Les élections Tunisiennes vues de l’internet #tnelec

Les élections Tunisiennes auront été les plus transparentes de l’histoire de la démocratie.

Partout, des milliers d’observateurs ont scruté les irrégularités – en très faible nombre et sans impact significatif sur le résultat final de l’avis de tous.

Partout, les observateurs ont communiqué en ordre dispersé des résultats locaux, intermédiaires ou définitifs. Des comptages, sous la forme de Tweets, de posts Facebook, de photos faite d’un tableau d’affichage. L’ISIE, l’organe officiel, a elle aussi publié des résultats partiels, sous forme de pdf.

Pdf, pages web, tweets, photos… d’un point de vue data, cela revient à additionner des carottes et des choux fleurs. L’étape suivante dans la marche vers la transparence sera très certainement la normalisation de cette vaste collecte citoyenne de données afin de disposer de données dans un format ouvert et réutilisable facilement.

OpenTunisia, à l’occasion des premières élections démocratiques Tunisiennes, a mis en place différents tableaux publics destinés à récolter les données.

Cela qui a permis de plonger au coeur de cette problématique le temps d’une élection, afin de mieux saisir les étapes à franchir pour arriver au prochain stade dans la transparence démocratique : une saisie citoyenne crowdsourcée des données, qui permettent d’obtenir le plus rapidement possible les résultats finaux. Quelque chose qui mette à contribution cet incroyable effort collectif, mais qui le canalise pour produire de la donnée réutilisable et ouverte.

Un premier debrief sur l’opération de collecte réalisée par OpenTunisia permet de distinguer plusieurs points à améliorer.

Les outils de collecte des résultats de scrutins doivent être améliorés. Plutôt que de demander à des observateurs de compléter un immense tableau qui réunit l’ensemble des bureaux de vote de Tunisie, il conviendrait de permettre à un observateur de sélectionner le bureau où il est pour ensuite lui proposer la saisie des quelques informations que l’on souhaite faire remonter : les suffrages exprimés et leur répartition sur des listes/candidats, le/les sources (url) de son information, son identité (à laquelle on attachera une réputation). Avec un nombre incroyable de partis, il convient également de réfléchir à des solutions d’autocomplete pour la saisie des listes locales/candidats.

Cet outil de collecte doit déléguer la gestion de l’identité. L’anonymat n’apporte par ailleurs pas grand chose ici. Elle ne semble pas du tout être une revendication de qui que ce soit pour cette fonction d’observateur d’une élection. En Tunisie, il est bien évident que c’est Facebook qui occupe ce rôle, mais c’est un cas particulier, et tout ça doit s’intégrer avec tout un tas de service de gestion de l’identité. Le fait que cette identité soit ‘réelle’ n’est pas essentiel, ce qui l’est plus c’est la possibilité d’y attacher un capital réputation accumulé par l’utilisateur.

Cet outil doit impérativement être utilisable à partir d’une plateforme mobile (iPhone, Android, Symbian… etc). Vu le très faible nombre d’informations que l’observateur aura à saisir, ce n’est même pas un challenge en terme d’interface ou de développement. Un coût assez faible à priori en terme de développement, même si la contrainte du multi platerfome les fera grimper.

Enfin, outre les formats ouverts classiques, tels que ceux proposés dès la première itération de collecte citoyenne de data par OpenTunisia, il faudra à terme une API simple. La publication des résultats sous la forme d’une série de tableaux sur GoogleDocs, eux-même accessibles sous tout un tas de formats ouverts (csv, opendoc, rss) semble en revanche une solution à retenir.

Pour finir, il est bien évident que deux organisations se distinguent. L’association Nchoof qui a mis en place un dispositif d’observation en vue de la surveillance d’irrégularités.

L’organe officiel, l’ISIE, qui a également mis en place un tel dispositif, complémentaire, de collecte d’incidents.

 

Sans cette association, la crédibilité des résultats de l’ISIE ne serait pas la même. Son rôle a été essentiel comme suppléant institutionnel, qui apporte une garantie de transparence. L’absence d’écart significatif entre ces deux outils de mesure pèse lourd dans la crédibilité des élections, et le faible nombre des infractions constatées laisse transparaitre une très grande rigueur dans la tenue de ces élections. Une impression confirmée par les déclarations des observateurs internationaux de l’ONU. Le contraste avec les récentes élections Camerounaise est saisissant.

Tout comme sont essentiels les fondations d’un immeuble, ce dispositif a remarquablement bien fonctionné, grâce à la combinaison d’un gros effort d’organisation et de mise en place physique d’un dispositif et l’utilisation de la plateforme Ushaidi, tant pour l’acteur associatif que pour l’acteur institutionnel. Il est à noter que cette plateforme est utilisé depuis déjà plusieurs années pour la surveillance d’élections.

Le résultat est criant : le PDP, l’un des grands perdants de l’élection, avant même les résultats officiels proclamés, reconnait sa défaite. Pas de remise en question de la de la rigueur dans la tenue du scrutin par qui que ce soit. Un succès total.

L’ISIE a joué son rôle à la façon de tout organe de ce type dans un pays démocratique. Ses dispositifs de collecte de l’information sont basés sur un modèle classique (pas de crowdsourcing citoyens, bien sûr, c’est plus formel et plus rigoureux, c’est justement le ‘double’, qui en toute transparence, devrait être quasi identique aux résultats rassemblés par des citoyens).

L’ISIE devrait être associée de près à la construction d’un tel dispositif de collecte citoyenne, car elle brasse les même datas. Elle pourrait tout à fait profiter d’une telle technologie de collecte pour améliorer ses processus. La seule différence fondamentale entre un dispositif de collecte citoyenne et un process institutionnel est la certification de l’identité de l’observateur (et le niveau de sécurité informatique du dispositif, et encore).

Il faut également souligner le rôle des curateurs de contenu lors de cette soirée électorale : le compte Twitter @TNelec2011 et le site etudes-tunisie.info, par exemple, ont fait un travail remarquable pour trouver les datas aux quatre coins du monde et en faire connaitre l’existence. Dans l’hypothèse d’un outil qui centraliserait ces données aujourd’hui dispersées, le rôle de tels acteurs – les curateurs – devra évoluer de façon significative, mais il est important de réfléchir à la valeur ajoutée apportée par les curateurs, tant elle saute au yeux. Il serait regrettable de ne pas en profiter.

Bref, il reste encore du travail avant d’arriver à quelque chose qui produise beaucoup de valeur à partir de ce fantastique effort citoyen de collecte de data lors d’une élection, mais cette première élection Tunisienne aura été l’occasion de mieux saisir le chemin à parcourir.

eDemocracy in progress.

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Auteur: Fabrice Epelboin

Ancien directeur de publication de ReadWriteWeb France, cofondateur de plein de trucs, e-guerillero fi Tounes, spécialiste intergalactique de l'infowar, réincaranation de Nostradamus tous les 26 du mois par temps agité à très agité.

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