Fichiers croisés, flics infiltrés: les eurogauchistes dans le viseur (part.2)

Si les fichiers policiers ont le vent en poupe, le recours aux méthodes plus traditionnelles de répression policière restent encore d’actualité. C’est l’objet d’une autre analyse passionnante de Statewatch, livrée en février dernier (document PDF en anglais), sur des commandos de flics infiltrés pour surveiller ce qui est appelé ouvertement les « euro-anarchistes ».

La pratique prévue au sein de l’UE depuis 2000 dans une « convention sur l’assistance mutuelle en matière criminelle ».

La nouveauté, si l’on peut dire, c’est d’envoyer des taupes anglaises dans les groupes radicaux allemands, par exemple. Ce qui aurait tendance à éveiller un peu moins les soupçons auprès des « vrais » militants…

 

Infiltrés itinérants et interchangeables…

 

C’est ce qu’a révélé le président de la police criminelle allemande (BKA), Jörg  Ziercke, devant des parlementaires. En donnant l’exemple de cinq officiers allemands « empruntés » par les britanniques lors du sommet du G8 de Gleneagles (Royaume-Uni) en 2005. Inversement, des flics de Scotland Yard ont infiltré des groupes radicaux allemands ou autrichiens. Comme début 2007 lors du G8 de Heiligendamm en Allemagne. A l’issue de ce sommet, le Conseil de l’UE finalisera un document pour légaliser cette pratique juridiquement instable (visant à « simplifier le déploiement transfrontaliers d’officiers infiltrés » [undercover officers]). Les « contrevenants transfrontaliers » — travelling violent offenders, cf notre premier volet — sont alors en bonne compagnie…

Citons le cas d’un certain Mark Stone. Ce faux militant de 40 ans s’est fait « outer » (repérer) en octobre 2010, d’abord dans un article anonyme paru sur Indymedia UK, et trois mois plus tard dans une enquête fouillée du quotidien The Guardian (lire ici une traduction fidèle de leur enquête).

Ce type s’appelait en réalité Mark Kennedy, et c’était un flic de la Met’ Police (Scotland Yard), membre d’un commando créé à la fin des années 90, le NETCU (National Extremism Tactical Coordination Unit) et chargé, résume Statewatch, « de surveiller les groupes anarchistes et d’anti-globalisation, comme les activistes de défense des animaux », très actifs au Royaume-Uni.

Mark Kennedy, infiltré professionnel, avant et après…

Kennedy, depuis 2003, est ainsi parvenu à infiltrer une douzaine de groupes radicaux en trainant ses guêtres dans une vingtaine de pays. Au lendemain de ces révélations, il a démissionné et exprimé ses plus vifs « regrets » (sic) à l’adresse de ses anciens « compagnons » qu’il a trahi pendant 7 ans. Dans un long entretien-confession accordé au tabloid anglais Daily Mail, il révèle que son téléphone Blackberry était sans cesse géolocalisé pour que ses chefs sachent où il se trouvait « en cas de problème »…C’était avant que les smartphones fassent flipper le Prime Minister David Cameron.

Juste après Kennedy, ce fut au tour de Simon Bromma, infiltré au sein des camps Noborder, de tomber à son tour, « outé » en décembre 2010. Six jours avant d’être grillé, Kennedy avait pris contact avec des membres français du groupe Dissent! — d’origine britannique, né en 2005 — afin de noyauter des actions qui se préparaient en 2011 à l’occasion des sommets du G8 (Deauville) et du G20 (à Cannes en novembre prochain).

Entendu par des députés, c’est le chef de la BKA en personne qui a révélé la cible principale de ces commandos interchangeables : les euro-anarchistes, simples militants comme « terroristes » d’extrême gauche (sic). Selon lui, il y a donc une « européanisation de la scène anarchiste » notamment en Grèce, Espagne, Grande-Bretagne, France, Danemark et Allemagne.

Un policier infiltré remet son brassard à l'abri des CRS (crédit RichardTrois / lepost.fr)

Et pour finir sur une note franchouillarde, Statewatch note que « peu de choses sont connues sur le rôle de la France dans la coopération internationale de policiers infiltrés. » « Ce type d’opérations sous couvertures, en lien avec des polices étrangères, sont gérées par le Service Interministériel d’Assistance Technique (SIAT) », un service de la PJ créé en 2004, comme l’écrit ici l’Express. « Il est fort probable que les autorités françaises déploient aussi des infiltrés dans les sommets internationaux ou dans des mouvements [écologistes]. La coopération policière franco-allemande fait souvent l’objet d’éloges. Lors du sommer de l’OTAN [Strasbourg, 2009], au moins quatre inspecteurs infiltrés ont été déployés. »

On ne peut rien leur cacher. Lors des manifs contre la réforme des retraites à l’automne 2010, ces faux-casseurs à capuche s’étaient fait repérés plus d’une fois.

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9 thoughts on “Fichiers croisés, flics infiltrés: les eurogauchistes dans le viseur (part.2)”

  1. Article nickel, par contre le dernier lien fait un peu dans le spectaculaire conspirationniste : le « ninja » a bien été interpellé, et s’est pris un an de taule, dont 6 mois ferme. La sévérité de la peine est certainement liée à la polémique sur le fait qu’il était un flic.

    Quand au passage sur Grenoble, outre que sa principale affirmation est fausse (il n’y a pas eu à ma connaissance de poursuites réelles, malgré les menaces, contre les deux sites), le parallèle BAC provocatrice (ce qui est juste le réel au quotidien dans bien des quartiers) et le problème des flics infiltrés dans les manifs est plus que foireux.

    Sinon, une autre affaire en Suisse bien réelle celle-ci, révélée la semaine dernière : http://www.lereveil.ch/contrib/de-la-cour-de-recreation-aux

    En cherchant un peu, on retrouvera la photo de l’infiltré sur Indy Suisse.

    1. A propos de l’affaire du Ninja, oui en effet ce type-là a été arrêté et jugé : il a en effet déclré que c’était un « vrai » gauchiste (même si ses déclarations ne m’ont pas convaincu, je dis OK). Mais je pointais du doigt le type à la baramine, qui s’était fait protéger ensuite par d’autres mecs louches. Je ne parlais pas du ninja… Relisez bien…
      A propos d’Hortefeux et des 2 sites qu’il a menacé, il y a eu enquête (il me semble) et les fics ont cherché à savoir qui était derrière ces posts. Mais je ne sais pas si ça n’a pas été abandonné.
      Sinon j’assume le lien entre des agents infiltrés pour provoquer les manifestants, et les flics provocateurs tout court qui chauffent les gamins pour avoir une occase pour les coincer plus tard. Mais bon, je reconnais que c’est limite… Bien vu pour l’infiltré suisse.

      1. arg, autant pour moi pour le Ninja. Mais il n’y a rien qui laisse penser que les personnes qui protègent « l’homme à la barre à mine » soient des policiers. Si tu te pointes, à mon avis, hein, dans une manif’ avec une barre à mine, je pense que tu fais un sorte que des potes interviennent si tu as un souci. N’importe qui a déjà fréquenté une manif autre que celle du 1er mai ou la gaypride sait ça, les manifs ça se fait en groupe affinitaire.

        Ton article est titré « Policiers casseurs : pourquoi Hortefeux n’attaque pas en diffamation », et je ne vois pas ce qu’il démontre du tout. Ensuite, pour le juralib et Indy Gre faut leur demander confirmation mais je suis à peu près sûr.

        Il me semble qu’il vaut mieux traiter les sujets séparément :
        – les flics déguisés en manifestants présents pour des arrestations (jusqu’à preuve du contraire, et personne ne l’a apporté pour l’instant).
        – les provocations policières régulières (avec des vrais flics qu’ont pas besoin de se cacher, au contraire)
        – les infiltrations de groupes militants, type services secrets et tutti quanti.

        Les rumeurs sur les flics « casseurs » sont très chiantes : elles pointent du doigt toutes les personnes qui ne défilent pas comme il faut. La mise en doute de la parole du « ninja » comme tu dis est pour moi un indicateur inquiétant : le gars a beau se défendre, ses camarades l’entourer, tu l’enfonces encore. Bref, c’est vraiment dommage pour la conclusion de ce texte intéressant.

  2. S’il y a bien des gens méprisables et haïssables, c’est ceux-là, ces flics infiltrés de merde, en un mot: ces traîtres.

    Ils seraient les premiers à hurler si un militant de gauche se faisait embaucher dans la police à seule fin d’en tirer des informations confidentielles. D’ailleurs, un type qui ferait ça se ferait probablement accuser de terrorisme et cogner à coups d’annuaire pendant 96H de GàV..

    C’est dommage qu’on ne voit pas mieux sa tête au gugusse qui va se planquer lâchement derrière les CRS pour retirer son brassard. Vraiment dommage. Quel plaisir ce serait de le croiser tout seul dans une rue sombre, sans ses potes pour le défendre..

  3. Des policiers ? Meuuh non, sot !
    S’il y avait des policiers sur cette planète, cela ferait beau temps qu’un Bush ou un Sarkozy seraient derrière les barreaux ! Tu nous parles simplement de pauvres laquais, là…
    :)

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