Faut y croire

“L’important, c’est d’y croire”. Ainsi parlait Zarathoustra… Heu… Non, ainsi parlait l’un des patrons de l’agence de com’ qui m’emploie. C’est sûr. Si l’on y croit pas, la com’ ne marche plus. Imaginez ! Si d’un coup, le monde entier se mettait à douter : “et si finalement, tous ces messages visant à me faire consommer bien plus que ce dont j’ai besoin, étaient, creux, inutiles, faux, tendancieux, mensongers ?”

Oullaaaah. Je n’ose imaginer. Mais alors… Plus besoin de la crème aux enzymes termo-hyponucléiques qui font maigrir de 10 kilos en moins de 3 jours ? Plus besoin de la pastille miracle qui fait rajeunir de 10 ans -testée et approuvée par 100% des femmes qui l’ont essayée-, plus besoin du dernier écran plat plus plat que plat et qui offre l’incroyable : zéro pixel défaillant ? Plus besoin de la troisième voiture dépolluante ? Ni de ce fabuleux ordinateur de poche qui fait calculette pour le même prix ?

La croissance en prendrait un coup (ah, c’est déjà le cas me dit-on dans l’oreillette. Le président n’a pas ramené des points de croissance avec les dents comme promis dans son message de com’ – en bas de l’article… ?).

Mince.

Non, non, il faut y croire.

C’est une sorte d’idée partagée en silence par tout le monde. De bas en haut et de haut en bas dans la hiérarchie d’une agence de com’ : “on y croit”. Personne ne se posant jamais ouvertement de questions bêtes du genre le produit tient-il ses promesses ? Le message que nous véhiculons n’est-il pas idiot ? Est-ce que l’on s’adresse à l’intelligence des clients potentiels ou flatte-t-on de bas instincts ?

On pourrait imaginer que tout le monde y croie sans trop se poser de questions. Mais non. Tout le monde sait bien au fond, que tout cela est vain, faux, ridicule… Mais, comme le dit le chef, “l’important c’est d’y croire”. Et donc tout le monde fait semblant. Personne ne parle. C’est comme un tabou.

Sauf que de temps en temps, c’est le client qui n’y croit pas. Il ne croit pas en son produit, qu’il n’arrive pas à vendre. Il ne croit pas en sa capacité à motiver ses clients sur son offre. Il pense que quand même, avec une si faible part de marché, c’est un peu la honte. Que même en faisant des cadeaux aux prospects depuis des mois, rien ne se passe. Il s’interroge. Que faire… Et quand il s’interroge de la sorte, il interroge l’agence qui lui fait sa com’.

Et que croyez-vous qu’il se passa au sein de l’agence ? Tout le monde s’interrogea ? Pas le moins du monde. On se lança dans un projet pour “vendre” le produit. Le rendre plus “appealing”, moins “anxiongène”, moins “déceptif”. Et tout cela, il a fallu le faire en dépit des crises d’angoisses sur son produit énoncées dans le détail par le client tout au long du “brief”. En faisant semblant de ne pas les voir.

Brief ? Qu’est-ce que c’est encore que ce machin me direz-vous ? Oui, vous avez raison, il faut que je vous explique ça…

Twitter Facebook Google Plus email

Auteur: Antoine Champagne - kitetoa

Dinosaure du Net, journaliste à ses heures. A commis deux trois trucs (Kitetoa.com, Aporismes.com et Reflets.info).

8 thoughts on “Faut y croire”

  1. Article sympa. Juste une petite faute de frappe sur l’avant avant dernier paragraphe : « Sauf que de temps en temps, c’est le client qui n’y croit pas. » le client ou le vendeur ?

    comm à supprimer ;)

  2. Par curiosité, j’ai décidé de visiter ce site. Mais c’est par intérêt que j’ai lu cet article. Etant étudiant en alternance en communication, je découvre le monde des agences de communication et je me demande chaque jour en regardant toutes ces publicités qui nous entourent : Est ce qu’un jour les gens cesseront d’être des moutons ? Est ce qu’un jour on verra des publicités qui diront, sans mensonges et sans ambages, ce que l’on va acheter ? Quels sont les moyens pour y parvenir ?

    Je ne sais pas si quelqu’un aura les réponses à mes questions, mais je sais par contre que pour changer un système, il faut en faire partie et c’est pour cela que je veux faire de la com’.

    Merci pour l’article.

        1. « […] je sais par contre que pour changer un système, il faut en faire partie […] »

          Ceci est une erreur grave en général mais surtout dans le domaine de la communication.

          En entrant dans ce monde, au mieux vous allez avoir envie d’en partir (aussi faudra-t’il que vous puissiez le faire), au pire vous allez rentrer dans le rang.

          Mais jamais vous n’aurez l’occasion de changer le système. Jamais.

          Car d’une part, ne croyez pas que vous allez rencontrer du « solide » contre quoi combattre à l’intérieur. Bien au contraire, vous allez faire face à la « mollesse » du cynisme et du second degré qui sont la substance même de ce milieu (« L’important, c’est d’y croire » est en effet une phrase connue), ainsi que l’utilisation abusive de l’illusion du libre arbitre (« Attends, faut pas prendre les gens pour des cons tout de même, ils sont libres de nous croire ou pas ! »).

          D’autre part, la réponse à vos questions est l’éducation. Et il est tout simplement impossible de la concilier avec la communication : ce sont les deux opposés !
          En effet, pour résumer, la communication (nom moderne et chatoyant de la propagande) impose alors que l’éducation permet de disposer. Ceci explique pourquoi tous les grands propagandistes ont toujours voulu contrôler l’éducation (pour mieux en détruire le but).

          Rien ne vous empêche fondamentalement (sinon la sensation de reboucher un trou en en creusant un autre) de gagner de l’argent en faisant de la communication et de faire de l’éducation pendant votre temps libre (écriture, conférences…) Jetez un œil sur ce qui se fait en éducation populaire par exemple.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *