Grève des mineurs espagnols : quand l’industrie est sous perfusion européenne

Depuis le mois de Mai 2012, de nombreux mineurs tentent de faire valoir leur droit à la grève et leur droit au travail mais le gouvernement Espagnol ne l’entend pas de cette oreille. Ainsi, dans des provinces d’Espagne, des centaines de mineurs se battent contre les forces de l’ordre dans un conflit ultra violent.

Là bas, ce n’est pas la France. Là-bas ça castagne dur. La mobilisation des mineurs est totale : Opérations « ville morte » et blocages, marche organisée pour se rendre à Madrid.

Etrangement, la presse internationale traite très peu ce conflit et les chaînes de télévision et radio sont peu dissertes sur le sujet (se contentant de copier coller et ne creusant pas vértiablement les vraies problématiques).

Les origines du conflit :

Retour sur les origines de ce conflit, opposant mineurs aux gardes civiles espagnols. Comme l’expliquent l’AFP ou l’Express :

En restructuration depuis 20 ans, les mines de charbon espagnoles ont  progressivement fermé. Une quarantaine sont encore en activité,  principalement dans le nord, faisant travailler 8.000 mineurs. Mais le charbon espagnol, plus cher que le charbon importé, dépend  des subventions de l’Etat, qui, sur décision de Bruxelles, prendront fin en 2018. Marchant  depuis le nord de Madrid, agitant leurs drapeaux régionaux, les mineurs en habit de travail bleu foncé sont passés devant le Palais de la  Moncloa, la résidence du chef du gouvernement Mariano Rajoy, criant  « nous sommes des mineurs, pas des terroristes », « ils sont là, ceux qui  extraient le charbon ». Ajoutant à ce déclin, le gouvernement de droite, engagé dans une  chasse au déficit public, a décidé de réduire de 301 millions d’euros en  2011 à 111 millions cette année les aides au secteur. De quoi  condamner, selon les mineurs, jusqu’à 30.000 emplois directs ou  indirects. Après l’échec de plusieurs réunions avec le gouvernement, la grève  s’est radicalisée au fil des semaines et a souvent dégénéré en violences  dans le nord de l’Espagne.

L’Espagne sous perfusion européenne :

La problématique, qui n’est pas vraiment soulevée dans la presse, est pourtant bien claire : le charbon et les mines espagnoles dépendent de l’Europe et de ses subventions. Du coup, d’autres questions viennent se glisser dans l’histoire : Pourquoi l’Europe ne veut-elle plus subventionner le charbon espagnol? Plus inquiétant, depuis hier, 30 nouveaux milliards aux ont été reversés aux banques espagnoles alors que l’Espagne diminue d’un autre côté les subventions de son propre secteur minier.

« S’il n’ont pas 160 millions à nous donner maintenant, que vont-ils nous  donner jusqu’en 2018? ». Francisco Martin protestant  contre les « 20 milliards d’euros » consacrés au sauvetage de la banque  Bankia.
« La question qu’on se pose tous ici, c’est: où est passé l’argent, toute  l’aide européenne ? Elle s’est perdue en chemin. Les régions ont  dilapidé cet argent et la reconversion de la zone n’a pas eu lieu ». Ruben Dario, responsable du syndicat CCOO.
En réalité, on constate que l’Espagne est l’un des derniers pays Européen producteur de charbon (la pologne étant encore producteur de cette énergie controversée à Bruxelles). L’industrie du charbon est considérée comme trop couteuse et trop polluante par la commission : la catastrophe de Fukushima a incité certains pays du monde à un retour au charbon ou à se consacrer aux energies renouvelables (L’Allemagne par exemple a stoppé ses activités nucléaires mais ne peut se consacrer aux énergies renouvelables faute de ressources financières, idem pour l’Italie et la Belgique.). La commission de Bruxelles, elle, continue sa lancée visant à réduire le gaz a effet de serre en Europe. Du coup, l’Espagne est condamnée à  abandonner progressivement ses mines de charbon, et doit faire face à des  baisses de subventions de la Commission Européenne (qui seront stoppées d’ici 6 ans). Dans cette logique, le gouvernement Espagnol a baissé de 63 % ses subventions auprès des Asturies and co. D’où la colère des mineurs qui résonne dans les collines espagnoles et jusqu’à Madrid.

