Eric Woerth : « vous reprendrez bien un peu d’effet kisscool » ?

Depuis 1914 il y a un journal qui raconte le monde tel qu’il est et non pas tel que le storytelling tente de nous le présenter. Et depuis toujours, ce journal est tellement dans le vrai que les procès perdus sont extrêmement rares. Il a des petites manies, ce journal. Notamment celle qui consiste à utiliser l’effet « kisscool ». Une première baffe pour les vilains qui veulent nous faire prendre des vessies pour des lanternes. Puis, quand les vilains viennent lâcher à la presse (assez complaisante pour leur donner une tribune) une gadgétophrase pour se dédouaner, le journal en question en remet une autre. Généralement un peu plus forte. On pourrait s’étonner de cet ovni dans le monde de la presse française. Du fait qu’il existe, qu’il gagne de l’argent (beaucoup). Qu’il fonctionne sans publicité. De mille choses encore. Mais non, ce qui est le plus intriguant, c’est que depuis teant d’année, avec tant de précédents, les gens épinglés dans le Canard Enchaîné continuent d’agir aussi bêtement. Qu’ils déclenchent eux-même le deuxième effet « kisscool »…

 


Pub Kiss Cool – Blemish par Zegoat

 

Dernier en date, Eric Woerth.

Notre ancien ministre du Budget, plus connu pour ses conflits d’intérêts variés, a fait l’objet ces derniers temps de quelques articles dans le Canard Enchaîné à propos de la vente de l’hippodrome de Compiègne. Résumons pour ceux qui n’ont pas suivi. L’hippodrome en question a été vendu pour une somme dérisoire. Certains mauvais esprits, comme le Canard, se demandent si le ministre n’a pas un peu favorisé l’acquéreur, d’autant que plusieurs services de l’Etat l’ont alerté sur le prix trop bas.

Et que fait notre bon Eric Woerth ? Il annonce son intention de porter plainte pour diffamation à l’encontre du palmipède. Bingo. Effet « kisscool » garanti. Cette semaine, le Canard a balancé une grosse série de baffes bien appliquées… Trois documents ont été publiés démontrant que le directeur technique et commercial de l’Office national des forêts, le président de la Commission pour la transparence des opérations immobilières de l’Etat et le directeur général des Finances publiques ont alerté le ministre sur les risques qu’il prenait en choisissant de brader l’hippodrome.

Et le Canard d’enfoncer le clou : « L’ancien ministre devrait pourtant savoir que l’administration a un gros défaut : ses archives sont bien tenues ». Souci pour Eric Woerth et les autres épinglés du Canard, le palmipède a lui aussi un gros défaut : il a tendance à être destinataire des « archives bien tenues » de l’administration.

On a beau chercher, pour l’instant, nous n’avons pas trouvé ce qui peut pousser un type, ayant un Q.I. raisonnable, à déclencher un effet « kisscool » contre lui-même.

Mais réjouissons-nous, le meilleur est probablement à venir. Parce qu’avec un procès contre le Canard, il est fortement envisageable que l’effet « kisscool » se répète, encore et encore.

 

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Auteur: Antoine Champagne - kitetoa

Dinosaure du Net, journaliste à ses heures. A commis deux trois trucs (Kitetoa.com, Aporismes.com et Reflets.info).

10 thoughts on “Eric Woerth : « vous reprendrez bien un peu d’effet kisscool » ?”

  1. « On pourrait s’étonner de cet ovni dans le monde de la presse française. »

    Ovni complété par un autre Owni, bien sûr. :)

    L’histoire de l’hippodrome, ok. J’espère que l’affaire ira jusqu’au bout, et que la Justice fera correctement son travail.
    Mais je m’inquiète un peu de ne plus rien entendre des autres histoires de conflits d’intérêts du môsieur : l’emploi ô combien propice de madame son épouse, les enveloppes de madame Bettancour, le financement illégal de partis politiques, etc etc… sans oublier bien sûr la vague notion d’évasion fiscale… mais ceci ne choque plus grand monde dans la France d’aujourd’hui.

  2. Dites, vous qui avez des contacts avec la presse Parisienne, vous ne voudriez pas proposer au Canard de numériser leurs archives ? Des choses qui ne leur rapportent rien, genre les archives de plus de deux ans ? Ça aurait l’immense avantage de révéler les dossiers et affaires des « petits » politiciens, ceux pour lesquels on vote lors des cantonales sans connaitre leur nom. Ça permettrait en un google d’éviter de voter pour une personne condamnée trois fois pour abus de biens sociaux…

    1. Heu, oui, ça des contacts au Canard, j’en ai…
      :D

      Les articles du Canard sont maintenant numérisés. En revanche, la politique pour l’instant est celle d’une présence minimaliste sur Internet. Cela s’explique.

      1. Je les comprends tout à fait et on ne peut que leur donner raison, ils ont raison de réfléchir au business model avant de suivre les moutons dans la mare. Ceci dit, ils se font vraiment de l’argent sur la vente des archives ?

        Je pense réellement que s’ils en autorisaient la distribution, ça pourrait radicalement changer la face des élections locales. Il suffirait juste d’un gros zip mis en bittorrent avec un fichier qui explique qu’ils donnent la bénédiction aux partageurs des fichiers de plus de deux ans, et ça roulerait !

        1. Alors…
          c’est compliqué.

          Disons que le modèle économique/des ventes du Canard ne permet pas une présence sur le Net. Détailler le pourquoi du comment serait un peu long.

          Je vais tout de même leur soumettre ton idée, mais je doute qu’elle soit appliquée.

          1. Pour moi, le modèle pour le Canard, c’est d’être un journal d’actualité, donc à la limite, deux semaines après la publication, les infos sont « consommées » et ne généreront plus de revenus pour eux.

            Si eux n’ont pas le droit pour des raisons statutaires de publier sur le net, est ce qu’ils pourraient autoriser d’autres de le faire pour eux ? Je suis sur que la communauté serait ravie et s’en saisirait avec la même avidité que les cables de wikileaks.

            Même s’ils donnaient simplement à tout un chacun le droit de numériser et mettre en ligne leurs vieux numéros, je suis sur que des tonnes de projets sympa verraient le jour.

          2. Ce n’est pas une question de statuts. Le Canard vend majoritairement en kiosque. Donc, pas de Net. En outre ils ont une politique prudente qui est saine. Notez que le Canard est le seul journal à gagner autant d’argent chaque année. Ce serait dommage que ça change. Car c’est aussi ce qui fait sa force, tous les bénéfices étant affectés aux réserves. Réserves conséquentes qui assurent le journal contre à peu près tout type de procès et de pressions.
            :)

          3. Je comprends à 100%. Mais franchement, pouvoir googler un nom de politicien pas tres connu et tomber sur les articles du Canard qui en parlent, ça changerait le paysage Français.

            Ça ne leur ferait pas perdre de revenus : un Canard qui a deux mois, personne n’en veut…

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