Grèce, Europe : tuons le messager

Standard & Poor’s a revu la note grecque de BB- à B tandis que Moody’s l’a placée sous surveillance pour un futur abaissement. Standard & Poor’s estime qu’une réduction de moitié de la valeur nominale de la dette est possible. En clair, la valeur des obligations grecques pourrait être divisée par deux. Une perspective qui agite les marchés. Les investisseurs en seraient pour leurs frais. L’idée d’une restructuration est de plus en plus admise par les marchés. Du coup, la peur est de retour. Et si la Grèce entraînait avec elle le reste de l’Europe ?

Depuis des mois, Bruxelles s’entête. Selon les patrons de l’Europe, les pays périphériques sont sauvés, on leur a donné les moyens financiers de sortir de leur crise et il n’y a plus qu’à attendre que tout rentre dans l’ordre. Tout en infligeant a ces pays des plans d’austérité drastiques qui les empêchent, structurellement, de renouer avec la croissance, elle-même étant nécessaire pour faire baisser le coût de leur financement…

Pas de bol, les investisseurs n’y croient pas un instant. Les CDS (un outil financier permettant de s’assurer contre un défaut d’un pays ou d’une entreprise) ne cessent de grimper.

Pour arriver à cette conclusion, lesdits investisseurs se basent sur deux choses. La première, ce sont les fondamentaux macro-économiques. Ces pays vont toujours très mal et le rythme est insoutenable à long terme. Il n’y apas d’alternative à un rééchelonnement. Par ailleurs, il y a une part d’irrationnel et d’auto-réalisation. A force de dire que le pays va rééchelonner, le coût du financement sur les marchés augmente. Un cercle vicieux. Mais cet argument est moins important que le premier. On peut nier la réalité, mais elle finit toujours un jour ou l’autre par se dresser sur votre chemin, telle un mur implacable.

Méthode Coué

L’Europe elle-même commence à comprendre que l’auto-suggestion ne marchera pas beaucoup plus longtemps. La méthode Coué est aussi une tentative d’auto-réalisation à sa manière. Répéter inlassablement que tout va bien peut finir par payer. Ce n’est pas le cas puisqu’un nouveau plan d’aide est envisagé, de même que les taux appliqués à l’Irlande pourraient être abaissés. Tout, plutôt qu’une restructuration… Même si ces solutions seront probablement un pis-aller, une cautère sur une jambe de bois.

A terme, lorsqu’elle interviendra, la méthode de restructuration (de défaut en fait) retenue sera intéressante à analyser. Clairement, cette annonce traduira un échec cuisant pour l’Europe mais elle sera présentée de telle forme que l’on ne puise la définir comme ce qu’elle est véritablement. On parlera peut-être d’allongement du délai de remboursement, de réduction de la valeur nominale des obligations, mais pas de défaut. Pourtant, c’est techniquement de cela dont il s’agira.

On peut, comme la Gèce et le Portugal lancer des actions judiciaires pour faire condamner des analystes économiques ou des agences de notations (essayer de tuer les messagers), il n’en reste pas moins que leurs fondamentaux économiques sont déplorables.

On peut continuer à crier que « cela n’arrivera pas » à propos de la restructuration de la dette, il y a peu de chance pour que les marchés avalent ces sornettes. D’autant que l’Europe dans un bel ensemble et les pays concernés eux-mêmes ont démenti tout aussi fermement au fil des mois qui ont précédé l’annonce d’un déclenchement de plans de soutiens, qu’ils aient besoin d’une telle aide internationale. Pierre et le Loup ?

Il est amusant d’ailleurs de constater que les plus hautes autorités européennes ont admis avoir menti la semaine dernière pour « s’auto-préserver ». Wall Street était ouvert et valider le fait qu’il y ait une réunion secrète des ministres des finances européens aurait fait plonger un peu plus l’euro. Du coup, ils ont démenti. Alors que cette réunion s’est effectivement tenue. Un message clair et intelligent adressé aux marchés : si besoin, on vous racontera n’importe quoi.

Cette situation catastrophique des pays périphériques n’est pas sans conséquence pour toi, ami lecteur qui vit dans un des pays les mieux placés avec l’Allemagne. Lorsque la chaîne de Ponzi s’écroulera (ne parlons même pas des Etats-Unis), ta situation va se dégrader d’un coup d’un seul. Les plans d’austérité qui ont déclenché de véritables émeutes en Grèce (dont on ne te parle pas), vont être appliqués un peu partout. Y compris, probablement, chez toi.

C’est d’autant plus flippant qu’aux prochaines présidentielles, il te faudra choisir entre le pire président de tous les temps, Nicolas Sarkozy, et Dominique Strauss-Kahn, l’artisan de ces plans d’austérité. Oh, bien sûr, il te reste la fille du borgne et son cortège de haine. Mais sur ce point, je suis confiant. Depuis le documentaire sur la guerre qui a secoué les étoiles, tout le monde sait que la voie menant au côté obscur est une impasse.

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Auteur: Antoine Champagne - kitetoa

Dinosaure du Net, journaliste à ses heures. A commis deux trois trucs (Kitetoa.com, Aporismes.com et Reflets.info).

3 thoughts on “Grèce, Europe : tuons le messager”

  1. Tu mets le doigt sur le point le plus grave de cette histoire : l’existence même des CDS. Cette invention est complètement diabolique puisqu’elle empêche la Grèce de se relever.

    Rapidement, les CDS, comme tu le dis, sont des assurances que les gens prennent pour se prémunir de la faillite d’un état ou d’une entreprise. Le truc vicieux est qu’il n’est pas nécessaire d’être créancier de ces états ou entreprises pour pouvoir acheter une assurance. Comme dirait Paul Jorion, cela revient à prendre une assurance pour la bagnole de son voisin. On se retrouve à espérer la faillite du pays (ou le vol de la voiture de son voisin) afin de toucher la prime.

    Le truc encore plus vicieux c’est que les établissements financiers se servent de ces CDS pour caler les taux d’intérêt auxquels peut emprunter la Grèce. Ils considèrent que si les gens cherchent à se prémunir de la faillite de l’état c’est que le risque de faillite est grand, d’où l’explosion des taux d’intérêt. On entre dans un cercle vicieux où la seule issue est réellement la faillite de la Grèce, ou la renégociation de sa dette, qui arrivera inexorablement.

    Sad…

  2. Effectivement on critique le phénomène d’autorealisation des predictions des agences de notation (ou d’amplification des problemes), mais on ne peut pas reprocher aux agences de montrer une realité qui ne nous plait pas sous pretexte que ca permettrait de continuer comme si rien n’etait.

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