Dormez tranquilles, tout va bien…

La France terre des Droits de l’Homme… Souvenez-vous, c’était la phrase publicitaire pour vendre ce pays il n’y a pas si longtemps. Aujourd’hui, on multiplie les fichiers, on détricote l’héritage du Conseil national de la
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Auteur: Antoine Champagne - kitetoa

Dinosaure du Net, journaliste à ses heures. A commis deux trois trucs (Kitetoa.com, Aporismes.com et Reflets.info).

12 thoughts on “Dormez tranquilles, tout va bien…”

  1. Eh ben, jolie texte.
    Comme vous le soulignez, quelques chose a merdé dans ce pays. Mais pas que dans ce pays malheureusement.
    Il n’y a pas si longtemps, j’ai regardé « le gendarme de St tropez », c’est marrant, j’avais l’impression que c’était de la science fiction. Là, les policiers avaient l’air d’etre gentils et humains…

  2. Le croisement des fichiers pour les pauvres, cela fait belle lurette qu’il existe. Il y a encore quelques années il existait une étanchéité entre les impôts, les services sociaux, pôle-emploi. Aujourd’hui, cela n’existe plus quand bien même on accorde encore confiance au pauvre puisque le principe déclaratif est maintenu. Mais chacun, chacune croise les fichiers des uns et des autres histoire de. Qu’est-ce qu’il en ressort au final ?

    Mon département est un département pilote dans le cadre de la lutte contre la fraude. Il y a de belles affiches de propagande dans les CAF qui mettent en cause les déclarations erronées des pauvres (que ce soit volontaire ou non). Puis à chaque fois le résultat de cette lutte d’avant-garde contre la fraude est le même : rien ou si peu. Une psychothérapeute bien de chez nous par-ci qui travaillait et percevait le rmi ; un anglais qui avait des biens en Angleterre et qui percevait le rsa. Mais rien, rien qui venait justifier la rhétorique puante de l’extrême droite. Non que des bons européens à se mettre sous la dent et pas 10, 100, 1000… Tous les autres cas sont soit des erreurs de la caf soit des erreurs de déclaration à cause de la complexification des dossiers et du croisement des données.

    N’empêche que tout le monde est content, continue de s’auto-contrôler mensuellement si tu es à pôle-emploi, trimestriellement si tu es au rsa. Tout le monde, dans la plus grande des joies participe au contrôle généralisé. Mais attention, je sais qu’il y a des gens qui n’ont pas encore compris, le mec qui est contrôlé, ce n’est pas toi réellement mais ce que tu déclares.

    Une fois ces contrôles mis en place, les petits gestionnaires de la misère débordés par le travail, dans l’impossibilité de faire un suivi correct des assurés sociaux, que remarquent-ils, elles ? Que ceux, celles qui restent les abonné-e-s des services sociaux sont ceux, celles qui ont les plus gros problèmes sociaux, les plus grandes difficultés à s’insérer non pas parce que ce sont des fainéants, des glandeurs patentés mais, plus prosaïquement, ce sont des gens avec un lourd passé traumatique.

    Il y a en un peu plus que prévu… Et un passé traumatique, cela ne se travaille pas avec une surveillance accrue, une mise en accusation perpétuelle, des contrôles à tout va, des coupes budgétaires et des éducateurs de rue qui font ce qu’ils peuvent, des institutions d’accueil auxquelles on demande des résultats sur le court terme parce que un, une traumatisé c’est un client comme une autre avec une demande à laquelle doit correspondre une offre de guérison, etc. La réalité est à peu près là. Quand il y a un malin qui essaye de passer au travers des mailles du filet, il se fait repérer assez facilement sans avoir besoin de le sur-contrôler, sur-surveiller.

    Il n’y a que ceux, celles qui aiment se faire avoir par ce genre de discours et de lois pour y croire. Les autres savent ce qu’il en est réellement. Et pour les services sociaux, une paperasse de plus à remplir, des cases à cocher supplémentaires et de moins en moins de temps à donner à ceux, celles qui ont le plus besoin alors que la société, dans son ensemble, est prête à les lyncher publiquement. Parce que ça le fait de faire payer une seconde fois une victime.

    Dans ce goût pour le lynchage public, il ne faut pas oublier que certains des employés de la gestion de la misère falsifient légèrement la réalité pour faire coller leurs discours à celles des thèses extrémistes qui appellent au lynchage. Eh, oui il n’y a pas que les services secrets qui s’arrangent avec la réalité et l’actualité. Attention, je n’ai pas dit qu’ils falsifiaient les dossiers mais bien leur discours à partir des données qu’ils connaissent.

    1. laisserais tu sous-entendre que certains travailleurs sociaux adhérent avec le zéle bien connu des honnétes gens à toutes les saloperies que la droite régimaire met en oeuvre ?

      entendu dans la bouche d’un de ces zenc*lés , à une famille à la rue  » quel est votre projet de vie ? » …
      chuis pas poli, alors j’ai répondu à la question qui m’étais pas adressée  » survivre , connasse ! » ce qui m’a valu un regard courroucé, y compris de la famille concernée …

      Comme disait Maurice Papon j’ai appliqué le réglement …

      1. Disons qu’il y a eu une enquête faite dans mon département diligentée par les pontes des services sociaux. Cette enquête a été commandée à deux organismes indépendants. Il en est ressorti qu’effectivement les agents avaient tendance à maltraiter les bénéficiaires des minimas sociaux à cause des projections qu’ils faisaient sur eux, elles.

        Le bénéficiaire devient une sorte d’écran sur lequel beaucoup de personnes projettent dessus des jugements, des apriori, etc. Sans parler de l’expérience qui tend à construire un faux jugement parce que nous sommes dans une culture du résultat et autres séances de coaching, pnl, etc où c’est le « moi » qui est le sujet principal : « quel est votre projet de vie ? » Sauf que ce « moi », ce « votre projet de vie », ce n’est pas celui de Freud mais celui de Bernays pour faire vite. Là est la vraie arnaque. Et pendant ce temps-là on donnera les moyens de réduire les conflits en Entreprise avec les méthodes d’Edward de Bono. A-t-on jamais essayé d’utiliser ces techniques pour une meilleure entente, compréhension, médiation entre bénéficiaires et services, gestionnaires de la misère histoire de faire avancer le truc ?

        La question que tu cites est typique de cette incapacité à prendre le réel là où il est. Elle est déplacée pour l’un (parce qu’on joue avec sa survie) mais elle est purement formelle pour l’autre (qui doit répondre à un résultat, sous-entendu du moi). Chacun, chacune est mis dos à dos et au pied du mur, exactement comme une injonction publicitaire ; personne n’essaie de résoudre cela en avançant les termes de créativité, innovation, etc.

        Autrement dit, quel est le scénario mis en place ici et qu’est-ce qui se joue dans cette situation qui est, somme-toute, assez commune et banale ?

        1. je pense qu’on touche au noeud du probléme …

          je trouve souvent plus de regard critique sur ses pratiques professionnelles chez le flic de base que chez bien des travailleurs sociaux …
          au point que j’en arrive à me demander comment on a bati leur formation pour qu’ils arrivent à ce degrés de soumission …

          j’ai comme idée que ça tient à la différence dans le rapport à la violence des 2 métiers … ‘fin, c’est comme ça que je l’interpréte avec mes pauvres mots de vieux con …

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