept, « collège-lycée élitaire pour tous », un établissement qui accueille des élèves « décrocheurs » de 15 à 22 ans. Installé à la Villeneuve depuis septembre 2000, il permet tous les ans à une centaine de jeunes de reprendre les cours et de passer leur bac. Or, ce bahut très particulier (il n’en existe que 3 autres dans toute la France — ne pas confondre avec les lycées de la « deuxième chance »), est justement rattaché au lycée Mounier. Pour fonctionner, le Clept doit en effet être approuvé par le CA d’un lycée classique.

« Ne maintenir que trois secondes, c’est encore un sérieux coup de canif porté à l’entité Mounier », explique Bernard Gerde, prof de lettres et co-fondateur du Clept. Ce qu’il nomme « l’entité », c’est bien l’ensemble des spécificités du lycée, les BTS post-bac, le pôle d’insertion ENAF et la classes d’insertion (CLA) pour jeunes étrangers, le choix des 3ème langues, l’option musique, et donc le Clept… « Dans les quartiers sud, c’est le seul lycée général. Les lycées techniques sont déjà très nombreux autour d’ici, et il n’est pas question de les fermer, bizarrement… »

«A Marseille, on parle des « quartiers nord ». Et bien à Grenoble, l’équivalent, en effet, ce sont les « quartiers sud »», ajoute Jérôme Soldeville. « Ça fait des années qu’on affirme, pour justifier de maintenir ce lycée, qu’il y a de grandes similitudes — ghettoïsation, paupérisation, et donc violence, etc… — mais on nous rit au nez… »

Carignon : l’ex-taulard donneur de leçons

Mounier, c’est donc le lycée de secteur de la Villeneuve, lieu de violents affrontements avec la police entre les 18 et 20 juillet 2010. Épisode qui servira de prétexte à un nième discours sécuritaire de Sarkozy, éructé le 30 juillet.

En juillet dernier, faut-il le rappeler, la Villeneuve s’est enflammé. Comme nous l’écrivions l’an dernier, les provocs policières n’y sont pas étrangères.

Suite après la mort d’un jeune braqueur — mise à mort, plutôt: deux balles l’immobilisent, la troisième l’achève —, le corps restera sans être couvert pendant plusieurs heures. Les mères de famille, venues apporter draps et couvertures pour réparer cet outrage, se sont fait snober par la BAC qui a donc laissé le jeune homme mort baigner dans son sang, comme l’a très bien résumé le mensuel CQFD paru en octobre 2010. Les travailleurs sociaux de la Villeneuve me l’ont confirmé sans hésitater en février dernier. S’en sont suivi deux ou trois nuits d’émeutes urbaines sont les médias nationaux ont rapidement exploité le filon (extraits choisis dans le documentaire audio plus bas).

Carignon : retour aux affaires? (Le Postillon)

Fait peu connu, c’est l’ancien maire de Grenoble Alain Carignon — RPR bon teint qui a fini en taule pour « corruption active » dans les années 90 — qui officiait, à l’époque, comme conseiller « bénévole » (sic) de celui qui était encore ministre de l’Intérieur, Brice Hortefeux. C’est l’impertinent journal local Le Postillon qui a rappelé ce détail percutant dans son numéro de mai 2011.

Carignon a reçu plusieurs missions « amicales » et « bénévoles » de Brice Hortefeux, comme le pilotage du « Club du panache », fan-club d’ntellectuels (Finkielkraut, Marek Alter, Michèle Tribalat, etc.) autour du ministère de l’Intérieur (Le Figaro, 15/10/2010); ou « raprocher les jeunes et la police des quartiers dits difficiles » (Le Daubé, 23/10/2009). Coïncidence : quelques faits divers et les « événements de la Villeneuve » donnent à Brice Hortefeux l’occasion de venir cinq fois à Grenoble entre avril et décembre 2010, et à Nicolas Sarkozy celle de venir prononcer à Grenoble son fameux discours, rempli d’amour et de volontarisme.

Carignon (…) profite de l’occasion. (…) le 3 août, quatre jours après la venur de Sarkozy, il organise une conférence de presse pour critiquer la politique de la municipalité Destot. Un mois plus tard, le 4 septembre, il réunit 150 militants UMP dans un meeting à Fontaine pour clamer que ‘Grenoble est malade’ et dresser une ‘liste de mesures à prendre pour « guérir » la ville’ (Le Daubé, 5/09/2010).

Notre Dame en embuscade

Enfin, comme par hasard, non loin du lycée Mounier, à une station de tramway, trône l’externat Notre-Dame, établissement privé récemment rénové par… la région Rhône-Alpes.

« C’est tellement évident que c’en est risible », glisse Alain Minault, habitant de la Villeneuve et parent de deux élèves du lycée Mounier. « C’est en plus un lycée qui manque d’élèves tous les ans pour remplir ses secondes ». Car le collège Villeneuve (Lucie Aubrac), en plein cœur de la « zone », ne plait guère à certaines familles, et Notre Dame est une planche de salut. En revanche, comme Mounier est en lisière de centre-ville, et qu’il marche bien, retour dans le public. Pour sûr que la diminution des effectifs de moitié en 2011 à Mounier vont aller grossir les rangs du privé. J’ai interrogé le proviseur en mars dernier, et selon lui il n’y avait pas à l’époque « plus de demandes d’inscriptions que d’habitude » dans son lycée. Il serait bien de faire les comptes début septembre.

Comme l’a très bien résumé un élu UMP de Grenoble, entendu à son insu à la sortie du conseil municipal, « les établissements privés peuvent dire merci à Jean-Jacques Queyranne »…

  • Fin du documentaire

La Villeneuve en toile de fond [3/3]

Visite dans les « quartiers sud » de Grenoble, à la Villeneuve, où depuis 2000 s’est installé le CLEPT (« collège-lycée élitaire pour tous »). La Villeneuve, cité réputée « sensible », a fait la une des médias en juillet 2010. Le lycée Mounier a la particularité d’être le seul d’enseignement général du secteur — les lycées techniques du coin, en revanche, ne sont pas menacés. Et un établissement privé, l’externat Notre-Dame, pourrait bien profiter de la situation.

—> télécharger ici le fichier MP3 (« enregistrer la cible du lien sous »).
—> Ecouter et télécharger le documentaire sur l’audioblog d’Arte Radio.

Avec les profs Jérôme Soldeville et Bernard Gerde (fondateur du Clept), le parent Alain Minault et les élèves Anthony et Valentine.
Réalisation Jérome Thorel – musique originale Bernard Lombardo.


Twitter Facebook Google Plus email


1 thought on “Mounier au piquet [3/3] Double peine à la Villeneuve”

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *