Frédéric Mitterrand repasse bien ses vêtements. Trop ?

Si vous le voulez-bien, commençons par une petite digression. Parlons du métier de journaliste. Il est courant qu’un journaliste s’enorgueillisse de donner la parole à la personne dont il va parler dans son article. Il y a même des gens, et parfois des journalistes, pour vous dire que c’est une règle d’or. Oui, mais non.

Prenons un exemple simple. Vous avez découvert qu’un homme public a détourné de l’argent et qu’il égorge des petits enfants dans sa cave. Vous ‘appelez pour lui demander son avis sur votre info ? Que peut-il répondre ? Au mieux, une gadgétophrase. Du genre : « absolument pas, d’ailleurs j’ai toujours payé mes dépenses personnelles sur mes propres deniers et je peux le prouver. J’ajoute qu’il n’y a que des grands crus dans ma cave. Mes adversaires politiques ont dû tomber bien bas pour véhiculer ces ragots. En outre, vous, espèce d’immonde gratte-papier, je vais vous attaquer en justice pour oser véhiculer ce genre de choses ».

Voilà, la messe est dite. Qu’apporte le témoignage de l’homme en question dans l’article ? Rien.

L’autre marotte des journalistes (souvent), c’est d’être dans les listes de toutes (et tous) les attaché(e)s de presse pour recevoir les communiqués, des invitations à plein de trucs, bénéficier de prêts de matériels, de cadeaux variés.

Maintenant, passons aux attachés de presse. Depuis toujours, ils sont bien mieux payés que les journalistes. Et ce n’est que justice, puisqu’ils rédigent les articles d’une bonne tranche de la population journalistique. A base de communiqués pré-mâchés.

Vous êtes sur les listes ? Vous recevez des articles pratiquement rédigés, avec des phrases entre guillemets, prêtes à l’utilisation. Même pas besoin de mettre au micro-ondes.

Du coup, on retrouve parfois des paragraphes similaires sous la plume de deux journalistes, dans des supports complètement différents.

Par ailleurs, les attachés de presse ont souvent tendance à faire barrage, à ériger une muraille de Chine entre le journaliste et la personne que le journaliste veut joindre. Ça les rend, pensent-ils (elles), indispensables. Ou alors, les attachés de presse vont orienter sur la bonne personne qui aura la bonne promo enrobée de storytelling à fourguer.

Tout ça pour dire quoi ? Pour dire que Reflet a voulu faire, pour une fois, comme une grosse partie des journalistes. Nous avons pris notre cyber-plume et nous avons écrit aux services de presse Christine Lagarde (Bercy) et de Frédéric Mitterrand (Culture).

Résulat ? Néant.

De deux chose l’une, soit nos questions n’étaient pas politiquement correctes, soit les services de presse des deux ministres n’en foutent pas une rame sont débordés. Ni l’un ni l’autre n’ont répondu. Même pas un petit « kikoolol, on a bien reçu votre mail et on va vous répondre l’année prochaine, ptdr« .

Nous avions quelques questions pour le service de presse de Frédéric Miterrand. A propos d’un document.

Il se trouve que Google, indexant les serveurs de la terre entière et de la galaxie des Kligons au passage, il y a un petit fichier qui traînait sur le Net.

Dans ce fichier, la liste des marchés notifiés par le ministère de la Culture et de la communication en 2010. C’est très instructif.

On y trouve par exemple une ligne énigmatique :

 

Attendez… Soit on ne sait pas lire, soit le ministère de la Culture paye 120.000 euros pour faire repasser les costumes de Frédéric Mitterrand…

Ah…. Attendez…

On a un appel au standard de Reflets. C’est un certain Frédo M. de Paris : « Bonsooooooaaaaaarrrr, je voulais vous demander, pour le cirage des chaussures, on fait comment ? Qui paye ? »

Plus sérieusement, Reflets voudrait saluer l’ambiance studieuse qui règne au ministère. Au ministère, on étudie. On étudie énormément.

Si l’on ajoute les colonnes qui contiennent « Etude », on obtient la modique somme de : 783 230 euros. Une paille.

Attention, hein, ça nous fait quand même un quart de campagne de pub d’Agence H, tout de même.

Oui, on ne compte plus en « Kerviels », mais en « Agence H ».

Et puis, pour rassurer les ours qui développent des sites complexes au fond de leurs grottes, sachez qu’un jour, vous allez être riches. Prenons un exemple… Il suffit que vous décrochiez par exemple, le contrat de « refonte du site culture.gouv.fr ». D’un coup, ce sont 529 065 euros qui tomberont dans votre poche.

