High Frequency Trading versus la SEC : 2-0

Voilà au moins un message clair : il vaut mieux travailler pour l’un des principaux acteurs du High Frequency Trading que pour l’une des divisions de la Securities and Exchange Commission (SEC) chargée de réguler ces pratiques.

On pourrait imaginer que lorsqu’un salarié du régulateur passe à l’ennemi, ou plutôt, chez ceux que le régulateur est censé réguler, cela se fasse en toute discrétion.

Pas du tout.

GETCO, l’un des principaux acteurs du HFT, a par exemple annoncé fièrement le recrutement d’Elizabeth King, l’un des directeurs associés de la SEC. Elisabeth King travaillait dans la division « trading et marchés » où, bien entendu, elle a planché sur le HFT. Chez GETCO, elle sera en charge des aspects règlementaires au sein de l’équipe juridique.

Elle rejoint un ancien gouverneur de la Réserve Fédérale et l’ancien patron de la SEC Arthur Levitt.

De deux choses l’une, soit GETCO est terriblement anxieux à propos des textes contraignants qui pourraient toucher le HFT, c’est à dire son cœur de métier, soit il est parfaitement décontracté et ne fait que tisser un réseau relationnel très profitable.

Et dans les deux cas, c’est inquiétant…

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Auteur: Antoine Champagne - kitetoa

Dinosaure du Net, journaliste à ses heures. A commis deux trois trucs (Kitetoa.com, Aporismes.com et Reflets.info).

9 thoughts on “High Frequency Trading versus la SEC : 2-0”

  1. Je dirais… les deux.

    On a tendance à ridiculiser les agences de régulation dans les médias, mais dans le milieu, elles sont prises très au sérieux. Une sanction de la SEC, de la FSA ou de l’AMF pour ne citer qu’elles ça peut faire très mal ! Le manager en charge des automates de trading n’a pas vraiment envie que son PnL se prenne un coup de savate à cause d’un problème réglementaire, il y perdrait son bonus !

    Et pour le réseau, de toute manière les échanges d’employés sont fréquents. De top-managers aussi. Et les établissements qui interviennent sur les marchés sont en relation permanente avec les autorités de régulation. Dans le milieu, tout le monde se connait hein… :)

    Pour ma part je ne trouve pas cela choquant, au contraire c’est plutôt sain qu’un acteur de marché choisisse quelqu’un de compétent manager l’aspect réglementaire de son activité.

    1. Jeu extrêmement risqué s’il en est, surtout pour une boite spécialisée en HFT !

      Non, ils vont essayer de mettre en place un système borderline, qui respecte scrupuleusement les régulations mises en place, mais pas forcément l’esprit qui a motivé leur création… Feinter les contrôles je ne pense pas. Trop dangereux.

  2. Source d’information et compétence légale pour Getco, mais ça ne durera qu’un temps. La SEC évoluera sans madame, donc madame ne connait que la SEC à l’instant où elle la quitte. D’accord elle garde des contacts, mais c’est pas openbar non plus.
    La véritable question est: qui financera donc GoldmanSachs à la prochaine élection avec leur pactole sans limite ? C’est bien mieux que le marché de la coca. C’est bientôt les grandes mafia qui vont entrer sur ce marché juteux

  3. Ce qui est encore plus inquiétant c’est qu’une organisation comme ça n’ait pas mis en place des gardes fous contre les conflits d’intérêts dans ses contrats de travail, genre une clause qui empêche justement ce genre de débauchages.

    1. En général dans les contrats anglo-saxons (surtout dans le domaine financier) il y a obligation d’obtenir l’accord du dernier employeur dans l’année qui suit le départ. Et il y a bien entendu des clauses anti-conflit d’intérêt, sans compter le contrôle… du régulateur, ici la SEC. ;)

  4. Il faut absolument reglementer le High Frequency Trading qui est dangereux pour la stabilité des marchés ce qui éloigne un peu plus chaque jour les investisseurs dont l’économie réelle a besoin, et qui de plus rend l’accès aux marchés encore plus inéquitable.

    En gros vous avez peu de chances de gagner de l’argent si vous êtes un investisseur particulier et si vous avez en face de vous un robot ultra-optimisé par des spécialistes et dans lequel une banque a investi plusieurs millions d’euros…

    Des solutions ont déja été envisagées, qui semblent intéressantes. Il n’y a plus qu’a avoir le courage politique de les appliquer.

    1ere piste : taxer les annulations d’ordres

    70 % des ordres passés par les robots sont annulés car les robots utilisent des ordres annulés pour tester et pour faire varier les carnets d’ordres. Taxer les annulations d’ordres aurait donc l’avantage direct de faire payer ceux qui pratiquent le HFT à haute dose.

    2eme piste : retarder les transactions

    C’est paradoxal mais cela consisterait pour toutes les transactions à appliquer un retard aléatoire compris entre 0 et 1/2 seconde par exemple. Si vous achetez des actions pour votre PEA, en bon père de famille, un retard de « livraison » de 1/2 seconde ne changera pas grand chose pour vous. En revanche, cela mettra un terme à l’avantage de quelques millisecondes que peut avoir un robot pratiquant le HFT.

    On peut opposer l’argument suivant : le problème est mondial et si on applique de telles mesures sur une place financière, par exemple sur NYSE Euronext Paris, cela éloignera les investisseurs.

    Bien au contraire : cela éloignera les investisseurs qui pratiquent le HFT (et c’est tant mieux!) et cela attirera les vrais investisseurs qui considèrent que le HFT est nuisible pour eux et qui recherchent la stabilité et l’équité sur les places financières.

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