High Frequency Trading, la nouvelle bombe du secteur financier

Aloha.

Peut-être avez-vous suivi hier soir la Nuit Sujet de Nova et Owni sur le Hack. Si vous voulez aller plus loin sur le High Frequency Trading, voici quelques développements sur le sujet au travers d’une série d’articles publiés sur Kitetoa.com et sur Aporismes.com

  • A peine sortis de la crise des subprimes, la nouvelle bombe du secteur financier arrivait à maturité. Depuis quelques années, les opérateurs ont mis en place des algorithmes sophistiqués qui sont programmés pour profiter d’écarts de cours (pour faire simple). C’est le High Frequency Trading. Par exemple, une même valeur cotée à New York et à Paris peuvent avoir un cours différent l’espace de quelques secondes. Ces algorithmes, qui ne nécessitent pas d’action humaine vont repérer cet écart, acheter là où le titre est bas et revendre dans la microseconde suivante là où le cours est plus élevé. A la fin de la journée, ce sont des millions de micro-bénéfices qui viennent remplir les caisses des banques. Petit souci… Tout le monde sait qu’il ne faut jamais laisser la main aux machines. Sinon, elle finissent toujours par faire des conneries. Avec près de 70% des transactions aux US qui sont le fait des machines, il est temps de s’inquiéter. Le 6 mai 2010, la cote s’effondrait à New York en quelques minutes. Merci qui ? Merci les machines.
  • Aussi étonnant que cela ne puisse (pas) paraître, les autorités de tutelle pédalent dans la semoule (comme pour les subprimes). Elle ne peuvent ni ne veulent surveiller cette nouvelle activité folle des financiers.
  • Et puis les opérateurs sont prévenants, ils savent embaucher les régulateurs pour mieux défendre leur activité…
  • Leur activité est devenue totalement délirante. Les opérateurs se livrent une guerre électronique au coeur même des marchés financiers où ils ont désormais implantés leurs machines. Ils s’inondent de données pourries pour se ralentir les uns les autres et gagner de précieuses microsecondes. Dans la vie réelle, hors des marchés financiers devenus dingues, ça s’appelle un déni de service (DDoS).
  • Mais de tout cela, la SEC ne voit rien. Entre deux téléchargements de films pornos, ses experts ont pondu un rapport sur le flash crash du 6 mai 2010 volontairement aveugle et pointant un coupable idéal qui ne l’est pas. Un exemple de l’inanité de ce rapport : les graphiques sont découpés par tranches de 15 minutes, de 10 secondes, etc. Si on les recompose en analysant à la microseconde, ils n’ont plus rien à voir et ne disent plus la même chose. Un souci de perspective…

 

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Auteur: Antoine Champagne - kitetoa

Dinosaure du Net, journaliste à ses heures. A commis deux trois trucs (Kitetoa.com, Aporismes.com et Reflets.info).

8 thoughts on “High Frequency Trading, la nouvelle bombe du secteur financier”

  1. Bonjour, il est rare que je reagisse sur reflets.

    Hors, je connais tres bien le sujet, ci on parle de HFT.

    « Leur activité est devenue totalement délirante. Les opérateurs se livrent une guerre électronique au coeur même des marchés financiers où ils ont désormais implantés leurs machines. Ils s’inondent de données pourries pour se ralentir les uns les autres et gagner de précieuses microsecondes.  »

    Je ne sais pas d’ou vous sortez ca, mais l’architecture des colocations de gateway sur les marchés financiers rend tout ce qui est au dessus incompréhensible.

    Aussi, vous ne parlez que des US. Sachez qu’en Europe, la part de HFT/classic est plutot (90/10) , les traders ne sont que des tuners de Trading box.

    Enfin, je trouve les raccourcis un peu facile .A ce que je sache les 10 derniers incidents de trading concernent des erreurs humaines, ou des prises de risques demesurées, ce qui n’est pas possible avec un automate ( configuré selon des risques, des limites…)

    Tout ca n’a rien de nouveau, ca fait pres de 10 ans que le HFT existe en Europe…

    1. Bonjour Djorm, si connaissez très bien le sujet, c’est avec un grand plaisir que j’en discuterai avec vous autour d’un verre. Les gens qui peuvent et veulent en parler sont rares.

      Pour les DDoS : google « quote stuffing »

      Le fait que cela existe depuis longtemps : oui. Mais que cela ait pris cette proportion, c’est récent. Aujourd’hui, les gens les mieux payés et les plus respectés dans une banque, ce sont les équipes qui s’ccupent du HFT. C’est un bon indicateur à mon sens. Lourd de sous-entendus. Enfin, mon analyse est qu’avec la manne de l’argent gratuit fourni par les banques centrales (proche de zéro % aux US), les banques ont trouvé un moyen facile de financer cette activité. Placer de l’argent gratuit avec une grande chance de gagner, c’est plus sympa.