Il est toutefois plus rentable de fournir, comme SFR, « deux réseaux privés virtuels Ethernet en fibre potique (sic) pour l’interconnexion de sites du » Ministère de la Culture.

 

 

 

 

 

Message personnel : je veux bien repasser les chemises du ministre, pour moitié moins. Ecrire à journalistepasriche@gmail.clom

 

Twitter Facebook Google Plus email

Auteur: Antoine Champagne - kitetoa

Dinosaure du Net, journaliste à ses heures. A commis deux trois trucs (Kitetoa.com, Aporismes.com et Reflets.info).


34 thoughts on “Frédéric Mitterrand repasse bien ses vêtements. Trop ?”

  1. Et puis faire faire son pressing à plus de 60 km du ministère, c’est encore un bon point pour son bilan carbone: http://tinyurl.com/693782r c’est a croire qu’il n’y a plus de pressing sur paname digne de ce nom. ps: vous pouvez aussi leur donner un coup de tél pour savoir à quoi correspond ce marché, ils ne doivent pas avoir d’attaché de presse, enfin je pense ;)

  2. Dans le fichier EXCEL (dont vous auriez pu fournir le lien), pas mal d’études manquent de clarté…mais on peut facilement les retrouver
    L’Etude Ernst & Young, par exemple, sur la fiscalité dans le secteur culturel : Monétiser les médias numériques – Créer de la valeur que les consommateurs sont prêts à payer !!!

    Les conceptions de site web à 40000 boules; pour http://www.lascaux.culture.fr/, c’est un peu bcp de pognon, me semble-t-il…
    Enfin, un gros gaspillage au Ministery of Truth, vivement qu’ils dégagent tous en 2012, remplaaçés par d’autres bureaucrates oublieux du pouvoir d’achat du contribuable.

  3. Je retiens surtout qu’il n’y a aucune réponse de la part des intéressés !
    Et c’est trop fort, on trouve aussi : « Etude de neutralité de l’intrnet : modalités techniques et enjeux économiques 03/12/2010 IDATE 34092 30 000,00  » Apparemment il ne connaisse pas tout ce qui existe déjà !!!! (http://prod.culture.gouv.fr/mcc/content/download/10613/71013/file/Liste%20des%20marchés%20notifiés%20par%20le%20MCC%20en%202010%20(publication%20internet%20avril%20201).xls)

      1. Peut être un élément de réponse : http://tinyurl.com/5r7kwdm « Au cours du premier trimestre de chaque année, le pouvoir adjudicateur ou l’entité adjudicatrice publie, sur le support de son choix, une liste des marchés conclus l’année précédente. « ……………….. »sur le support de son choix »

  4. Pour ma part je remarque surtout les montants : 120000, 120000, 120000, 121234…
    Un peu comme quand on a droit à 120000€ de frais mais qu’il faut trouver quelque chose pour les justifier…
    Du coup on met un peu n’importe quoi en espérant que personne ne regarde trop en détail…

  5. Faudrait presenter la chose en precisant que pour laver sont linge Mr le ministre utilise 8 ans de salaire d’une personne qui gagnerai le smic ! C’est encore plus scandaleux sous cette forme ! Une seule solution : Piques et fourches !

  6. Merci pour cet article (et aussi en passant pour les autres articles que je viens lire régulièrement mais que je ne commente jamais).
    Pour revenir à votre article j’aimerai savoir si vous allez essayez de donné une suite à celui çi, en effet qu’un ministre puisse s’octroyer le droit de laver son linge pour 111ans de SMIC, ça me révolte!

          1. Merci je vais aller regarder ça de plus près. Seulement si le député de ma circonscription est UMP je peux lui faire confiance pour enterrer l’affaire, non?
            Bon je vais quand même me renseigner sur les droits qu’ont nos ministres sur l’utilisation de leur budget, mais ce qui me fait le plus peur c’est que tout ceci soit légal!! :-(

  7. Ce document est hallucinant. Les 120 000€ de blanchisserie sont révoltants mais le reste l’est tout autant. La refonte du site pour 529 065€ faite par la filiale d’Orange est quand même énorme! Mais sur quoi se basent-ils pour attribuer leurs marchés?

  8. Ministère, pas ministre. Pour un ministère complet, c’est pas choquant sur un an, c’est un ministère très représenté en public, donc qui salit pas mal de linge.
    Par contre toutes les lignes de crédit à 120 000 exactement, ca sent pas le propre.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *