La Banque centrale de Grèce ouvre les vannes (#toutvabien)

La nouvelle n’étonne qu’à moitié les analystes : cela fait plusieurs mois maintenant que le secteur bancaire grec, en plus d’être écarté des marchés interbancaires, est en proie à une fuite des dépôts. C’est simple : les banquiers grecs sont tout autant en difficulté que leur gouvernement.

Pour éviter la faillite, les institutions bancaires du pays n’ont d’autre choix que de recourir aux opérations de refinancement de la Banque centrale Européenne (BCE). Ce qu’elles font massivement : sur les douze derniers mois, les banques grecques recevaient en moyenne 90 milliards d’euros de liquidités chaque mois.

Bien que potentiellement illimitées, les opérations de refinancement de la BCE sont néanmoins conditionnées à la présentation d’actifs de qualité par les banques (le “collatéral”). D’ailleurs, suite à la dégradation de la note de la Grèce par les agences de notation, les obligations souveraines grecques ne pouvaient théoriquement plus être présentées comme collatéral. Mais compte tenu de la mise en place du plan de sauvetage du pays par l’Union Européenne, Francfort avait alors décidé de faire une exception à ses propres règles, continuant d’accepter en collatéral les 40 milliards d’euros de bons du trésor grecs détenus par les banques helléniques.

 

En dépit de ce soutien, la fuite des dépôts et la hausse des besoins de financement des banques n’a pas été endiguée depuis. En juin dernier, ce sont encore 5 milliards d’euros qui avaient quitté le pays, s’ajoutant aux 50 milliards d’euros déjà perdus par les banques grecques depuis janvier 2010. Conséquence de ces fuites, le refinancement des banques par la BCE avait atteint un pic avec 103 milliards d’euros empruntés en juin dernier.

Pour ne rien arranger, les banques grecques sont sur le point de subir une diminution d’environ 10 milliards d’euros de dépôts gouvernementaux, dans le cadre du plan de sauvetage financier du pays. Ça commence à chauffer.

La banque centrale de Grèce à la rescousse

Heureusement, les banques centrales ont toujours plus d’un tour dans leur sac. Confirmant une rumeur qui court depuis quelques jours, le journal athénien Imersia rapporte que la Banque centrale grecque aurait discrètement activé un instrument monétaire de dernier recours : les “emergency liquidity assistance” (ELA).

Selon des explications de la BCE sur ce sujet, l’utilisation de cet instrument monétaire, décidé au cas par cas, et est réservé au renflouement de banques « illiquides mais solvables », tout en précisant que « la différence entre ces deux concepts est parfois difficile à établir en période d’instabilité financière »

La différence entre les ELA et les opération de refinancement classiques de la BCE est qu’elles ne sont pas soumises à d’autres garanties que la signature du ministère des finances grec. Concrètement, la banque centrale grecque est donc en train de jouer le rôle de “prêteur de dernier ressort” : elle renfloue les banques en créant de la monnaie scripturale afin d’éviter une faillite de ces dernières.

Et la BCE, dont l’accord reste néanmoins nécessaire, n’a d’autre choix que d’accepter afin d’éviter un nouveau chaos au sein de la zone euro.

Le cas irlandais : un échec

Ce n’est pas la première fois que les emergency liquidity assistance sont activés dans la zone euro. En septembre 2010, la banque centrale d’Irlande, avec l’accord et la garantie du gouvernement irlandais, avait décidé d’octroyer des liquidités en urgence aux banques, elles-aussi affectées par un “bankrun”.

L’octroi de ces liquidités d’urgence est censé être très temporaire. Mais en réalité, cela constitue un signal si inquiétant pour les marchés que le retour à la normale n’en devient que plus difficile encore. Ceci d’autant que les banques centrales ne divulguent que très peu de détails sur ces opérations, ce qui n’aide pas à rétablir la confiance.

Après bientôt un an, les banques irlandaises sont toujours dépendantes des prêts d’urgences de la Banque centrale d’Irlande. En juillet dernier, ces opérations représentaient encore environ 50 milliards d’euros tandis que 54 milliards d’euros ont continué de quitter les banques irlandaises.

 

 

Transfert du risque sur le contribuable

Plus grave, cette décision n’est pas sans effet pour les contribuables Irlandais et Grecs. En effet, si la BCE doit nécessairement approuver ces opérations, ce sont les banques centrales nationales qui prêtent pour leur propre compte, la BCE se dégageant de toute responsabilité. Autrement dit, en cas de défaut de paiement des banques grecques ou irlandaise, ce sont les contribuables – via les banques centrales nationales dont les Etats sont actionnaires – qui en supporteraient, in fine, les pertes.