Une perfusion qui date :

Le problème de l’industrie du charbon en Espagne n’est que l’arbre qui cache la forêt. Ce n’est pas seulement cette industrie qui est visée ou dépendante de la commission Européenne et de ses subventions, mais la quasi totalité des industries du pays. L’Espagne est depuis très longtemps (comme beaucoup d’autres pays de l’UE) sous perfusion Européenne.
Remontons le temps jusqu’au 13 juillet 2009 et le chiffre de 6,3 milliards d’euros. C’est le chiffre du montant total des subventions européennes, principalement au titre de la politique régionale que l’Espagne pouvait ne plus toucher à l’époque. Les programmes cadres régionaux de l’Espagne pour 2007-2013 n’ont pas été alors approuvés par la Commission Européenne. La raison ? Les fonds devaient être distribués aux nouveaux états membres de l’UE (à l’époque les 12 nouveaux Etats membres, le Portugal et la Grèce). Entre 2007-2013 encore, 308 milliards d’euros devraient être dépensés au titre des fonds structurels, soit près de 36% du budget communautaire par trois organismes : (FEDER), (FSE), et le Fond de cohésion. Sur cette même période, l’industrie de la pêche espagnole s’est vu allouer 767 millions d’euros par Bruxelles – soit bien plus que n’importe quel autre pays de l’UE. Perfusion ? vous avez dit perfusion ?
D’autres industries étaient, et sont encore sous perfusion européenne. Le textile espagnol par exemple, est soutenu par le Fonds européen d’ajustement à la mondialisation (FEM), et ce, depuis Aout 2010. La demande Espagnole de subventions pour l’industrie du textile fut approuvée par le FEM. 1 844 700 euros, c’est la somme demandée afin de sauver 500 emplois menacés dans le domaine de l’habillement sur la péninsule ibérique.
La commission de Bruxelles est non seulement le fournisseur officiel de fond monnétaire d’un pays, mais en plus, la CE est garante de la sauvegarde d’emplois d’un pays.

Les options de l’Espagne :

D’après une étude menée par le groupe BPCE et réalisée par Natixis, étude parue le 14 mai 2012, Il y a aujourd’hui seulement trois possibilités pour l’Espagne :

– l’acceptation  par les espagnols des coûts (perte de production, chômage) de  l’ajustement réel, c’est-à-dire du retour à la solvabilité par les  politiques budgétaires restrictives, la baisse des coûts salariaux ;
– l’acceptation  par l’Europe (par l’Allemagne) d’une stratégie coopérative : allègement  de la contrainte extérieure qui pèse sur l’Espagne (financements à taux  d’intérêt faibles, achats de dette par la BCE) ; aide au développement  du secteur exportateur en Espagne ;
– le  refus par l’Espagne des coûts de l’ajustement réel et le refus par  l’Europe (par l’Allemagne) de la stratégie coopérative, conduisant  inévitablement à la sortie de l’Espagne de l’euro.
L’étude dans son intégralité :

Espagne

Les conséquences de la politique européenne de subventions  :

Bruxelles, ne souhaitant pas accompagner les pays membres de l’UE dans un retour aux industries du charbon, les USA  deviennent par conséquent les premiers exportateurs mondiaux de charbons vers l’Europe, l’Asie et le monde.

La question de fond (de la mine) de ce problème des emplois des mineurs espagnols est certainement celle-ci : jusqu’à quel point l’industrie européenne peut-elle être encore maintenue par le système de subvention européen ? Et plus grave : si l’argent ne coule plus de Bruxelles vers les industries des pays membres comme l’Espagne, que restera-til de la plus grosse économie mondiale dans quelques années ?
Difficile à dire encore aujourd’hui, mais ce qui est à peu près sûr, c’est que les mineurs européens vont devoir creuser, creuser, et creuser, pour trouver des fonds et sauver leurs emplois. Parce que Bruxelles et  l’Espagne ne sont plus prêts à investir le moindre « kopeck » supplémentaire.
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Auteur: Snow

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18 thoughts on “Grève des mineurs espagnols : quand l’industrie est sous perfusion européenne”

      1. Pour la vrai violence, il faut être 2. La guardia civile a encore de fort relents franquistes. Pas la moindre discussion, des coups de matraques, donc une réaction ub poil violente peux s’envisager quand elle est portée par le désespoir

  1. Ouais, OK, mais le charbon…. c’est le passé. Rappelons que l’Espagne est le premier élève de la classe mondiale au niveau de l’énergie solaire. Les pauvres mineurs doivent se faire à l’idée que le charbon est une industrie qui va mourir ou aller en Chine, premier pollueur de la planète ?

  2. Juste comme ca, et si la question etait: « jusqu’a quand les secteurs en difficulte pourront-ils dependre de subventions publiques pour s’en sortir? »

    Ce n’est pas forcement un mal de subventionner les secteurs critiques ou emergents, mais qu’en est-il des secteurs d’activite obsoletes ou trop peu rentables?

    (Notez que je considere que des domaines comme la sante, l’enseignement et la justice n’ont pas a etre rentable vu leur caractere critique pour la societe.)

  3. Bien évidement la question n’est pas abordé par les médias, elle devrait alors aborder la questions de l’emploi, des salaires et de la mobilisation des pouvoirs publics dans l’industrie.

    Thèmes qui ont été abandonnée il y a bien 30 par la société au profit de la chance aux chanson ou encore secret story…

    Le problèmes comme vous le souligner, mais sans donner de réponse, est : où est-ce que va l’argent : dans la poche des patrons de banques, dans les comptes off-shore de ceux-ci, mais surtout, surtout pas ni dans la mine ni pour les mineurs.

    C’est très bien de donner le rapport de Natixis (bien que je ne l’ai pas lu) dans la démarche journalistique. Mais par ailleurs j’en ai strictement rien à carrer, moi ce que je vois c’est les types se battent pour des milliers d’emploi (comme d’ailleurs d’autres en europe, en france..) et que les keufs les matraquent allègrement : cf les vidéo qui tournent sur la manif à madrid du 11/07/2012…

    C’est vrai que l’on peut se poser la question du charbon, du nucléaire, mais la question n’est même pas posé en ces termes…On veut couper les bourses à l’espagne, c’est tout.

    @Wrym : au même titre que la santé, l’éducation, etc…. au nom de quoi n’importe quel industrie doit être rentable? A:ors que le bénef reste dans la poche de l’oligarchie dirigeante?

  4. « Le problèmes comme vous le soulignez, mais sans donner de réponse, est : où est-ce que va l’argent ? »

    C’est une très bonne question. Qui a d’ailleurs été posée par les syndicats. Pour le rapport, il est vraiment instructif.

    Pour le reste, il est évident que les violences sont scandaleuses. Et de ce côté là, je ne me fais pas de soucis en ce qui concerne leurs diffusions par les médias traditionnels. mais l’information doit elle s’arrêter là ? je ne crois pas.

    Hier, Canal Plus dans le grand journal a évoqué le sujet de l’Espagne. Les chiffres donnés par l’AFP ont été communiqués mais sans explications, sans réel travail journalistique de fond mais plus de forme. on montre des images violentes, de manifestations avec une voix off qui vous lis le texte de l’AFP. Rien de neuf sous le soleil.

    Je vais voir ce que je peux faire pour trouver les réponses à vos questions.

    merci.

    1. Interessant.
      Par contre cela ne me donne pas encore les informations sur « ou est parti l’argent ? ». J’ai trouvé quelques documents qui parlent de la répartition du budget alloué par l’UE auprès de l’Espagne en 2009 et ce qu’en a fait l’ESPAGNE.