      Pour ce qui est des erreurs humaines comparées aux erreurs des algos…

      ahem…

      L’échèle de mesure de temps n’est pas la même. Laissez un peu de temps aux algos pour qu’ils puissent nous montrer tout ce dont ils sont capables. Le 6 mais était pas mal, mais je suis persuadé qu »ils peuvent faire mieux.

  2. J’aurais envie de dire, on s’en fout, qu’ils jouent avec leur argent si ça leur fait plaisir.

    Le problème avec ces conneries c’est que la bourse a un impact sur l’économie réelle via les banques, et donc ce sont les entreprises et les ménages qui paient les pots cassés en cas de crash.

    Je pense qu’il faut encourager les initiatives de banques « responsables », mais ce n’est pas gagné face aux poids lourds de la finance…

  3. Le HFT est un veritable cancer.

    Je me permets de copier un petit article que j’avais publié sur facebook (c’est ça de ne pas avoir de blog). Je ne le prendrais pas mal si c’était modéré, c’est un peu long, mais ça peut donner à réfléchir.

    Mon gestionnaire de fortune est un robot

    En lisant le magazine Swissquote de septembre, j’ai appris que la banque spécialisée dans le e-trading proposait un nouvel outil destiné aux boursicoteurs. La particularité de cette plateforme est d’être presque entièrement automatisée. Il suffit d’entrer quelques paramètres; quel risque je désire prendre, dans quel secteur je veux investir, telle monnaie et pas l’autre, etc. On peut très bien en rester là et laisser la bestiole tourner et gérer son capital. Et hop ! les algorithmes prennent le relais et donnent des ordres d’achat/vente en fonction des paramètres que vous avez choisis et du marché. N’est-ce pas formidable !

    Faisons un petit saut dans le passé : 6 mai 2010, jour du « flash crash » où le Dow Jones a décroché de 900 points en une heure, où une action de Apple, pendant quelques minutes, valait 100’000 $ tandis que celle de Procter&Gamble pointait à 0.01$ .La raison officielle qu’ont transpiré les médias serait qu’un trader aurait entré quelques zéros de trop dans un ordre, emballant alors le marché. Mais certains, à juste titre, pensent qu’un autre coupable s’en est tiré à bon compte : les programmes robots carburant à l’algorithme ultra-sophistiqué. En effet, derrière la majorité des transactions ne se trouvent pas des hommes, mais des programmes informatiques voraces qui peuvent passer plusieurs ordres à la millisecondes, voire microseconde, sur certaines places boursières (High-Frequency Trading). Sans entrer dans les détails techniques et chronologiques du 6 mai (bon article ici pour les intéressés : http://www.finance-investissement.com/tendances-le-flash-crash-du-6-mai-pourrait-se-reproduire-n-importe-quand/a/32027), c’est très probablement ce système qui s’est emballé et a failli mettre l’économie mondiale à genou.

    Pour en revenir au programme de Swissquote; en tant qu’individu responsable, le suis-je vraiment en confiant mon argent à une machine dont je n’ai pas la moindre idée de son fonctionnement, ni de comment elle est contrôlée? Je n’ai aucune influence sur le marché à titre personnel, mais qu’en sera-t-il si tous les boursicoteurs du monde commencent à utiliser ce système automatisé? Ca commence à peser lourd dans la balance.
    Faut-il participer à cette économie presque entièrement mathématisée où la principale motivation est la plus-value et l’accélération des échanges? Aujourd’hui les plus gros bénéfices sont générés grâce à des informaticiens et des mathématiciens, juste parce qu’ils sont capables de créer des machines en mesure de grapiller quelques centimes par transactions, parce qu’ayant une puissance de calcul et une « intelligence » supérieure à la concurrence.
    La bourse n’est-elle pas censée être une représentation de la réalité et de son potentiel à long terme, non pas un réseau géant d’ordinateurs qui calcule à ultra court-terme en fonction de paramètres que les hommes veulent bien lui fournir?

  4. Le fonctionnement actuel de l’économie financière financier, c’est devenu « la prime à la casse de l’économie réelle ». Lorsqu’un fonds rachète une boîte (en lui faisant de mirobolantes promesses d’investissement), on peut être sûr qu’à court terme l’entreprise en question fermera, vampirisée jusqu’à l’os, même si elle a un vrai marché. C’est d’ailleurs comme ça que sont nées pas mal de SCOPS – qui elles, dans la foulée pourtant, marchent bien (puisqu’elles font des réserves au lieu d’engraisser des actionnaires – et qu’elles appartiennent à leurs propres salariés, 1 personne = 1 voix).
    Autre truc inquiétant, les dark pool. Rue89 en parle assez régulièrement. Exemples :
    http://eco.rue89.com/2010/06/01/vous-aimez-la-crise-vous-adorerez-les-dark-pools-153163
    http://www.rue89.com/entretien/2010/01/31/le-jour-ou-la-fraude-a-controle-leconomie-135937

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