On imagine rapidement la catastrophe dans le cas de la Grèce ou de l’Irlande, pays déjà sinistrés par des plans d’austérité sévères, des marchés qui refusent de prêter, et des citoyens déjà bien indignés, pour ne pas dire plus…

Retour à la case départ

Chute du cours de bourse des banques françaises, méfiance des banques américaines à l’égard des filiales européennes, tensions sur les marchés interbancaires… ce qui est devenu une crise de la dette souveraine est en train de retourner à son point de départ : une crise systémique bancaire.

Prêter à des banques sans garanties sérieuses n’est pas anodin. En se substituant aux marchés dès que ceux-ci se détournent des zones à risque, les banques centrales sont en train de maintenir l’illusion que le secteur bancaire peut se relever sans essuyer les pertes qu’il causé pour l’économie mondiale. Ce petit jeu ne pourra pas durer indéfiniment. Comme le rappelait encore Christine Lagarde à Jackson Hole hier, les banques européennes doivent être recapitalisées. Mais qui va payer ? C’est l’éternelle question.

 

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Auteur: Stanislas Jourdan

Journaliste, blogueur, activiste. J'écris sur la crise économique... et ses alternatives /-)


16 thoughts on “La Banque centrale de Grèce ouvre les vannes (#toutvabien)”

  1. « le secteur bancaire grec, en plus d’être écarté des marchés interbancaires »

    Euh, s’ils ont pu éviter la manipulation des taux interbancaire LIBOR de Londres depuis 2007, c’est pas plus mal, mais j’en doute, vu que c’est les banques anglosaxones qui les ont mis dans la merde.

    « Pour éviter la faillite, les institutions bancaires du pays n’ont d’autre choix que de recourir aux opérations de refinancement de la Banque centrale Européenne (BCE) »

    Avec un bon du Trésor grec de quasiment 50% sur 2 ans, c’est sur la Gréce va rembourser lol euh pour s’en sortir faut pas rêver quand même, quoique, avec la planche à billet bientôt on verra des billets de 50 000 000 000 d’€, l’inflation façon Zimbabwe

    Quoi vous ne me croyez pas, bah c’est pas moi qui le dit mais JC Trichet
    « This includes implementing both non-standard monetary policies and our interest rate policy. Interest rate policy depends on the outlook for price stability. The use of non-standard measures depends on the functioning of the monetary policy transmission and must be commensurate with the level of malfunctioning or disruption of money and financial markets and segments of markets »

    https://www.ecb.europa.eu/press/key/date/2011/html/sp110827.en.html

    « Chute du cours de bourse des banques françaises, méfiance des banques américaines à l’égard des filiales européennes, tensions sur les marchés interbancaires… ce qui est devenu une crise de la dette souveraine est en train de retourner à son point de départ : une crise systémique bancaire. »

    Vu comment les banques françaises respectent les accords de Bâle III, accrochez vous ça a secouer :)

    http://chevallier.biz/

  2. « Christine Lagarde à Jackson Hole hier, les banques européennes doivent être recapitalisées. »

    Ah oui, alors ! Elle est bien bonne, celle-là !
    Recapitalisées ? Qui, quoi, où ? En grèce, en Irlande ?
    Par qui ? et avec quel argent ?

    Veut-elle dire par là que de GROS VAUTOURS vont y injecter de l’argent, et râfler la mise pour une bouchée de pain ?

    C’est d’ailleurs ce qui va se passer (ce qui se passe déjà ?) pour les entreprises, l’hôtellerie, les sociétés de service, etc…

    Bref, comment dépecer un pays en toute quiétude.
    J’ai l’impression qu’on assiste à une sorte d’apothéose du néo-libéralisme.

    Ou comment on passe de la prise de bénéfices sur esclaves à la prise de bénéfices sur futurs cadavres.

    1. C’est déjà en train de se passer. 2 exemples :

      – Bank of Ireland évite la nationalisation grâce à des fonds étrangers. « une bonne nouvelle »
      http://www.guardian.co.uk/business/ireland-business-blog-with-lisa-ocarroll/2011/jul/25/ireland

      – Recapitalisation des banques grecques par des investisseurs quataris (!)
      http://ftalphaville.ft.com/blog/2011/08/27/663811/greek-banking-sector-consolidation-begins-or-the-curse-is-broken/

      More to come…

  3. Ses milliards qui quitte le pays, ca correspond a quoi ?

    – Gens qui récupère leur économie ?
    – Investisseurs qui récupère leur mise sur des projets ?
    – Financier et fond spéculatif qui récupère leur mise ?

  4. Le constat qu’il y a un problème est bien.

    Le constat que c’est un problème similaire à celui de 1973, 1929, 1914 ou 1789 serait mieux.

    Le constat qu’il s’agit de l’effet d’une pyramide de ponzi de long terme serait meilleur encore.

    La compréhension qu’un système monétaire non-basé sur un crédit mutuel inter-individus, un Dividende Universel, ne respecte pas l’arrivée continue des naissances et le départ continu des morts, le remplacement générationnel, et mène à des crises cycliques forcées serait le remède.

    La compréhension ne vient pas sans effort.

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