      Plus des 2/3 à la restructiration et aux travaux.

      Creusons, creusons, on va bien finir par savoir… Ce qui est ultra inquiétant c’est de voir qu’en fait l’Espagne (et d’autres pays ?) n’est pas « souveraine » des emplois de son pays, la CE est garante des emplois, d’en créer ou d’en sauver, par l’argent qu’elle libére ou pas. Ce que les médias ne disent absolument pas. Ce que personne n’explique.

      En gros, le gouvernement Espagnol ne pourra jamais accèder aux requêtes des manifestants et syndicats en terme de budget si Bruxelles ne fléchit pas. Et vu la politique menée par Bruxelles en terme d’allocations budgétaires, je crois que c’est définitivement mort. (sauf erreur de ma part).

  5. Bonjour,

    Je passe sur les problématiques de stratégie industrielle des Etats (soutenir un secteur en particulier, comme la santé…ou le charbon, dans le cadre d’une volonté d’indépendance énergétique).

    Je souhaitais seulement revenir sur un point (qui est loin d’être un détail) : on est d’accord que lorsque vous parlez du soutien financier de la Commission Européenne, tout cet argent vient des Etats eux-mêmes, à la base ?

    Alors il y a une logique de redistribution propre à la CE, et l’Espagne n’est pas contributeur nette il me semble (cad qu’elle reçoit plus qu’elle ne donne). Il n’empêche que si l’Espagne ne faisait pas partie de l’UE, peut-être qu’il n’y aurait pas ce problème puisque l’Etat espagnol pourrait décider, lui, de poursuivre la perfusion au secteur minier. Ou pas.

    Bref, tout ça pour dire que le financement de CE ne fait la pluie et le beau temps que parce que nous le voulons bien. C’est notre argent à la base, il vient pas ex-nihilo de l’UE. Et donc un débat nous permettrait probablement d’en contrôler facilement et démocratiquement bien plus la destination.

      1. Non, je laisse le soin aux espagnols de gérer leurs affaires.
        (Même si je ne serai pas contre l’idée de réfléchir sérieusement à une assemblée constituante pour la France dans un premier temps, puis pour l’Europe, pourquoi pas. Mais c’est un autre débat.)

        En fait, je réagissais seulement à certains passages (comme : « le charbon et les mines espagnoles dépendent de l’Europe et de ses subventions »).
        Cela renvoie – mais c’est mon point de vue – un peu trop l’idée que sans l’UE ce secteur serait fermé depuis longtemps. Or ce n’est (peut-être ?..) pas le cas.

        Bref, une simple petite clarification. D’où ma question.
        Si c’est une erreur de ma part, je serai ravi d’avoir des infos supplémentaires.

        Merci beaucoup, pour Reflets en général et votre réponse en particulier. ;)

        1. Disons que c’est une idée plus qu’une affirmation, un point de vu un peu plus impliqué de ma part. Il y a beaucoup de secteurs qui dépendent de l’UE en fait.

          « Entre 2007-2013 encore, 308 milliards d’euros devraient être dépensés au titre des fonds structurels, soit près de 36% du budget communautaire par trois organismes : (FEDER), (FSE), et le Fond de cohésion. »

          Si l’UE redistribue moins à l’Espagne c’est parce que d’autres pays ont bénéficié de certaines sommes qui étaient allouées à l’Espagne précédement. Et comme a priori le gouvernement ne veut plus / peut plus redistribuer lui même, je me demande jusqu’à quel point l’UE serait garante de certains secteurs dans certains pays. Et vu que la politique de l’UE n’est pas à la « pollution au charbon » mais plutôt a réduire les gaz à effet de serre, je doute de voir une amélioration quelconque en Espagne pour les mineurs.

          C’est vraiment une question interessante. D’ou l’idée d’un pays sous perfusion Européenne.

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